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Une année 2012 riche en mots... et en maux !

Les années se suivent et se ressemblent pour la profession infirmière, faites de grandes attentes, bien légitimes, et de petites conquêtes qu’il ne faut pas oublier de souligner, et de valoriser. Jules Renard ne dit-il pas : « Rêve de grandes choses cela te permettra d’en faire au moins de toutes petites... », ce qui n’empêche pas de viser de belles ambitions ! Début 2012, dans ce même édito de début d’année, je titrais « 2012 : année de tous les dangers pour les infirmières ? ». Une petite rétrospective des événements forts de l’année 2012 s’impose donc afin de répondre à cette question et d’envisager objectivement et sereinement, ou non, les perspectives pour 2013... Et parce que des mots aux maux, il n’y a souvent qu’un pas, franchissons-le ensemble !

Retrospective année 2012- BLOC OPERATOIRE : les IBODE ont marqué l’actualité lors du Salon infirmier 2012, faisant même la une du Parisien avec un titre choc : « Il y a un risque pour les patients », asséné par Brigitte Ludwig, présidente de l’Unaibode (Union des associations d’infirmiers de bloc opératoire). Rappelons que l’association a été la première à avoir été alertée sur la présence dans les blocs opératoires de personnes non autorisées ; des cas non isolés selon sa présidente. Des plaintes ont été de façon concomitante déposées par l’Ordre des infirmiers. Les IBODES qui, par ailleurs ont toujours les mêmes attentes en 2013 :  la suppression des 2 années d’exercice préalables à l’entrée en bloc opératoire, suite à l’avis favorable du Haut Conseil des Professions Paramédicales (HCPP) de février 2012, la reconnaissance de la formation au niveau « master » en 2 années universitaires de 9 mois et  l’attribution d’actes exclusivement réservés.

- BLOGS : une émergence de belles plumes diverses et variées déferlent sur le web et nous avons plaisir à partager leurs productions régulièrement sur le site... Oui, les infirmières, les infirmiers, les aides-soignants... aiment l’écriture et leurs billets sont chargés de sens, d’émotion, d’humour ou de charges bien senties... Citons, parmi eux : Anerick, Dans ma blouseBlog d’une aide-soignant, blocstories, Des Idées d’IDE, Le blog des rapports humains, Flo & Yo...

- CHôMAGE : le mot a été entendu pour la première fois en 2012 sur le Salon Infirmier, oui, dans plusieurs régions de France, de nombreux jeunes diplômés de juillet 2012 n’ont pas trouvé d’emploi suite une conjoncture assez problématique : crise financière, budgets hospitaliers gelés, intérim à la baisse, double sortie de diplômés (mars et juillet)... Le journaliste Serge Cannasse propose la conclusion suivante : « Que conclure ? Hélas ! Pas grand chose : il faut attendre 2013 pour avoir une idée plus précise de la situation. Mais un retournement de l’emploi infirmier serait franchement surprenant. S’il s’avérait exact, les infirmières perdraient une de leurs cartes majeures pour la reconnaissance de leur profession. Il est donc compréhensible qu’il y ait de l’inquiétude, même si cette carte n’a été que rarement jouée dans le passé ».

- ETATS GENERAUX INFIRMIERS : Organisés le 4 décembre 2012 conjointement par le SNIIL (infirmiers libéraux), le SNPI CFE-CGC (infirmiers salariés) et le SNIES-UNSA (infirmiers de l’Éducation nationale) les États Généraux infirmiers 2012 ont permis de mettre en perspectives les belles ressources d’une profession infirmière « rassemblée » :  perspectives et initiatives multiples, variées, toutes menées avec beaucoup d’excellence, mais qui manquent toujours de visibilité en dehors du corpus professionnel. Dépistage, prévention, santé primaire, scolaire, au travail, éducation thérapeutique, cursus universitaire, recherche... oui, infirmières et infirmiers sont partout et déploient leurs compétences, leur expertise avec plus ou moins d’autonomie, de valorisation et de reconnaissance...  le faire savoir reste toujours prioritaire et en 2013, plus que jamais !

- LICENCE EN SOINS INFIRMIERS : Les premiers étudiants issus de la nouvelle formation en soins infirmiers, initiée par une réforme de 2009, ont été diplômés en juillet 2012. Leur diplôme d'État est désormais reconnu au grade de Licence universitaire (LMD) et devrait permettre, à terme, de suivre un cursus complet jusqu'au Doctorat en soins infirmières, voire mieux en sciences infirmières. Dès la sortie de cette première promotion, la ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine, a engagé une évaluation de la réforme afin d'améliorer le déroulement de la formation. Les résultats sont attendus pour la fin du premier semestre 2013. De son côté, la Fédération Nationale des Étudiants en Soins Infirmiers (Fnesi) a , dès l’été 2012, fait sa propre évaluation de la formation : un ressenti global « moyen », qualité des cours hétérogènes, tutorat insuffisant... Lors de son congrès à Reims début octobre 2012, la Fnesi a montré, une fois encore, sa détermination à devenir maître de son avenir avec deux affirmations majeures : une intégration universitaire complète et la création d’une discipline en sciences infirmières. C’est donc franchement une bonne nouvelle que d’observer une si belle motivation pour faire évoluer leur formation et dessiner les contours d’un métier infirmier qui se doit d’évoluer pour affirmer sa place essentielle au cœur des politiques de santé du 21e siècle.

- INFIRMIERES LIBERALES : elles sont devenues une partie très importante de la profession, dépassant les 80.000 aujourd’hui en exercice. L’engouement pour cette exercice ne cesse de croître...  Autonomie, rigueur et organisation en constituent la spécificité et sont autant d’arguments motivants pour des hospitaliers fatigués des conditions de travail hospitalières qui ne cessent de se dégrader. Trois journées de l’installation libérale organisées par Infirmiers.com en 2012 auront permis de le constater avec force... et succès. Un « Livre Blanc » publié à l’automne par la Fédération nationale des Infirmiers (FNI) a rappellé le rôle prépondérant et attendu des IDEL sur bien des points et notamment « dans le suivi, en ambulatoire, des patients chroniques » où « les infirmières libérales font partie intégrante de la réponse ». 

- MARISOL TOURAINE : Lors de son discours le 24 octobre 2012 au Salon Infirmier, la ministre des Affaires sociales et de la Santé a dit ceci : « votre salon est pour moi l’occasion de renouer le lien, qui a trop souvent été distendu ces dernières années, entre les pouvoirs publics et les infirmiers : je tiens aujourd’hui à saluer l’excellence de votre travail, qui apporte tant, chaque jour, à la qualité de notre système de soins. » La profession, certes honorée de ces déclarations d’intention a considéré que ce rendez-vous, tant attendu, était un rendez-vous manqué, car pas accompagné de mesures concrètes. Invitée du Journal de la Santé le 7 novembre 2012, appelée à parler du malaise infirmier grandissant (plus de 350 messages d’infirmières et aides-soignants avaient été postés en préalable de l’émission), Marisol Touraine a, une fois encore râté son rendez-vous avec la profession, ne lui accordant que trois pauvres petites minutes d’attention... La frustration demeure et les infirmières espèrent beaucoup plus de leur ministre de tutelle...Marisol, si vous m’entendez !

- MEDIATISATION : Cela a commencé en janvier 2012, avec un reportage sur Direct 8 intitulé « Les infirmières, héroïnes du quotidien », à l’ouest cependant rien de nouveau avec en boucle toujours les mêmes mots : engagement, courage, abnégation, vocation... Mais être aimées par le grand public ne suffit pas... Flo & Yo, des soignants blogueurs et globe-trotters, voire globe-nursers, ont fait un passage remarqué au Journal de la Santé, sur France 5, puis, les IBODES ont suivi au Salon infirmier 2012 avec la dénonciation dans le Parisien des blocs insécures... la voix des infirmières s’est alors fait entendre dans les médias nationaux (presse écrite, JT...)... un début car en janvier 2013, le mot « infirmière » s’est répandu comme une traînée de poudre grâce à la médiatisation forcenée du groupe « Ni Bonnes Ni Nonnes Ni Pigeonnes » et ses premières actions à découvert : 84.200 mentions du groupe sur Google à ce jour... Pourvu que cela dure !

- Ni BONNES NI BONNES NI PIGEONNES : après les mouvements des entrepreneurs pigeons puis des médecins nés sur Facebook à l’automne, le collectif « Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes » (NBNNNP) initié dans la foulée sur le même réseau social et composé principalement d’infirmiers et d’aides-soignants est la curiosité de fin d’année 2012 que l’on suit - et soutient - avec intérêts...  Le groupe, constitué en association depuis le 7 janvier 2013, ne cesse de croître avec aujourd’hui près de 32.000 membres (!). Mobilisé pour la première fois le 7 janvier 2013 au travers de plusieurs rassemblements à Paris et en province, les NBNNNP ont dénoncé conjointement la dégradation de leurs conditions de travail, leur manque de reconnaissance et de revalorisation de leurs professions. Les grands médias nationaux ont suivi (cf MEDIATISATION)... Reste à savoir comment va se faire l’évolution du groupe et quelle portée aura sa voix, la belle voix de Sarah Guerlais, une infirmière libérale qui a porté de belle façon la parole du groupe, notamment au Journal de la Santé, sur France 5 et sur LCI...

- ORDRE INFIRMIER : après une première rencontre « physique » au Salon infirmier 2012, Didier Borniche, président de l’Ordre national des infirmiers (ONI) a pris « au mot » la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, sur l’idée d’un « travail en commun » alors que son double discours sur l’existence même de l’Ordre perdurait... Ils se sont rencontrés début décembre 2012 et leur dialogue a été « franc et très constructif ». selon Didier Borniche. Après de nombreuses déclarations en faveur d’une inscription facultative à l’ONI, Marisol Touraine, a adopté une posture moins partiale, souhaitant que le Parlement s’engage, sans précipitation, dans un travail de réflexion sur le sujet. Elle a annoncé qu’un groupe de travail parlementaire, présidé par une députée, devrait se constituer à l’Assemblée nationale pour effectuer ce bilan et ce travail prospectif. Elle ne préjugera pas du résultat et ne donnera son avis que sur la base du rapport de ce groupe.  La question divise cependant toujours la profession : les « pro Ordre » se félicitent de cette décision, les « anti Ordre », et en premier lieu le syndicat Résilience ne lâchent pas leur combat... A suivre donc avec attention les prolongements de cette aventure ordinale en 2013... 

- SPECIALITES INFIRMIERE : Les IADE l’ont obtenu en juillet 2012, la masterisation de leur formation est effective depuis la rentrée 2012. Sur le même principe, les Ibodes, cadres de santé et puéricultrices attendent qu’il en soit de même et que la réingénierie de leur diplôme de spécialité – toujours en cours de formalisation – s’accompagne d’un texte législatif... Les associations professionnelles respectives ne cessent de s’impatienter et demandent à Marisol Touraine une action concrète en la matière.

- STRESS ET CONDITIONS DE TRAVAIL : la Coordination Nationale Infirmière (CNI) a présenté un deuxième volet de résultats de son enquête sur le stress et les conditions de travail lors du Salon Infirmier 2012. Même si le stress professionnel est plus faible qu'en 2011, il est encore présent chez les soignants et s'explique notamment par l'organisation, la prise en charge des patients ou encore le manque de temps, tous ces éléments menant parfois au « burn-out ». Sans oublier que la pénurie en personnel infirmier, toujours d'actualité malgré les premiers signes de chômage chez les nouveaux diplômés, n'arrange rien... La souffrance au travail reste donc problématique. Là encore la profession attend une réelle prise en compte de la détérioration des conditions de travail par les tutelles...

Après tous ces « mots » qui riment fort avec « maux », reste deux seuls bons mots : « BONNE ANNEE ! ».
Que 2013 fasse émerger une profession forte et fédérée, fière de la richesse de ses ressources et prête à défendre, avec force et conviction, son identité, son parcours, ses compétences et son expertise qui peinent parfois à exister avec la visibilité qu'il faudrait. Il y a encore tant à faire, à dire... et à faire savoir.
Rendez-vous en 2014 pour en mesurer les effets...

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Rédactrice en chef Infirmiers.com
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