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Les besoins en professionnels infirmiers en 2009

Cet article fait partie du dossier :

Conseils emploi

La problématique des professionnels infirmiers (IDE) sous tend celles de l’attractivité et de la fidélisation des formations et des professions. Faire un état des lieux de cette profession n’a de sens et d’utilité qu’en mettant en parallèle les besoins de santé et porter un regard systémique sur notre système de santé.

Dès le début des années 2000, on parlait d’une profonde pénurie pour les infirmiers (il y en a eu d’autres), qu’en est-il aujourd’hui et que peut-on mettre en place pour améliorer la situation ?

Une situation paradoxale, point sur les professionnels au niveau national et regard sur la région Ile-de-France

Le nombre de professionnels infirmiers ne cesse d’augmenter et cependant les structures, les établissements de santé rencontrent des difficultés de recrutements.

Le taux de croissance annuel moyen des effectifs infirmiers entre 2000 et 2007 est de 3,4% et cette tendance haussière est stable. Au 1er janvier 2009, on compte 495 834 IDE1 en France Métropolitaine.

Au niveau des professionnels hospitaliers qui représentent plus d’un million de personnes, on sait qu’en 2015 1 agent/2 de la fonction publique hospitalière sera parti à la retraite, soit environ :

  • 94 000 IDE
  • 3 000 IADE : Infirmier Anesthésiste Diplômé d'Etat
  • 2 000 IBODE : Infirmier de Bloc Opératoire Diplômé d'Etat
  • 3 000 Puéricultrices

Les aides soignants, les auxiliaires de puériculture, les MERM2, les Kinésithérapeutes seront des professionnels très demandés ainsi que les professionnels de la filière administrative

La répartition des professionnels sur le territoire n’est pas homogène. La densité des IDE, au 01/01/2009 varie de 1 052 en Limousin à 634 en Région Centre. L’Ile-de-France (IDF) occupe toujours la 4 ème position des régions à la moins forte densité. Cette région, apparaît plus « défavorisée », avec une tendance à avoir des professionnels para médicaux plus âgés que la moyenne nationale, avec une moindre densité, et un taux de croissance plus faible (non seulement les IDE, mais aussi les MERM…)

Des besoins importants de recrutement dans les 5 ans sont à anticiper. La Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales d’IDF évalue la nécessité de diplômer environ 4000 à 7000 infirmiers par an :

  • 4000 au minimum pour remplacer les départs à la retraite
  • 1600 pour atteindre la densité nationale actuelle
  • 1600 pour répondre aux nouveaux besoins (PRIAC-SROS…)

On remarque un écart de 1200 places entre le quota théorique (6540 places) et le nombre d’entrées en formation (5300 par an)
Le  nombre de diplômés (4200 par an) est inférieur aux besoins : abandons, échecs au diplôme d’Etat d’infirmier et certains étudiants formés en IDF partent en province.

Au niveau national, chaque année, pour un quota de 30 000 places d’étudiants en soins infirmiers, sont présentés en moyenne 23 000 candidats dont environ 20 à 21 000 sont diplômés.

Les besoins en santé évoluent sans cesse et le vieillissement de la population accroît la prévalence des pathologies de la sénescence, du handicap, des maladies chroniques et invalidantes.

L’accroissement continu de l’espérance de vie entraîne une augmentation des demandes de soins.
La part des personnes de plus de 75 ans continuera à augmenter dans les années à venir pour représenter en 2015, 9,1% de la population3.
L’arrivée à la retraite des nombreuses classes d’âge, des « papys boomers », va faire plus que doubler la catégorie du 3ème âge. Ils passeront dans le 4ème âge, moment où la maladie devient plus grave et fréquente, après 2020.

Il persiste des enjeux importants face aux pathologies virales, à la résistance croissante de certains germes aux antibiotiques et des problématiques liées à des comportements addictifs et/ou modes de vie (sédentarité, alimentation et obésité…) 
La population est de plus en plus attentive aux aspects de prévention.

Les réponses en lien avec l’évolution des besoins en santé et la demande des usagers se traduisent, notamment, par des nouvelles organisations, la mise en œuvre de plans et/ou programmes fixant les priorités de santé publique et la présence des usagers en tant que partie prenante dans des instances de santé.

Ainsi, les besoins de santé augmentent d’un point de vue quantitatif et qualitatif. La démographie de la population et ses besoins sont donc les premiers facteurs impactant les métiers et les compétences des professionnels 4

Le paradoxe évoqué plus haut de la croissance des effectifs infirmiers et des difficultés de recrutements résulte d’une tension entre un besoin en  professionnels qui augmente plus vite que l’offre lié à :
Une difficulté de recrutement des candidats, dans certaines régions, dont l’Ile-de-France (IDF), lié à diverses raisons, dont la concurrence entre formations de même niveau et l’arrivée de « classes creuses »
Un déficit des « entrants » et des « sortants » d’étudiants en IFSI

Les mesures prises 

Parmi celles-ci on trouve au niveau national :

  • Des augmentations des quotas, celui des IDE est passé de 18 000 à 30 000 
  • Un renforcement du positionnement « d’acteur » des infirmiers, à tous les niveaux (national, institutionnel, local..), avec notamment la création de l’ordre national des IDE en novembre 2008
  • La mise en place d’une nouvelle formation dès le mois de septembre 2009, dans le cadre d’une harmonisation européenne / système LMD
  • La coopération entre professionnels de santé (Suite aux Rapports Berland) pour prendre en compte l’évolution du contenu des métiers et des missions des professionnels dans un environnement sanitaire et social en pleine mutation (Les nouvelles formes de coopérations entre professions de santé, pratiques avancées, qui figureront dans la Loi Hopital Patient Santé Territoire)
  • Une campagne nationale de valorisation des métiers à l’hôpital lancée par le ministère de la santé, en février 2008 : « l’hôpital a besoin de vous »

Plus particulièrement en Ile-de-France :

  • Mise en place de Plans IDE : pour faire face aux besoins en professionnels infirmiers, un premier plan infirmier a été mis en place en 2003/2006, puis réactualisé pour 2008/2013.
    Ce plan réunit nombre d’acteurs concernés par cette problématique, à commencer par l’Agence Régionale de l’Hospitalisation (ARH), la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS), le Conseil Régional d’Ile-de-France, des représentants des fédérations hospitalières et des trois académies, des Directrices d’IFSI et le Centre Régional pour l’Information sur les Professions Paramédicales (CRIPP), entre autres.

Le nouveau plan régional infirmier a pour objectif d’enrichir l’analyse de situation et les mesures proposées.
Il comporte trois axes correspondant au parcours de l’étudiant, futur professionnel.

Axe 1 : l’attractivité
Le premier axe recouvre l’amont de la formation et comprend trois objectifs :
 - Renforcer l’impact / la visibilité des campagnes régionales de communication 
 - Développer l’information et  la préparation faites par les IFSI 
 - Diversifier les candidatures
C’est plus particulièrement dans cette direction qu’intervient le CRIPP, outil dont s’est dotée la région depuis 2003 :
www.cripp-idf.fr
Son objet est de renforcer l’attractivité des professions déficitaires par de l’information et de la communication régionales.

Axe 2 : la formation
Le deuxième axe du Plan infirmier porte sur l’appareil de formation lui-même et l’accompagnement des étudiants en cours de formation, les objectifs en sont :
- Reconfigurer l’appareil de formation, répartir les quotas et les moyens 
- Améliorer les « conditions de vie » des étudiants en soins infirmiers 
- Renforcer l’accompagnement des étudiants  à l’IFSI et en stage.

Axe 3 : la fidélisation
Le troisième axe concerne l’après formation. Il a pour objectif de renforcer l’attractivité de la profession infirmière et de la fidéliser en Ile-de-France. Un guide « Attractivité et fidélisation des Professionnels Paramédicaux dans les structures sanitaires et médico-sociales - juin 2008 » a ainsi été élaboré.
Il a été adressé à l’ensemble des établissements et propose des actions ainsi qu’une grille d’autoévaluation dans les domaines suivants : recrutement et accueil, valorisation des compétences et évolution professionnelle, conditions de travail, management et dynamique d’établissement.

En conclusion 

Les éléments de suivi démographique de la profession des infirmiers nous invitent à la plus grande vigilance. Certaines régions sont plus touchées que d’autres. Nous l’avons vu, si cette profession continue de croître en nombre, elle continue à vieillir de plus en plus, avec une répartition géographique inégale sur le territoire. En parallèle, les besoins en santé sont de plus en plus importants et il est nécessaire d’attirer plus de candidats motivés pour ce secteur. L’évolution démographique des professionnels de santé, les changements profonds qui s’opèrent aujourd’hui dans notre système de santé, sont aussi une opportunité pour repenser et valoriser les conditions de formation et de travail, le rôle de l’encadrement, et  la place des infirmiers dans notre système.
Ce phénomène dépasse les frontières et de nombreux pays sont en recherche de solutions.

 Juillet 2009

Nathalie LARIBIERE
Directrice des soins infirmiers
Responsable du CRIPP/ARHIF-DRASSIF-CRIF
58 62 Rue de Mouzaïa 75019 PARIS
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Commentaires (11)

NONOLILI

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#11

Horaires IDE = pas de vie sociale!

Si on pouvait faire du 12h (7h-19h30) avec un WE sur 2 de travailler!!!!
Déjà le métier serait plus attrayant!!! Car on aurait une vie sociale et familiale...

chacha64

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10 commentaires

#10

as avec espoir

manque d'infirmiére!j'ai du mal à comprendre alors pourquoi on a pas augmenté le quota d'as prise en cas de réussite au concours ifsi!nous sommes déjà dans la profession ,impliquée,habituée aux horaires,et aux difficultés du métier.de plus lorsque nous passons le concours je pense que notre motivation est plus quévidente,notre parcours professionnel pourrait étre plus pris en compte!!!méme un entretien pourrait appuyer notre détermination!car 10à20 places en ifsi seulement est pour nous sur une classe de 98 élèves,ridicule quand la santé souffre de pénurie!évoluer c'est humain pas péjoratif!!!

abou-nawas

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#9

le carriere des infirmiers

avec le temps l'infirmier s'eloigne de la theorique et ne lui reste que le pratique dans sa fonction.....
les seances des formations et d'encadrement son minime..et reduites....
est ce que le pratique et sufaisons pour exercer sa fonction en bonne condition.....,,

bellibue

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#8

et ça les étonne

J'ai récement été licenciée économique (faute à la crise) et je me suis remise à plancher sur les petites annonces; Et là une conclusion s'impose: une infirmiere gagne moins qu'une femme de ménage, ça fait froid dans le dos...

ludivinedolo

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#7

suite reprise arret prolongé

à ju68
quand j'étais étudiante j'ai vu des infirmières assister à certaines de nos cours pour se remettre à niveau suite à un arret prolongé, peut etre devrais tu prendre contact avec l'ifsi proche de chez toi

ju68

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#6

La reprise a la suite d'un arret prolong

Je me suis arretéé de travailler pendant 10 ans pour suivre mon mari à l'étranger et élever mes 4 enfants.Quand nous sommes rentrés en France, j'étais très contente de pouvoir reprendre mon métier et lors des entretiens d'embauche à l hopital ou en clinique, je n'ai eu que des commentaires désagréables sur mes 10 années d'arret de travail,je ne suis plus bonne à rien et personne de m' a indiqué d'adresse pour me remettre à niveau , et je ne suis pas la seule dans ce cas, il y a beaucoup d'infirmières qui ne peuvent plus reprendre le travail. Que fait on pour nous ?

clairete26

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#5

foutage de gueule!

C'est sur, ils se foutent de nous.

Je me pose une seule question: pourquoi, s'ils cherchent autant d'infirmières, ils nous font des CDD à répétitions? Poutquoi ne pas proposer de CDI directement, en attendant d'être stagiairisé?
Peut être que ça, ça permettrai de fidéliser le personnel!!!

Sans parler du salaire bien sûr!!!

claudette

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#4

d'accord a fond avec nozinan

tout a fait d'accord avec nozinan, a quand un salaire digne??????????

nozinan

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#3

On se fout de notre gueule !

C'est quand même dingue qu'ils ne parlent pas du plus important :

LE SALAIRE BORDEL !

Miséreux par rapport aux responsabilités !!

ça y est je suis énervé ...

Tant que l'on continuera à payer la filière infirmière de la sorte il ne faudra pas venir s'étonner du désengagement des gens pour cette profession !

Tout le pognon qui sert aux campagnes d'information sur la profession, oùm l'on voit qu'infirmier c'est un métier super, dans lequel on s'épanouit et bla bla bla et bla bla bla, tout cet argent dépensé pour rien devrait revenir aux premiers intéressés !

MERDE ! (et je reste poli)

MrUbu

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#2

Manque d'attractivité

Sauf erreur de ma part,cet article ne parle pas du salaire des infirmiers.
Pourtant c'est le "nerf de la guerre".
Tant que ce sujet ne sera pas évoqué ,il me semble qu'il sera bien difficile de combler le manque de soignants (motivés).

moutarde

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350 commentaires

#1

Les besoins en professionnels infirmier

Bon article mais j'ai relevé quelques "oublis" : Les difficultés de recrutement ne sont pas que liées à l'argumentation sus-citée mais aussi à l'insuffisance de budgétisation des postes vacants.
Il aurait aussi été intéressant de s'interroger sur les raisons de la baisse d'attractivité (salaires, conditions de travail, responsabilités, horaires...)ainsi que sur celles responsables de l'inégale répartition géographique sur le territoire.Enfin, Renforcer l’accompagnement des étudiants en particulier en stage, risque d'être un challenge difficile vu les conditions de travail qui se détériorent.