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Une soirée à la santé des infirmières !

france 5 emission infirmiere Elles sont des « héroïnes du quotidien » selon le président de la République, Nicolas Sarkozy... Qui sont donc ces femmes qui font preuve d'un grand courage, qui tiennent un rôle principal dans une histoire selon la définition du mot « héroïne » ? Les infirmières, bien sûr, (et infirmiers...) et leur quotidien a fait l'objet d'une soirée - en prime time - sur France 5 mardi 9 novembre 2011. Intitulé « Profession infirmière en danger » le programme a rassemblé un million de téléspectateurs devant un documentaire « réaliste » sur la profession « Les blues des infirmières » et un débat mené par Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse un peu terne et convenu.

Comme toujours, les portraits se sont croisés : hospitaliers, libéraux, aux urgences ou en services de soins... On aurait d'ailleurs aimé découvrir d'autres terrains d'exercice comme la gérontologie ou la psychiatrie... Les témoignages de chacune et chacun se sont succédés et les mêmes mots sont revenus, souvent paradoxaux : dureté du métier, fatigue, manque de reconnaissance, conditions de travail en déliquescence, souffrance, envie d'abandon mais aussi amour du métier, désir d'aider son prochain, conscience professionnelle aiguë, acceptation, voire impuissance, incapacité à savoir dire « non »...

Alors oui, on le sait, la santé va mal et au-delà des contraintes budgétaires, sécuritaires et qualitatives de « l'hôpital-entreprise », les institutions de soins sont bien souvent en difficulté pour garantir à leurs personnels de bonnes conditions de travail : cadre favorisant le respect des uns et des autres, exécution des meilleures pratiques, prise en charge optimale des patients... Cela paraît inéluctable, la profession infirmière est aujourd'hui à un « point de rupture », elle « va mal » et chacun s'accorde à le reconnaître, à l'exprimer... Oui, durant cette soirée qui leur était consacrée, les infirmières et infirmiers ont pu dire leur malaise, avec des mots simples et authentiques et le nombre de SMS reçus par la chaîne, quelques 6 000, un record, en attestent. On ne leur donne pas souvent la parole, alors quand l'occasion se présente... Les patients et autres usagers n'ont pas été en reste, eux aussi ont adressé de nombreux messages de soutien aux infirmières montrant ainsi qu'ils sont sensibles à leur mal-être.

Le débat en plateau - et en direct - n'a pas vraiment convaincu, trop de questions et de problématiques à aborder, temps de parole de chacun - un médecin, une infirmière hospitalière, un infirmier libéral, une infirmière « coordinatrice » d'un SSIAD - compté et une représentante du ministère de la santé, directrice générale de l'offre de soins (DGOS), Annie Podeur, au langage trop souvent formaté et technocratique, donc inadapté car ce langage « passe mal » chez les soignants, et qu'on aurait aimé voir plus bienveillante et empathique, notamment en deuxième partie de débat sur les questions de pénurie, de salaires, d'horaires de nuit, de conditions de travail en général...

Que retenir de tout ce qui a été montré, vu, entendu et compris ? Plébiscitées par les Français, incomprises, voire négligées par les pouvoirs publics, la profession infirmière doit-elle se résoudre encore longtemps à souffrir en silence, à tout accepter sous prétexte de son amour inconditionnel de son métier ? La réalité est sans appel : de très nombreuses infirmières se demandent jusqu'à quand elles pourront tenir ainsi, beaucoup ne font plus carrière, d'autres s'installent en secteur libéral (pas nécessairement plus facile, mais une autonomie retrouvée), le chiffre, 75 000 aujourd'hui, a d'ailleurs doublé en 10 ans, la pénurie s'installe, les « vocations » se raréfient...

Garantes de la continuité des soins mais aussi de la continuité des liens, les infirmières occupent donc bien un rôle principal comme la définition du mot « héroïne » le souligne... Aujourd'hui, il serait bon de rappeler à Nicolas Sarkozy et à bien d'autres que les « héros sont fatigués », ce qui pourrait signer la fin de l'histoire... Place donc à deux SMS choisis pour la circonstance en conclusion : celui d'une infirmière : « Patients, aidez-nous ! » et celui d'un usager des soins : « Infirmières, révoltez-vous ! »... 2012 verra-t-il s'épanouir « le printemps des infirmières », comme 2011 l'a vu pour d'autres printemps de révolte ?

Retrouvez cette émission en ligne sur http://www.pluzz.fr/

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Rédactrice en chef IZEOS
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Commentaires (4)

Bernadette Fabregas

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154 commentaires

#4

et ça continue...

A voir, ou revoir, le reportage diffusé ce soir sur France 2 au JT, un sujet intitulé "L'hôpital malade de ses RTT". Plus de 2 millions de journées de RTT accumulées, personnels rares ou en burn out, patients délaissés, familles dans l'expectative... encore une fois, ce que la caméra nous montre est très explicite : l'hôpital est exangue et les infirmières, les aides-soignantes et bien d'autres n'en peuvent plus... à visionner sur http://jt.france2.fr/20h/ (9e minute)

elvis

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7 commentaires

#3

bof !

oui, ce fut choquant d'entendre et de voir le sourire béat de mme Podeur, incompétente en matiere de terrain, bilingue dans la langue de bois ,conformiste et consensuelle..bref le stéréotype du technocrate malentendant...Michel Cymes , le présentateur humoriste,a balayé les points essentiels de débats d' un revers de main, et l' emission fut rondement menée pour se finir ...en queue de poisson.
Cependant, il est important de souligner qu' il existe aussi les Aide-soignant(es), les AMP,les ASH, dignes de respect trop souvent traités comme des besogneux dont on ne parle jamais:il ne faut pas oublier qu' ils font le lien direct entre le Patient et l' équipe, ils sont détenteur de connaissances et d'informations que l' on néglige trop souvent... ce débat fut sterile ,il faudra plus de 2 heurespour dialoguer des problemes de la profession , et d' une prise de conscience honnete des gouvernants ,mais pour l' instant , le constat est clair: ils s' en foutent !

nico1

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13 commentaires

#2

nos dirigeants

c'est un euphémisme que de dire "le langage de Mme Podeur ne passe pas car technocratique et formatée".
On peut nous demander de faire quoi que ce soit, quand on voit que ceux qui sont aux commandes ne connaissent pas le métier qu'ils dirigent.
Non, c'est faux, on ne peux pas reprocher de ne pas le connaitre, après tout, personne n'est omniscient.Il faut plutôt dire que c'est impardonnable de ne pas se renseigner un minimum avant d'intervenir sur un sujet qui a du être programmé de nombreux mois avant.
Mais c'est vrai qu'il est surement plus difficile de lire un mémo sur le droit du travail et les salaires, même de 3 pages, que de sourire benoitement à sa hiérarchie et répéter les salades qu'elle débite. Mme Podeur doit bien avoir quelques mérites ou compétences pour occuper ce poste(je l’espère ), mais en tout cas ni la curiosité ni l’honnêteté.

moutarde

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290 commentaires

#1

Ailleurs ?

[...On aurait d'ailleurs aimé découvrir d'autres terrains d'exercice comme la gérontologie ou la psychiatrie... ...] Mme Podeur s'est questionnée sur le sujet dans les mêmes termes ... et le journaliste lui a répondu qu'une émission serait consacrée (entre autres) aux EHPAD le 06 décembre ; mais plutôt sur l'aspect business = or gris (thème abordé ici même il y a peu).
Je pense que l'on pourra peut-être voir (cela dépend de l'orientation des reportages et du plateau) vers quoi sont tournés les investissements : bientraitance vs rendement/profit !! Ce qui a bien évidemment une incidence sur le recrutement de personnel qualifié et en nombre et sa potentielle fidélisation.