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Nathalie Depoire attend « un geste fort » de Marisol Touraine

La Coordination Nationale Infirmière, par la voix de sa présidente Nathalie Depoire, réaffirme, par l’intermédiaire d’une lettre ouverte,  sa volonté à faire reconnaître les pénibilités des métiers de la filière infirmière en adressant une lettre ouverte à Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé.

« Madame la Ministre,

Nathalie Depoire / Marisol TouraineEn ce mois "d’octobre rose", période de mobilisation pour le dépistage du cancer du sein, nous souhaitons une fois de plus attirer votre attention sur notre profession. De la qualité des soins aux respects des droits des patients, de l’accompagnement des familles en passant par la charge émotionnelle et le stress liés aux responsabilités, les conditions d’exercice des infirmiers et infirmières en France sont devenues particulièrement difficiles et se dégradent un peu plus chaque jour dans un contexte de maîtrise des dépenses et de réorganisation de l’offre de soins.

Féminine à 90% et plébiscitée par 99% des Français, la profession infirmière a su garder une très bonne image auprès du public. Elle apporte les soins dans les moments difficiles, sait écouter et porte des valeurs humaines qui rassurent. Lors des débats qui ont entourés la réforme des retraites, et auquel vous avez participé activement dans les rangs de l’opposition, vous déclariez que notre profession était "une profession dont la pénibilité ne peut être mise en doute". Vous citiez ainsi les éléments qui caractérisent cette pénibilité à savoir "…/… la fréquence du travail de nuit, le temps posté, la manipulation de charges lourdes - nous parlons en l'occurrence d'hommes et de femmes - ou les horaires décalés. Personne ne conteste le fait que ces éléments caractérisent un travail pénible".

Au moment où il a été demandé à la population active, dans un esprit solidaire, de travailler deux années de plus, la Loi portant réforme des retraites conjuguée à celle du reclassement des infirmiers de la Fonction Publique Hospitalière impose un recul de l’ouverture des droits à la retraite de 7 ans !

Aujourd’hui, c’est avec une attention toute particulière que nous avons pris connaissance de votre Proposition de Loi pour le Financement de la Sécurité Sociale 2013. Dans votre discours, vous déclarez "permettre à ceux qui ont travaillés durs d’être mieux reconnus".

En votre qualité de Ministre de la santé, vous avez la possibilité de corriger l’injustice faite à notre profession en rétablissant la reconnaissance de notre pénibilité professionnelle. Il serait en effet possible, à l’instar d’autres professions, d’attribuer une bonification au 1/5ième aux infirmiers et infirmiers spécialisés.

« Dans votre discours, vous déclarez « permettre à ceux qui ont travaillés durs d’être mieux reconnus ».

Nos conditions de travail deviennent « explosives ». La morosité s’installe dans les services et pousse les infirmiers vers d’autres horizons.
L’abandon du critère de pénibilité est ressenti comme un abandon au sens large et comme une absence totale de reconnaissance au regard des contraintes évidentes, des difficultés d’exercice et du niveau d’exigence toujours plus élevé.
Ce constat, mérite une préoccupation toute particulière de votre part. Votre engagement fort via votre « pacte social » doit marquer les esprits et se traduire, dans les faits, par des décisions courageuses envers les milliers d’infirmiers et d’infirmières. Cela va dans le sens de notre investissement au quotidien et dans l'intérêt du patient.

Contrairement aux parlementaires qui reconnaissent notre expertise, vous faites le choix de ne pas intégrer à ces groupes de travail, la Coordination Nationale Infirmière, syndicat professionnel représentatif de toute la filière infirmière et force de propositions dans le domaine. Choix pour le moins paradoxal au regard de l’échange que nous avions eu durant la campagne présidentielle 2012 de François Hollande, alors que vous étiez responsable du pôle social, santé, handicap et personnes âgées…

Pour les femmes qui travaillent, ou ont travaillé de nuit au cours de leur carrière, des études européennes démontrent que le risque de cancer du sein augmente considérablement.

La reconnaissance de la pénibilité au travail ne se limite pas à accorder des « avantages » spéciaux aux salariés exposés à des conditions de travail pénibles et condamnés à une retraite moins longue en raison d’une espérance de vie plus faible, c’est aussi accorder une compensation aux salariés qui prennent leur retraite dans un état de santé plus dégradé.

Pour les femmes qui travaillent, ou ont travaillé de nuit au cours de leur carrière, des études européennes démontrent que le risque de cancer du sein augmente considérablement. Une étude récente de l’Institut National de la Recherche et de la Santé (Inserm) a mis en évidence que le risque de cancer du sein est supérieur de 30% chez les femmes qui travaillent de nuit (publiée le lundi 18 juin 2012 sur le site de la revue International Journal of Cancer). Une autre étude danoise publiée dans la revue Epidemiology (janvier 2001, vol 12, no 1, pages 74-77) fait état de 37 infirmières indemnisées pour corrélation entre travail de nuit et le cancer du sein. Aussi, « Octobre rose » sera pour nous dédié à tous les professionnels hospitaliers qui arpentent, la nuit, les couloirs sombres des établissements de santé et à toutes ces infirmières à qui on impose des rythmes de travail alternants et insensés.

La branche AT-MP (Accident du Travail - Maladies Professionnelles) aura un budget excédentaire de 300 millions d’euros en 2013. Allouer des crédits à la prévention et au suivi de tous ces agents noctambules devient une nécessité absolue. Nous vous demandons de considérer toute une population à risque qui, pour la continuité des soins, ne peut être dispensée du travail de nuit.

De plus, nous nous permettons de vous rappeler notre demande de revalorisation des primes de nuit (actuellement 1,07€ brut par heure travaillée dans le public et quasiment identique dans les établissements privés) mainte fois réitérée auprès des services de l’État.

Un geste fort est attendu par toute une profession en grande souffrance.

Nous restons à votre disposition pour développer notre argumentaire et témoigner des conditions de vies des infirmiers et infirmières de France.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre très haute considération. »


Présidente de la Coordination nationale infirmière
http://www.coordination-nationale-infirmiere.org/

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