Les infirmiers anesthésistes sont-ils corporatistes ?

03.11.2010 | Mise à jour le 05.11.2010

Un article de Libération dénonce le « côté corporatiste bien marqué » du conflit récent des IADE avec le ministère de la santé et leur prétention à « l’exclusivité » de certains actes.

Les réactions ne se sont pas faites attendre, aussi bien dans les commentaires du journal que de la part de la présidente du SNIA.

Pour Éric Favereau, le journaliste « santé » de Libération, les infirmiers anesthésistes « se sont toujours battus pour avoir une place à part. » Faisant remarquer qu’ils sont en majorité des hommes (alors que la profession infirmière est très majoritairement féminine), il interprète leur demande de reconnaissance au niveau master comme la manifestation de leur exigence de différence avec les autres infirmières, de niveau licence : ils ne « supporteraient » pas d’être placées au même niveau qu’elles. Revendication allant de pair, ils défendraient « l’exclusivité » de certains actes infirmiers, même simples.

Pour parvenir à leurs fins, ils pourraient aller jusqu’à agir « aux limites de la légalité », en profitant du fait qu’ils sont indispensables dans les blocs opératoires. Ce qui marcherait, puisque la ministre aurait « fléchi » le mois dernier en leur accordant le niveau master et en allant même jusqu’à leur accorder une prime.

Or, cerise sur le gâteau, leurs salaires avoisineraient les 3 500 euros nets mensuels (« on ne peut pas dire que dans le monde de la santé, ils soient les plus à plaindre »), ce qui n’empêcherait pas la majorité des IADE travaillant dans le public d’avoir recours à la pratique illégale de faire « des heures supplémentaires dans le privé, réussissant parfois à doubler leur salaire. »

Présidente du SNIA (Syndicat national des infirmiers anesthésistes), Marie-Ange Saget répond d’abord que la formation des IADE est « actuellement la plus longue », 24 mois, versus 18 mois pour les infirmiers de bloc opératoire et 12 mois pour les infirmiers en puériculture. Elle n’est accessible qu’après deux années d’exercice infirmier « simple ».

Elle soutient que « l’exclusivité d'exercice a été un combat de la profession pour la sécurité des patients et pour que l'anesthésie soit pratiquée uniquement par des professionnels obligatoirement formés à la discipline. Cette mesure mise en place par décret depuis 1988 a largement prouvé son efficacité en matière de sécurité. » Quant à la revendication du niveau master pour les spécialités, dont les IADE, elle « coule de source, pour valoriser mais surtout favoriser l'attractivité pour une profession qui reste malgré vous très contraignante, ne vous en déplaise ! »

Elle conteste le fait que la majorité des IADE du public arrondisse ses salaires dans le privé, ainsi que le niveau de ceux-ci. Enfin, elle fait remarquer que le passage en catégorie A réduit le différentiel de rémunération entre infirmiers spécialisés et non spécialisés.

Elle oublie d’ajouter que la reconnaissance du niveau master ne date pas des dernières manifestations des IADE, mais que celles-ci ont sans doute contribué à accélérer sa mise en œuvre effective, de même qu’elles ont abouti à une revalorisation de la fameuse prime, et non à sa création, d’un niveau que l’ensemble de organisations syndicales a jugé insatisfaisant.

Reste la question du « mépris » qu’afficheraient les IADE à l’égard des autres infirmières. Il est difficile de juger de l’attitude de tout un groupe professionnel et du ressenti des autres groupes par rapport à celui-ci en l’absence d’une enquête d’opinion solide. Disons que les avis sont pour le moins partagés … et que sans doute l’essentiel n’est pas là.

Il faut d’abord faire remarquer que les IADE semblent constituer un groupe professionnel soudé, sur le mode du « métier », ce qui est loin d’être le cas de la profession infirmière prise dans son ensemble, dont on connaît la fragmentation.

De nombreux sociologues font remarquer que la disparition de ce sentiment d’appartenance à un corps professionnel et de la fierté qui l’accompagne est une des raisons de la fameuse « souffrance au travail ».

Mais d’autres insistent sur le côté exacerbé de cette fierté en France, où perdure le sentiment aristocratique de l’honneur, chatouilleux et rapidement susceptible comme chacun sait et où il s’agit toujours de se faire valoir en invoquant l’intérêt général. Dans notre pays, les intérêts particuliers sont toujours suspects. Il faut les avancer en invoquant leur utilité pour tous.

Cela impose au journaliste de rendre compte avec prudence, en évitant de froisser les sensibilités (sauf si l’on tient à poser au briseur de préjugés) et en étant finement exact dans ce qu’on avance. Cela implique pour tous les autres d’examiner si par hasard, il ne faudrait pas balayer un peu devant leur porte.

Note de la rédaction

L'article publié le 3 novembre indiquait une formation de 9 mois pour les infirmiers en puériculture ; l'erreur, relevée par Marie-Ange Saget, a été corrigée le 5. (note de la rédaction d'Infirmiers.com)

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Les commentaires des Internautes
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serge cannasse
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Inscrit le : 07/07/2010
Commentaires : 56
Quelques précisions de Marie-Ange Saget (SNIA)
Marie-Ange Saget, présidente du SNIA, m'a adressé le message suivant, qu'elle accepte de voir reproduit ici :

" 1- Une petite erreur, que nous avons pourtant corrigée très rapidement, était dans le texte initial que nous avons posté : la spécialité en puériculture dure 12 mois et non 9 mois.Vous avez dû recevoir comme tous le correctif dans les heures qui ont suivi.

2- Je ne pense à aucun moment avoir écrit "un exercice infirmier simple". Si j'ai repris le terme "simple" rapporté selon Eric Favereau par un directeur d'établissement, c'était seulement pour faire émerger le fait que le mépris envers les infirmières vient plutôt des directions ou du corps médical en général. Personnellement, je trouve que l'exercice infirmier en soins généraux n'a rien de simple, tellement la pluridisciplinarité tout autant que l'ultra spécialisation dans certains domaines sont nécessaires.

3- Enfin, il me semble que je n'ai pas omis de parler de la revendication très ancienne de la part de l'ensemble du corps infirmier, d'obtenir une reconnaissance universitaire à nos diplômes, contrairement à ce que vous rapportez."

Ma réponse, qu'elle a également accepté de voir publiée ici, est la suivante :

" Je plaide coupable pour les 12 mois : j’ai été trop rapide et n’ai tenu compte que de votre premier envoi. Je suis navré du malentendu sur l’adjectif “simple” : les guillemets ne renvoyaient pas à vos propos, mais à ceux d’Éric Favereau : ils se voulaient ironiques par rapport à la pluralité des sens du mot. Enfin, sur l’universitarisation, je n’écris pas que vous avez omis d’en parler, mais je mentionne la reconnaissance du niveau master, ou plutôt sa promesse, par le ministère : elle ne date effectivement pas du mois dernier."

Au moment où j'écris ce post, il n'est pas possible de corriger l'erreur sur la formation des puéricultrices, d'autant plus regrettable que je prêche dans l'article pour être "finement exact dans ce qu'on avance" ... Ce sera fait dans la matinée du 5 novembre. Enfin, j'ai éliminé de nos deux messages les formules de politesse, mais je tiens à remercier Marie-Ange Saget pour sa confiance et sa courtoisie.
Posté le : 05/11/2010
nozinan
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Inscrit le : 08/04/2004
Commentaires : 10
biensûr !
Biensûr que nous sommes corporatistes, ça n'est pas une insulte !

Nous ne sommes que 7000 IADE noyés parmi les 500.000 professionnels infirmiers.
Qui va défendre notre statut attaqué à la hache avec le protocole Bachelot ?
C'est nous mêmes et certainement personne d'autre !
Par contre, l'énorme travail de Lobbying politique débuté il y a 8 mois auprès des députés, sénateurs et groupes politiques est axé en partie sur La perte de la catégorie Active que tout le monde va perdre (IDE/IBO/Puer) !
Les IADE sont actuellement les seuls professionnels infirmiers en lutte !
Posté le : 04/11/2010
tchitcheman
Avatar de l'utilisateur
Inscrit le : 20/06/2008
Commentaires : 10
united IADE
bien ecrit jurassik

.c'est comme tout c'est l'abus qui peut faire mal.
un peu de corporatisme dans ce monde "de brutes"...ou il faut exagérer pour survivre..ne peux pas faire de mal..!
apres si certains IADE se prennent pour des "petits Dr"..c'est pas un scoop..! y'a des cons partout..!

ce que je sais c'est que je suis fiére d'appartenir à la "corporation".!!

apres..quand je vois le corps médical, la justice et les journalistes..qui osent nous faire la moral à ce sujet....c'est vraiment l'hopital qui se fout de la charité.!
Posté le : 04/11/2010
Jurassik
Avatar de l'utilisateur
Inscrit le : 19/01/2007
Commentaires : 4
...
je suis IDE,

Et dire que cette personne se dit "journaliste"... Sans parler d'erreurs dans un article, il s'agit de contre vérités, pour ne pas dire de mensonges éhontés...

Se renseigner sur les grilles de salaire de la fonction publique prend deux minutes...

Conserver leur exclusivité d'exercice n'est pas un caprice de gosse. Ils s'assurent qu'ils ne seront pas remplacés petit à petit par du personnel moins formé... ils protègent leur travail certes mais aussi la sécurité anesthésique !

corporatiste ? évidemment ! et après ? ils manifestent pour pour une reconnaissance de leurs compétences/travail avec les spécificité que cela implique, qu'y a t-il de dérangeant à cela ?

Les IADE sont soudés pour ne pas laisser leur spécialité aller droit dans le mur, nous devrions les féliciter pour cela !

Quand au "mépris" de certains IADE, il y a des cons partout...

même parmi les "simples" journalistes !
Posté le : 04/11/2010
ridfa69
Avatar de l'utilisateur
Inscrit le : 29/03/2010
Commentaires : 92
pour une fois
pour une fois que des infirmiers sont payé plus ou moins ce qu'il merite, ca ne me gene pa. Que des infirmiers public fassent des extras je pensent pas que c'est les seuls.
Par contre c'est vrai que ceux que j'ai connu se la "petent" mais en fair un article dans liberation c'est exessif
Felicitons les de defendre aussi bien leur profession et prenont en plutot de la graine
Posté le : 03/11/2010
waffi
Avatar de l'utilisateur
Inscrit le : 06/08/2006
Commentaires : 9
corporatiste, et alors ?
Je suis IADE, les propos de Mr Favereau sont simplistes. Les IADE défendent leurs intérêts car en y touchant on touche à la sécurité anesthésique, c'est une réalité.
Un IADE rentrant de sa formation voit un différentiel de 100 euros avec sa dernière paye d'IDE, méritons nous autant de jalousie? Nos responsabilités sont réelles au bloc, en SMUR, dans des réa. Nous souffrons d'un manque de reconnaissance parmi l'ensemble de la profession soignante, parmi les médecins...
Posté le : 03/11/2010
 
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