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Une crise sanitaire menace les étudiants

Un étudiant sur cinq (20%) a déclaré avoir renoncé, au cours des 12 derniers mois, à des soins ou traitements médicaux à cause des frais engendrés, indique l'enquête nationale 2011 de La mutuelle des étudiants (LMDE), dont les résultats ont été présentés le 22 mai 2012.

Un étudiant sur cinq a renoncé à des soins pour raisons financières (LMDE)Ils sont rassemblés dans un livre intitulé "Santé et conditions de vie des étudiants", dévoilé le 22 mai 2012, lors d'une conférence de presse, par le président de la LMDE, Gabriel Szeftel, et celui de la Mutualité française (FNMF), Etienne Caniard. L'ouvrage, vendu en librairie, comprend des résultats nationaux et des focus dans chaque région.

Il s'agit de la troisième enquête nationale sur la santé des étudiants (ENSE) effectuée par la Mutuelle des étudiants (LMDE) et son observatoire Expertise et prévention pour la santé des étudiants (EPSE). Les deux précédentes ont eu lieu en 2005 et 2008. Les données ont été recueillies entre le 16 novembre 2010 et le 31 janvier 2011, à l'aide d'un questionnaire en ligne. Un échantillon de 110.000 étudiants affiliés au régime obligatoire de sécurité sociale étudiante via la LMDE a été sollicité par courrier électronique et papier. Parmi eux, 8.423 ont répondu dans l'ensemble des académies.

Les femmes ont davantage renoncé à des soins pour raisons financières que les hommes (26% contre 14%). Il en va de même pour les étudiants les plus âgés (41% chez les plus de 25 ans contre 12% chez les moins de 20 ans). Les étudiants d'écoles sont moins touchés que ceux de l'université (16% contre 23%). Le taux est plus faible en médecine et pharmacie (14%) qu'en lettres et sciences humaines (29%)

Toujours pour raisons financières, 8% des étudiants ont renoncé à des médicaments non remboursés, 7% à des soins dentaires (couronnes, plombages, appareils), et 5% à des traitements ophtalmologiques (lunettes, lentilles).

Le renoncement à consulter un médecin, cette fois, a concerné 34% des étudiants. Ils l'ont d'abord expliqué par le manque de temps (46%) et par l'automédication (41%), puis par des raisons financières (29%). Viennent ensuite le fait de ne pas aimer aller chez le médecin (26%), des difficultés à en trouver un (9%), ou encore des difficultés à s'y rendre (7%). Environ 10% des étudiants ont donc renoncé à consulter un médecin pour raisons financières, note-t-on.

Les étudiants qui déclarent rencontrer des difficultés financières renoncent beaucoup plus aux consultations médicales (54%) que les autres (29%). Il en va de même pour les étudiants qui se disent en mauvaise santé (53% contre 31%).

L'ouvrage montre également qu'un étudiant sur cinq n'a pas déclaré de médecin traitant. 19% ne sont pas couverts par une complémentaire santé, contre 6% pour les Français en général. 10% ne savent pas s'ils sont couverts ou non. Si 82% s'estiment en bonne santé, 20% jugent que leur état s'est dégradé par rapport à l'année précédente.

L'étude met à mal plusieurs idées reçues, affirme la LMDE dans un dossier de presse. Près des deux tiers (63%) des étudiants affirment avoir une alimentation équilibrée. Seuls 13% des étudiants déclarent avoir consommé de l'alcool pour rechercher l'ivresse et 53% disent ne pas avoir été ivres au cours des 12 derniers mois.

Selon l'enquête, 20% des étudiants sont concernés par un symptôme de trouble dépressif et 12% ont déjà eu des pensées suicidaires. La même proportion a eu recours à des médicaments psychotropes (anxiolytique, somnifère, antidépresseur). 38% ont éprouvé un sentiment de tristesse ou de "déprime".

Si 82% se disent bien informés sur le sida, certaines idées fausses demeurent, telles que la transmission par les piqûres d'insectes ou les baisers. Seuls 41% des répondants s'estiment mal informés sur les autres infections sexuellement transmissibles (IST). 22% ont fait un test de dépistage du VIH, contre 16% pour les autres IST.

« La crise de demain »

Gabriel Szeftel a estimé que le renoncement aux soins s'accentuait, et se déplaçait des soins lourds vers ceux de proximité (médecine générale, gynécologie, pharmacie...). Il a pointé une situation sociale détériorée des étudiants. "On n'est pas encore dans le krach sanitaire, mais on prépare la crise de demain", a-t-il estimé. Le président de la LMDE a jugé qu'il était difficile de comparer les données avec l'enquête 2008, notamment parce que certaines questions avaient changé. Il a néanmoins évoqué un chiffre de 24% d'étudiants ayant renoncé aux soins dans cette précédente étude. Il a cité plusieurs propositions de la mutuelle pour l'accès aux soins. Elle plaide en faveur de la mise en place d'un "chèque santé" national encourageant l'accès des étudiants à une complémentaire. Elle réclame une baisse des taxes sur les mutuelles, pour réduire le prix des contrats. Elle demande que les services de médecine préventive des universités puissent se transformer en "de véritables centres de santé", dotés par ailleurs de moyens accrus pour la prévention.

Etienne Caniard a mis l'accent sur le risque de voir les étudiants douter de l'efficacité des systèmes de protection sociale. Il a observé que les transferts d'argent, au sein des familles, allaient aujourd'hui des personnes âgées vers les jeunes, et a regretté que le système de protection sociale n'ait pas encore épousé ce mouvement. Il a souligné le fait que les universités se situaient dans les grandes villes, touchées par les dépassements d'honoraires médicaux les plus importants. Il a rappelé son intérêt pour les engagements en la matière du président nouvellement élu François Hollande, qui a promis d'encadrer les dépassements tarifaires.

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