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Vers une suspension de Diane 35 et de ses génériques

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a engagé une procédure de suspension des autorisations de mise sur le marché (AMM) de l'anti-acnéique Diane 35 (cyprotérone + éthinylestradiol, Bayer) et de ses génériques, a annoncé le mercredi 30 janvier 2013 son directeur général, Dominique Maraninchi, lors d'une conférence de presse.

Diane 35 comprimés suspension des AMMDiane 35 a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) en France par procédure nationale en juillet 1987 dans le traitement de l'acné chez la femme, mais ce médicament est largement prescrit hors AMM en tant que contraceptif. Il est estimé que 315.000 femmes ont consommé le composé ou un de ses génériques en 2012.

L'ANSM s'est penchée sur le rapport bénéfices/risques de Diane 35 et ses génériques dans le cadre d'une procédure de réévaluation des médicaments dont l'AMM est antérieure à 2005. "L'agence considère que le rapport bénéfices/risques de Diane 35 et de ses génériques est défavorable dans le traitement de l'acné. Après information des industriels concernés (...) l'agence a décidé d'engager une procédure de suspension des AMM de ces médicaments", a déclaré Dominique Maraninchi.

Les données réactualisées issues d'études de cohorte montrent pour ces traitements un risque thromboembolique veineux quatre fois plus élevé que celui des femmes ne les prenant pas. Les données de pharmacovigilance, dévoilées le dimanche 27 janvier 2013 par l'ANSM, ont fait remonter au moins quatre cas de décès associés au composé depuis son homologation en France en 1987.

Concernant la contraception, Dominique Maraninchi a rappelé que le médicament ne disposait pas de cette indication, et relevé qu'il n'y avait pas de données suffisantes qui auraient permis de lui octroyer ce statut. "Ce n'est pas une bonne pilule (...) il ne faut pas l'utiliser ni la prescrire à visée contraceptive".

Délai de trois mois

La suspension d'AMM prendra son plein effet dans un délai de trois mois, soit pour la fin avril 2013.

"Mais dans l'immédiat, les patientes ne doivent pas interrompre leur traitement", et peuvent le poursuivre jusqu'à une nouvelle consultation avec leur médecin pour déterminer les options thérapeutiques qui leur conviennent le mieux. Dès maintenant, "les médecins ne doivent plus prescrire ces médicaments ni à l'initiation du traitement, ni en renouvellement du traitement", a poursuivi Dominique Maraninchi.

"Les pharmaciens devront délivrer les traitements minimaux nécessaires pour éviter toute rupture brutale de traitement jusqu'à ce que la patiente consulte à nouveau son médecin ou un autre prescripteur", a-t-il ajouté.

"A l'issue de cette période de trois mois, la suspension des AMM prendra plein effet. Toute prescription et toute délivrance seront interdites, et l'ensemble des lots présents sur le marché français seront retirés", a-t-il indiqué.

Arbitrage européen

En parallèle, l'ANSM a initié une procédure d'arbitrage au niveau de l'Union européenne en vue d'obtenir le retrait, la suspension ou la modification des AMM en Europe, a annoncé Dominique Maraninchi.

La décision qui sera rendue au final par la Commission européenne, après consultation de l'Agence européenne du médicament (EMA) et notamment de son comité de pharmacovigilance (Prac), sera contraignante pour la France. Dominique Maraninchi a reconnu que la Commission européenne pourrait demander à la France de "recommercialiser le produit" dans le traitement de l'acné.

Mais dans ce cas, le travail européen aurait déjà permis "de bien préciser quelles formes d'acné, quelles durées de traitement" devraient s'appliquer. Une harmonisation des indications serait ainsi faite pour remédier aux différences entre les AMM nationales. "Si nous devions le recommercialiser, nous le ferions avec des indications ultra-précises et probablement des conditions de prescription et de délivrance (...) extrêmement rigoureuses de façon à veiller à ce que le bon usage de ce médicament soit garanti pour la population", a observé Dominique Maraninchi.

Cette procédure d'arbitrage européen prendra dans le meilleur des cas trois mois, "d'où la nécessité de prendre une décision en France en attendant les conclusions définitives de l'Europe", a expliqué Carole Le Saulnier, directrice des affaires juridiques et règlementaires de l'ANSM.

Dominique Maraninchi a expliqué la position de la France, qui pourrait être vue comme "maximaliste". "Notre décision est fondée sur la sécurité des patientes. Et quand on voit que ce médicament est utilisé hors AMM de façon préférentielle, donc on expose les patientes à des risques considérables, la seule mesure légitime reste la suspension", a-t-il estimé.

Selon les données publiées par l'ANSM, Diane 35 et ses génériques sont prescrits principalement par les médecins généralistes (60% des prescriptions), suivis par les gynécologues (36%) et les dermatologues (3%).

Il est fait état d'un "taux important d'utilisation hors AMM" de ces médicaments. Ainsi les médecins généralistes et les gynécologues ont déclaré les prescrire majoritairement à visée contraceptive (dans 54% et 75% des cas, respectivement).

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