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Hospitalisation à la demande d'un tiers : les infirmiers d'urgence en première ligne

Près de 8% des demandes d'hospitalisation à la demande d'un tiers ont été signées par un infirmier aux urgences psychiatriques, selon une étude menée au Centre psychiatrique d'orientation et d'accueil (CPOA) à Paris.

Près de 8% des demandes d'hospitalisation à la demande d'un tiers (HDT) ont été signées par un infirmier aux urgences psychiatriques, montre une étude menée au Centre psychiatrique d'orientation et d'accueil (CPOA) à Paris et présentée au neuvième congrès de l'Association de recherche et de soutien de soins en psychiatrie générale (ARSPG - 22 au 25 mars, Paris).

Dans le cadre d'une HDT, la recherche de la signature d'un tiers agissant dans l'intérêt du malade est difficile à mettre en oeuvre lorsque le patient est en situation de précarité, vient d'une autre région ou de l'étranger ou lorsque son état le rend incapable de donner les coordonnées de proches, rappellent dans leur poster Julien de Carvalho et Marie-Jeanne Guedj du CPOA au centre hospitalier Sainte-Anne à Paris.

Dans ce centre, qui a pour mission en région parisienne de mettre en oeuvre les soins pour toute personne présentant une urgence psychiatrique, l'infirmier en charge du patient concerné est parfois amené à rédiger la demande d'hospitalisation après une période d'observation et de recherche infructueuse d'un tiers ou après recueil de l'accord téléphonique de la famille.

Les auteurs de l'étude ont voulu évaluer le nombre de patients pris en charge au CPOA nécessitant une HDT et dont la demande était signée par un infirmier du CPOA, et décrire les circonstances cliniques et administratives de ces situations. Ils ont étudié les dossiers de 1.125 patients inclus du 1er janvier au 30 juin 2010 ayant bénéficié d'une démarche d'hospitalisation à la demande d'un tiers.

La demande d'hospitalisation était signée par l'infirmier du CPOA dans 7,7% des cas. Il s'agissait de patients présentant des troubles psychotiques dans les trois quarts des cas. Dans 31% des cas, le domicile du patient était indéterminé et dans les autres cas, ils venaient de province (31%), d'Ile-de-France (21%) ou de l'étranger (17%). Dans 56% des cas, l'entourage, joint par téléphone, avait donné son accord pour l'HDT.

L'analyse rétrospective des cliniciens d'aval (après l'urgence) a montré que l'HDT était justifiée dans 75% des cas. Dans 25 cas (29%), la décision d'HDT prise en urgence n'a pas été confirmée dans le service d'accueil au profit d'une hospitalisation libre. Dans cinq cas, l'HDT n'a pas été acceptée au motif que la demande rédigée par l'infirmier n'était pas valide, dans deux cas, l'HDT n'a pas été confirmée au profit d'une hospitalisation libre et s'est terminée par une sortie contre avis médical dans les jours qui ont suivi et dans un cas, l'HDT a été prononcée en désaccord avec l'administration de l'hôpital receveur.

"La population urbaine cosmopolite et souvent précaire est fréquemment isolée, sans présence d'un tiers connaissant le patient de longue date. Certaines présentations cliniques sont marquées par une réticence et un refus de communiquer les coordonnées de l'entourage. Même contacté, ce dernier n'a pas toujours moyen de faire parvenir un texte manuscrit sur le champ", concluent les auteurs.

La démarche de "pré-HDT" décidée aux urgences peut parfois déboucher sur une hospitalisation libre et l'hospitalisation d'office répond à des critères précis (trouble à l'ordre public, compromission de la sûreté des personnes) et ne peut constituer une alternative dans ces situations. "Il semble que l'infirmier aux urgences, qui est au contact du patient, est une personne bien placée pour signer la demande d'HDT" dans ces cas particuliers, a indiqué à l'APM un des auteurs de l'étude, Julien de Carvalho.

Actuellement, en l'absence d'un tiers, la demande d'HDT est parfois signée par un personnel administratif (administrateur de garde) ou par une assistante sociale mais ces personnes voient assez rapidement le patient et peuvent être dans la crainte d'une accusation d'internement abusif.,Les auteurs considèrent que "l'établissement d'un lien thérapeutique avec le soignant des urgences psychiatriques peut constituer une alternative permettant l'accès aux soins lorsque les circonstances l'exigent".

La procédure d'HDT va être réformée par le projet de loi sur les droits et protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques en cours d'examen au Parlement et devrait permettre une HDT sans tiers en cas de "péril imminent".

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Commentaires (1)

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207 commentaires

#1

Assez étonné

par ces chiffres, et par l'ARS qui valide ce genre d'HDT. Dans d'autres département, c'est déjà la guerre aux 3212.3, alors si on leur présente un tiers qui est infirmier aux urgences...

La réforme des soins sans consentement fait quand même l'objet d'un mouvement de grogne en psychiatrie, le traitement fait dans les récents articles n'en parle pas trop, aussi.