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Grippe, rougeole, méningite : trois mauvaises nouvelles

Alors que l’automne dernier a été marqué par la campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1, celui-ci pourrait bien l’être par la résurgence de maladies infectieuses due à l’insuffisance de la couverture vaccinale contre elles.

Et la mise en veilleuse des craintes à l’égard des vaccins.

L’actualité de cette fin d’octobre donne l’occasion de vérifier une donnée bien établie, mais ignorée de la plupart des gens : dans l’immense majorité des cas, l’élément déterminant pour décider quelqu’un à se faire vacciner contre une maladie n’est pas ce qu’il pense du vaccin, mais ce qu’il pense de la maladie. « Est-elle dangereuse ou pas ? si oui, ai-je une chance de l’attraper ou pas ? »

Ça n’est qu’ensuite que ce quelqu’un se demande : « Le risque lié à la maladie est il plus ou moins important que celui lié au vaccin ? » Autrement dit, qu’il évalue le fameux rapport bénéfice/risque vaccinal.

Ce mois-ci (octobre 2010), il y a eu un semblant de début de polémique sur le vaccin contre la grippe saisonnière, parce que cette année, il inclut aussi celui contre la grippe A/H1N1. On a failli voir ressurgir les vieux démons de l’aluminium vaccinal, les savantes dissertations sur la réticence de la population à se faire immuniser et les indignations contre la nullité de la communication gouvernementale. Et puis non ! la ministre n’a pas été aussi mauvaise que ça : les grenades ont été dégoupillées à temps. Il s’avère que la proportion de population vaccinée (la couverture vaccinale) est grosso modo la même que d’habitude.

C’est-à-dire pas terrible et c’est bien ça le problème. Pourquoi ? parce que les gens ne croient pas que la grippe soit une maladie grave. En France, elle tue tout de même plus de 6 000 personnes par an, mais la plupart sont âgées … et pas vaccinées. Quant à la grippe A/H1N1, elle a tué plus de 300 personnes, dont tous n’étaient pas des vieux (27 enfants de moins de 15 ans) ou n’avaient pas de facteur de risque (49).

Jusqu’à présent, le vaccin semble n’avoir tué, ni même gravement endommagé (ah ! le Guillain Barré !) personne. Bien entendu, on peut toujours répliquer que les données officielles ne sont pas fiables (tous vendus à l’industrie !) ou que ça fait cher pour quelques morts. Terrain dangereusement glissant ...

Deuxième exemple : la rougeole. La couverture vaccinale a dépassé les 90 %, ce qui est un progrès incontestable.

Mais l’ensemble de la population, et surtout les enfants et les jeunes adultes, ne sera vraiment protégé qu’avec une couverture à 95 % au moins, qui est le seuil à partir duquel le virus a du mal à circuler, donc à infecter des personnes non vaccinées. Résultat : en 2006, 44 cas déclarés ; 40 en 2007 ; 604 en 2008 ; 1 544 en 2009 ; 3 094 cas fin août 2010. Soit au total, plus de 5 000 cas depuis 2008, dont 34 % ont dû être hospitalisés et 4 sont décédés. Sur l’ensemble de ces cas, 82 % n’étaient pas vaccinés et 14 % n’avaient reçu qu’une seule dose au lieu de deux.

Il est très difficile de savoir pourquoi la France ne parvient pas à une couverture vaccinale suffisante, au contraire de nombreux pays européens (mais pas tous). Il est vraisemblable que la majorité de la population a compris que la rougeole n’est pas toujours une maladie bénigne.

L’OMS-Europe insiste sur les populations ayant un accès difficile aux soins, autrement dit sur un aspect important des inégalités sociales de santé, dont chacun sait qu’elles sont une priorité de santé publique, comme le psalmodient tous les responsables politiques. Au lieu de se limiter au compassionnel (ah ! quelle misère ! quel scandale !), il serait sans doute plus judicieux d’expliquer que la santé des plus démunis, c’est aussi la nôtre : les microbes se contrefichent des catégories sociales et des frontières.

Quatre étudiants de l’Université catholique de Lille ont été récemment hospitalisés pour méningite C invasive. L’infection est habituellement totalement inapparente, mais elle se complique 1 fois sur 10 000 d’une méningite grave (tous les infectés sont atteints de méningite, mais pas forcément grave) ou d’une septicémie qui, si elles ne tuent pas toujours, provoquent souvent des séquelles.

Malgré les vacances scolaires, on va tenter de vacciner ces 22 000 étudiants. La population ciblée par cette campagne est donc spécifique, urgence oblige. Il faut tout de même rappeler que le Haut conseil de santé publique (HCSP) a préconisé dans ses dernières recommandations vaccinales la vaccination systématique contre la méningite C des enfants et jeunes adultes jusqu’à 24 ans, notamment en raison de l’augmentation du nombre des alertes et de l’apparition d’une souche très virulente.

Surprise ! en dehors des opposants systématiques, personne ne s’offusque et ne s’inquiète à propos du vaccin, ni ne conteste un avis pourtant émis par le Comité national des vaccinations (qui s’occupent de celles-ci au sein du HCSP), que les bons esprits ont soupçonné de collusion avec l’industrie pendant la campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1.

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Rédacteur en chef IZEOS
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Commentaires (9)

jjland83

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#9

Réflexion et non agressivité

Diable... il ne faut pas confondre agressivité avec avis discordant. Bien sur que l'on a le "droit" et la "liberté" de penser. Et justement, comme personnel soignant, après avoir lu en détail les liens présentés dans les précédents commentaires (des références un peu obsolètes parfois), mieux que des droits, je pense avoir quelques "devoirs" de prudence réfléchie. Et c'est avec un esprit critique, éclairé par une pratique professionnelle, beaucoup de séjours à l'étranger dans des pays où la vaccination est un luxe, que je me permet d'apporter mon point de vue. Vous confondez peut-être "réfléchir" avec "refus du vaccin obligatoire et systématique". Acceptez qu'il y ait des personnes qui acceptent les vaccins obligatoires et systématiques et qui y ont réfléchi. Rien d'agressif là dedans. Mais perdre un proche alors qu'une protection est disponible, ça oui c'est très agressif. Jérôme

corinne34

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#8

Dommage!

Quelle agressivité dans vos messages!
Ainsi, tous ceux qui ne pensent pas exactement comme vous et qui se posent des questions sont de dangereux suicidaires ou criminels. Il me semble impossible d'avoir des échanges constructifs et je le regrette. Dommage!

jjland83

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#7

Vaccin ?

Le lendemain de mon rappel de vaccination contre l'hépatite B, j'ai fait une chute à vélo. Lien de cause à effet ? Soyons sérieux ! En cherchant toujours à mettre le doute dans la tête des gens on leur donne l'occasion de croire en une liberté individuelle contre une industrie pharmaceutique malfaisante. En attendant, le virus du VIH n'attend pas un vaccin pour évoluer. Ceux qui meurent du tétanos, de la rougeole, de la grippe, d'une méningite, ... apprécieront le prix de leur liberté à titre posthume. En refusant le vaccin on accepte le risque d'être malade, soit. Choix individuel, mais qui coûte très cher à notre système de santé solidaire et curatif. La prévention vaccinale est un concept bien malmené. Encore un coup des labos qui préféreraient vendre leurs traitements curatifs. Jérôme

corinne34

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#6

précisions sur vaccin contre la polio

Pour Serge Canasse

"Les docteurs Anderson et Skaar, qui ont étudié 2709 cas de poliomyélite, ont constaté une augmentation significative des cas dans les quelques semaines suivant une autre vaccination qui a rendu virulent le virus de la polio....C'est également arrivé en Inde en 2001, dans l'état de Bihar, où 19 enfants de de 7 à 49 mois ont été atteints par la maladie bien qu'ils aient reçu de une à 10 doses de vaccin anti-polio...En résumé,en 2008, il y a eu 1655 cas de virus sauvage contre 1315 en 2007, et 79 cas de polivirus dérivés de souches vaccinales contre 72 en 2007....Les plus récentes données scientifiques montrent que l'éradication de la poliomyélite nécessite également l'arrêt de l'utilisation systématique du vaccin, sinon la réintroduction continue des polivirus, même atténués par la vaccination, aboutira à des épidémies de polimyélite générées par l'existence de polivirus circulants dérivés d'une souche vaccinale( source: Courrier International, n° 536 du 8 février 2001)

serge cannasse

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#5

pour aider à réfléchir

pour compléter la "réflexion" voici un article (en pdf) de Mme Siegrist (vendue aux labos, disent ses détracteurs, comme d'hab) : http://www.infovac.ch/doc.php?Item=1&id=630

l'insuffisance de vaccination vient de faire plus de 100 morts dues à la polio au Congo : il faut faire très attention aux conséquences de ce qu'on dit ; l'ignorance tue. à titre d'exemple, la même "interrogation" sur la science a fait plus de 300 000 morts en Afrique du sud, dont la ministre de la santé de l'époque prétendait qu'il n'était pas "prouvé scientifiquement" que le Sida était dû au virus VIH.

serge cannasse

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#2

s'assurer

grippe et rougeole peuvent engager le pronostic vital, mais il est vrai que la première tue surtout des personnes âgées et la seconde des enfants. L'OMS indique que la mortalité rougeoleuse a diminué de 78% entre 2000 et 2008 au niveau mondial.
Pour une personne d'âge mûr, il y a un côté altruiste dans la vaccination contre ces deux maladies, mais pas seulement. après tout, pourquoi s'assurer contre un accident de circulation ou un incendie d'appartement alors que la probabilité de leur survenue est relativement faible ? précisément parce que c'est le principe de l'assurance : se protéger contre un risque qui ne se réalisera peut-être jamais mais qui, s'il se réalise, peut être une catastrophe.

ecureuils21

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#1

Contracter

la grippe ou la rougeole engage t'elle le diagnostic vital. J'ai 43 ans, et j'ai contracté la rougeole et deux fois la grippe durant ma jeunesse comme bon nombre de francais nés avant 1970, y avait il une mortalite infantile plus importante? et bien non. le cas de la meningite est different, c'est un vaccin recommandé qui n'est pas obligatoire.