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L'infirmière de santé au travail : un rôle à valoriser

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Parce que les besoins de santé des travailleurs sont complexes, malgré un contexte contraint, les infirmières et infirmiers de santé au travail sont des ressources de tout premier ordre. L’Ordre national des infirmiers se positionne fortement sur ce sujet.

infirmières de santé au travailCommuniqué de l'Ordre national des infirmiers – 13 décembre 2011

Le rôle infirmier n’est pas décrit dans la loi du 20 juillet 2011 portant réforme de la Santé au travail, des décrets précisant le périmètre d’actions de l’infirmier devant paraître pour les préciser. Suite au travail ordinal, concrétisé par une parution en janvier 2011 du rapport de synthèse : « De l’infirmier du travail à l’infirmier spécialisé en santé au travail - Reconnaître l’infirmier comme un acteur fondamental des enjeux de santé en milieu professionnel », à la parution de la loi, au communiqué du Conseil National de l’Ordre des Médecins (dont le Conseil National de l’Ordre des infirmiers – CNOI - remercie les auteurs), les journées du Groupement des infirmières au Travail ont notamment amené le CNOI à produire ses recommandations sur le nouveau rôle infirmier en santé au travail.

Une expertise clinique reconnue

Les textes actuels ne reflètent pas, ou peu, la réalité de terrain partagée par les IST : {L’appel à de nouvelles ressources, telles que la « coopération technique » par l’embauche d’infirmières dûment formées et appelées « infirmières de santé au travail (IST) » et par le développement de nouvelles formes de coopérations médecins-infirmières (cas des services autonomes)} que recommande le CNOM est déjà le quotidien de nombreuses IST depuis longtemps. De plus, cela ne tient pas compte du rôle propre de l’infirmière (article CSP), et de son action autonome au sein des services de santé au travail (SST).

Le rôle propre infirmier en santé au travail (IST) est sous-tendu par les valeurs fondamentales suivantes :

  • l’approche globale, graduée et coordonnée des soins ;
  • l’égalité d’accès aux soins ;
  • l’efficience et la qualité du service rendu ;
  • l’indépendance d’évaluation et d’intervention et la responsabilité dans l’exercice quotidien.

L'infirmier est acteur des politiques d'amélioration de la santé des salariés au travail. Il organise des actions de prévention, de repérage des facteurs de risques individuels et collectifs, d’évaluation clinique, de consultation infirmière, de suivi et de soins coordonnés, d’amélioration de la qualité en milieu professionnel.

Il prend appui sur les référentiels de bonnes pratiques et les recommandations existantes pour délivrer des soins adaptés au salarié selon le contexte de travail, le secteur d’activité. Il assure le suivi global du salarié en exerçant la gestion rigoureuse du dossier médical et les transmissions d’information.

La santé au travail nécessite une véritable expertise clinique et organisationnelle en pratique infirmière. Cette expertise doit faire l’objet d’une formation spécifique sanctionnée par un diplôme de spécialité. Cette formation s’inscrit pleinement dans le cursus LMD en sciences infirmières. Il faut maintenir, renforcer l’attractivité de l’exercice infirmier en santé au travail par une formation initiale réévaluée, une reconnaissance de l’expertise tout au long de la carrière, la production et la transmission de connaissances infirmières.

Compétences, autonomie, indépendance

Les modalités de fonctionnement et de coopération interprofessionnelle entre les infirmiers et les autres partenaires en santé au travail doivent reconnaître ce rôle central de l’infirmier dans la coordination, le suivi de santé interne et externe des salariés. La pratique infirmière en santé au travail s’appuie sur des référentiels et recommandations de pratiques professionnelles qu’il est fondamental de développer à partir des données et expériences significatives au niveau européen et international.

Le rattachement fonctionnel et hiérarchique de l’infirmier doit garantir son autonomie d’exercice et l’indépendance de ses actes professionnels. La coopération avec le médecin du travail est essentielle dans les services médicaux autonomes et inter-entreprises. Cependant, si le binôme médecin-infirmière est un axe de progrès, il ne doit pas être enfermant. Les textes protecteurs de l’activité du médecin doivent s’étendre aux IST, et ainsi amener à respecter le rôle et l’autonomie de chacun.

Le CNOI souhaite travailler avec les pouvoirs publics et les autres organisations professionnelles compétentes pour faire reconnaître, promouvoir de manière effective l’expertise clinique et professionnelle des infirmiers en santé au travail, dans le cadre d’une politique de santé publique globale.

A l’heure où les kinésithérapeutes et les orthophonistes sont en passe d’obtenir leur Master, notre profession ne doit pas être mésestimée : elle doit revendiquer sa place.
Il s’agit de définir une spécialité des infirmiers en santé au travail comme cela existe pour la puériculture, l’anesthésie et l’activité de bloc opératoire. Le périmètre de cette spécialité en Santé au Travail implique de reconnaître, préciser ses missions, ses compétences, et de renforcer sa formation.

Il convient alors de définir au plan réglementaire et conventionnel les missions, les compétences et les responsabilités de l’infirmier spécialisé en santé au travail , de valoriser les missions d'information, de prévention, d’évaluation, de soins et de suivi ainsi que de coordination mises en œuvre au quotidien par l’infirmier en santé au travail, dans le cadre d’une recommandation de la HAS pour la pratique clinique portant sur la « consultation infirmière ».

Dans ce but, il est nécessaire :

  • d’élaborer un nouveau référentiel de compétences et de formation de l’infirmier spécialisé en santé au travail, il bénéficiera de l’expérience acquise par les 5.000 infirmiers exerçant actuellement, en lien avec les expériences déjà réalisées, dans le cadre d’un Master, celui-ci ne doit pas être la seule finalité de l’exercice d’IST mais ses prémices ;
  • de créer des recommandations de bonnes pratiques, par et pour les IST ;
  • de définir des programmes spécifiques de développement professionnel continu ;
  • de mettre en œuvre de véritables expérimentations encadrées et évaluées d’évolution des compétences professionnelles et scientifiques sur le modèle des infirmières de pratiques avancées à partir desquelles des protocoles de coopération et de compétences partagées entre infirmier et médecin du travail seront établis ;
  • d’inclure cette dimension recherche dans un référentiel de formation commun ;
  • et bien d’autres pistes que le CNOI désire explorer plus avant avec les professionnels du secteur.

Il est urgent de contribuer à l’émergence d’une dynamique de recherche en sciences infirmières incluant la problématique de la santé au travail, problématique en constante mouvance et complexification.

Vers un « infirmier conseiller-technique »

Au même titre qu’il existe la fonction de Médecin Inspecteur Régional, la création de postes d’infirmier conseiller technique auprès des Directions Régionales du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle serait un des moyens de renforcer l’autonomie, l’indépendance d’exercice.

L’infirmier conseiller-technique assurerait le pilotage des politiques de formation, serait l’interlocuteur fonctionnel du Médecin Inspecteur Régional au niveau de l’Inspection Régionale du Travail. Cette concertation régionale permettrait notamment de mettre en œuvre un appui technique aux infirmiers, un suivi et un contrôle sur les glissements de tâches dans les services de santé au travail, de renforcer la légitimité de l’infirmier au sein des instances décisionnelles.

Un pilotage régional permettrait, au sein d’échanges entre pairs, de :

  • mettre en place des schémas cohérents d’approche concernant les enjeux d’avenir (vieillissement, risques psychosociaux...) ;
  • un retour d’expérience collecté et partagé ;
  • un échelon plus large que le lieu d’exercice en termes d’échanges interprofessionnels (pluridisciplinarité) ;
  • s’assurer que le développement  professionnel continu - DPC - soit une réalité ;
  • de favoriser ce qui sera notre futur, la recherche infirmière, entre autres ;
  • de mener de véritables expérimentations encadrées et évaluées d’évolution des compétences professionnelles et scientifiques sur le modèle des infirmières de pratiques avancées à partir desquelles des protocoles de coopération et de compétences partagées entre infirmier et médecin du travail seront établis.
  • l’inclusion de cette dimension recherche dans un référentiel de formation commun.

Il est nécessaire de réfléchir à une référence nationale indicative du nombre d’infirmiers spécialisés recommandé par nombre de salariés et secteur d’activité, garantissant le niveau d'expertise requis et l’efficience de la prévention et du suivi au sein des entreprises.

Ces évolutions attendues par l’ensemble de la profession infirmière sont indissociables d’une clarification des conditions d’exercice de l’infirmier en santé au travail, dont les leviers sont :

  • l’acquisition du statut de salarié protégé au sein de l’entreprise et un rattachement hiérarchique et fonctionnel garantissant l’autonomie d’exercice et l’indépendance des actes professionnels au sein de l’entreprise ;
  • le passage d’une position de subordination fonctionnelle de l’infirmier au médecin du travail à une coopération par le biais de champs de compétences partagés. Leur cadre devra être défini par une concertation entre les organisations représentatives des IST et les autorités compétentes ;
  • une représentation des infirmiers en santé au travail au sein des instances de concertation et de décision internes à l’entreprise et au niveau des directions régionales du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle.

Il ne doit pas y avoir de frein à la soif de connaissances et de reconnaissance de notre profession, dans nos domaines d’expertises, dans notre rôle propre et dans le cadre des champs de compétences partagées avec les autres professionnels de santé.

Les défis sont nombreux, les besoins de santé des travailleurs sont complexes, le contexte est contraint, mais des gains d’efficience sont possibles. Les infirmières et infirmiers de santé au travail sont d’ores et déjà prêts à relever ces défis, l’Ordre national souhaite dès à présent y contribuer.


www.ordre-infirmiers.fr

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Commentaires (6)

Bernadette Fabregas

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195 commentaires

#6

merci de ce témoignage

Vous pourriez peut-être écrire un article un peu plus conséquent sur ce sujet et nous l'adresser afin de valoriser encore mieux votre expérience tout à fait convaincante.Bonne soiré et à bientôt

Bilbolo

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1 commentaires

#5

Des possibilités existent : Restons optimistes !

Bonjour,

Voici à ce sujet un retour d'expérience que je souhaite partager avec vous, pour démonter que "c'est possible", si cela peut intéresser quelques-uns d'entre vous :

Infirmière de santé au travail dans le domaine du BTP, j'ai pu apporter un petit "quelque chose", un bout de pierre à l'édifice côté prévention;

Quand j'ai débarqué dans cet univers il y a quatre ans, je n'y connaissais rien de rien au BTP... Le temps de prendre mes marques et d'observer la réalité du terrain, je remarquai que 2/3 des AT bénins étaient dûs à des claquages musculaires à froid le matin, dans les deux heures suivant la prise de poste, mais aussi des incidents liés au défaut d'attention.

Sources de potentiels accidents de travail - Un vraie préoccupation dans ce milieu, j'ai initié la mise en place de séances d'échauffements musculaires avant la prise de poste; Le projet a été testé d'abord par le comité de direction sur un petit chantier afin d'en étudier l'impact - Efficacité constatée : Zéro accident sur ce chantier (de manière transparente); C'est ainsi que l'idée a suivi son chemin, et a été développée sur des chantiers de plus grande importance.

Affectée sur un nouveau chantier, études statistiques à l'appui, je remarquai que les personnes participant à ces séances ne sont pas celles qui viennent à l'infirmerie, mais les "autres" (sous-traitants et personnes qui ne se sentaient pas "concernées")... Parmi les personnes du groupe auprès de qui ces exercices ont été généralisés, le constat a été sans appel : De 4 à 5 accidents de travail constatés en moyenne par mois, le chantier n'enregistrait plus qu'à peine 4 à 5 dans l'année...

De plus, pour faciliter la réalisation des études statistiques, j'ai fait concevoir un logiciel d'analyse des risques sur les AT et AT bénins, afin de mettre en évidence les facteurs accidentels et les moyens de prévention adéquats;

Ces deux initiatives font aujourd'hui partie des standards de sécurité de cette grande entreprise...

Le fait est, de telles initiatives sont facilitées quand les hiérarchies sont à l'écoute, et sont demandeuses de l'investissement de l'infirmière, et la qualité de l'investissement de celle-ci lui permet de se faire une place à part entière;

Le fait est, il n'y a pas que le BTP qui est concerné, par cette bonne pratique de prévention, simple et de bon sens, qui permet non seulement de réduire nombre de TMS, d'AT et d'AT bénins, voire à long terme des maladies professionnelles, l'absentéisme et les risques psychosociaux, grands sujets du moment; J'ai eu l'occasion de donner une conférence sur le sujet à l'occasion d'un salon professionnel sur la sécurité au travail, afin de sensibiliser le public (médecins du travail et préventeurs pour la plupart) à la valeur ajoutée que peut apporter une telle initiative à l'entreprise qui adhère à ce concept;

L'infirmière a pleinement sa place et un grand rôle à jouer dans ce domaine, pour peu qu'elle veuille s'en donner la peine et s'investir pleinement. Il y a encore beaucoup à faire, cette initiative en donne un bon aperçu; çà vaut la peine d'essayer...

EQUATEUR

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38 commentaires

#4

Médecine de prévention.

Pour info, dans la fonction publique, la santé au travail s"appelle, la médecine de prévention.Voila ce que dit le Décret n°82-453 du 28 mai 1982 :
Les missions du service de médecine de prévention sont assurées par un ou plusieurs médecins appartenant ou non à l'administration qui prennent le nom de médecin de prévention.
Ces médecins sont assistés par des infirmiers et infirmières et, le cas échéant, par des secrétaires médicaux.
Mais par exemple à l'Education Nationale qui est le plus grand employeur de France, il n'a pratiquement pas d'infirmières de prévention !et peu de médecins!
Concernant l'Ordre infirmier, la très grande majorité de la profession d'infirmière n'en veut pas.

execho

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102 commentaires

#3

pas de salaire unique

le salaire des infirmières du travail dépend des conventions collectives et est donc différent suivant les branches.

Sancho

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162 commentaires

#2

Un bon début ...

Avant de demander à ce que les Infirmiers de santé au travail soit mieux payés, il faut peut être leur donner une existence légale qui actuellement n'existe pas.

Actuellement, ils sont perchent dans les entreprises comme un employé du médecin du travail mais en aucun cas, comme un professionnel autonome.

Faisons reconnaitre leurs prérogatives actuelle et démontrons leurs plus values et nous pourrons ensuite demander revalorisation de statut et de salaire... Penser que l'inverse soit possible est à mon sens une utopie.

Promouvoir le rôle infirmier => ONI
Salaire et reconnaissance statutaire => Syndicats
L'un ne va pas et n'ira pas sans l'autre...

FRED60

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19 commentaires

#1

Un petit oubli?

C'est super! avec l'ONI l'IST va être amené àdévelopper son rôle et donc sa responsabilité...pour quel prix?
Ben oui, l'ONI donne plein de recommandations, mais dans celle ci on pourrait peut être avoir la reconnaissance du rôle IST avec le statut cadre et pas seulement AMT voire employé!
Oh pardon, l'espace d'un instant j'ai oublié mon voeux de pauvreté...