(Attention, ceci n'est pas un protocole)
I. Législation
La pose de sonde gastrique (également appelée
sonde de Salem ou de Levin selon qu'elle ait ou non
une prise d'air) et son ablation relèvent de
l'article 6 du décret de compétence
du 11 février 2002. La surveillance et les
soins relatifs à la sonde sont effectués
dans le cadre du rôle propre.
II. Indications
Les indications sont relatives à l'abord gastrique
nécessaire. On peut vouloir drainer le contenu
de l'estomac (air, sécrétions, chez
un patient intubé ou en occlusion
), alimenter
le patient (alimentation entérale), préciser
un diagnostic (recherche d'une hémorragie,
prélèvement) ou effectuer un lavage
(solutés froids en cas d'hémorragie,
intoxication
)
III. Matériel
Liste du matériel à préparer
:
- La sonde gastrique : Elle se présente sous
la forme d'un tuyau souple transparent comportant
généralement deux orifices au niveau
de sa partie proximale. Le premier orifice sera connecté
à un système d'aspiration et/ou de recueil.
Le second orifice, plus petit est destiné à
permettre une prise d'air si une aspiration ponctuelle
ou continue est réalisée (ceci afin
d'éviter de léser la muqueuse gastrique).
Un obturateur doit être disponible si le sachet
de recueil est destiné à être
placé en déclive. La prise d'air est
alors bouchée.

La partie distale est ouverte en son extrémité
et comporte une dizaine d'orifices latéraux,
afin de permettre le passage des matières liquides
dans les deux sens. Cette sonde est radio opaque et
sa position peut donc être vérifiée
sur une radiographie.

Des repères annotés sur toute la longueur
de la sonde permettent d'évaluer précisément
sa position. Le diamètre (de 10CH à
20CH) et la longueur (de 90 à 120cm) des sondes
sont variables. Plus le diamètre est grand,
moins la sonde est souple.

- Des gants : Il n'est pas nécessaire que
ces gants soient stériles. La pose de sonde
gastrique est un geste propre, mais non stérile.
- Un lubrifiant : Sous forme de gel ou avec un aérosol
de silicone afin de lubrifier la sonde et limiter
les adhérences sur les tissus pendant la pose.
- Une poche de recueil ou un système d'aspiration
vidangeable ou non : La poche doit être graduée
et transparente afin d'estimer la quantité
et l'aspect du liquide recueilli.
Un système d'aspiration comprend un bocal de
recueil relié d'une part à l'extrémité
proximale de la sonde et d'autre part au système
d'aspiration mural. Attention, il ne faut jamais connecter
directement l'aspiration sur la prise murale. Il convient
de brancher un manomètre qui va permettre de
régler la dépression (en cmH20) de l'aspiration.
- Du ruban adhésif, un lien large : Pour fixer
la sonde, il faudra au choix et selon les protocoles
locaux, utiliser un lien ou du ruban adhésif
pour fixer la sonde. Si on utilise un lien, il faut
que celui-ci soit large afin de limiter le risque
d'escarres et de veiller au confort du patient.
- Un " haricot " : Immédiatement
disponible en cas de nausées.
- Un stéthoscope : Il sera nécessaire
pour vérifier la bonne position de la sonde.
- Une seringue de 50 ml à embout conique :
Pour insuffler de l'air et tester la position de la
sonde.

Le matériel de pose de SNG
IV. Installation du patient
Patient conscient :
Il faut expliquer au patient l'intégralité
du geste et son intérêt dans le cadre
de sa prise en charge.
Position assise la tête légèrement
penchée en avant (lui demander de " rentrer
le menton ").
Si possible poser la sonde à distance des
repas afin de limiter les risques de vomissements.
Patient présentant des troubles de la conscience
:
Placer d'abord le patient en Position Latérale
de Sécurité (PLS), de préférence
sur le côté gauche. Fléchir légèrement
sa tête en ramenant le menton vers le manubrium
sternal.
Seuls les patients inconscients intubés
peuvent être laissés en décubitus
dorsal pour la pose de sonde gastrique.
V. Technique de pose
La voie nasale est la plus fréquemment utilisée.
La voie orale est utilisée lors de traumatismes
faciaux ou lorsque des troubles de la coagulation
sont connus.
Mettre les gants
Evaluer la distance nez-tragus-nombril afin de mesurer
la distance de sonde à enfoncer. Noter le repère.
Lubrifier l'extrémité distale la sonde
à l'aide du gel ou du spray. Attention, ne
pas lubrifier en même temps les gants ou la
sonde trop haut sinon la prise en main de la sonde
sera difficile voire impossible.
Présenter la sonde perpendiculairement au
plan facial, en l'orientant légèrement
vers le palais. Avancer de 10 cm environ (s'aider
des repères sur la sonde). Si le patient présente
un réflexe de toux, retirer légèrement
la sonde.

Demander au patient de déglutir, en le prévenant
que vous allez en même temps faire avancer la
sonde. Au moment ou le patient avale, (la glotte se
soulève) avancer franchement la sonde. Si le
patient présente des difficultés respiratoires,
retirer à nouveau la sonde jusqu'au repère
des 10 cm et retenter l'opération.

La bonne position de la sonde est confirmée
par le recueil de liquide gastrique et par l'injection
brutale d'au moins 30 ml d'air à l'aide d'une
seringue à embout conique. Le borborygme produit
avec l'air doit être perçu en plaçant
le stéthoscope au niveau gastrique. Immédiatement
après la pose, on peut vérifier à
l'oreille qu'on ne perçoit pas de souffle synchrone
à la respiration (la sonde serait passée
dans la trachée).
Marquer un repère au niveau de l'orifice d'entrée
de la sonde et fixer avec l'adhésif ou le lien
large.
Expliquer au patient qu'il faut éviter les
gestes brusques et ne pas hésiter à
appeler de l'aide (système d'appel à
portée de main) pour toute mobilisation.
VI. Complications
- Fausse route dans la trachée. Si le patient
se met à tousser et présente une dyspnée
retirer immédiatement la sonde jusqu'à
10 cm avant de réitérer l'opération.
- Hémorragie nasale provoquée par un
traumatisme lors du passage de la sonde dans le nez.
S'enquérir de l'hémostase du patient,
bien lubrifier la sonde, ne pas forcer sur un obstacle.
L'épistaxis est souvent bénin et se
tarit spontanément. Il peut être utile
de vérifier l'absence d'écoulement de
sang, en demandant au patient d'ouvrir la bouche pour
visualiser l'arrière gorge.
- Inhalation alimentaire. Toujours être préparé
à cette éventualité afin d'éviter
cette complication. Les patients à l'état
de conscience altéré doivent être
placés en PLS pour la pose.
- Fausse route intracrânienne. Ne jamais passer
par voie nasale en cas de traumatisme facial (on passe
alors par voie buccale).
- Passage de la sonde en sous muqueux. Si la sonde
n'apparaît pas dans la bouche et progresse difficilement,
il faut la retirer sans délai.
VII. Soins et surveillance
- La vérification de bonne position de la sonde
doit être effectuée à chaque prise
de service. Elle fait partie de la prise en charge
du patient.
- La quantité et la qualité du liquide
doivent être relevés au moins une fois
par service, voire plus souvent selon la prescription
et les écoulements.
- L'aspiration douce (en général -20cm
H20) doit faire l'objet d'une prescription.
- Le lien de fixation doit faire l'objet d'un remplacement
au moins une fois toutes les 24 heures et plus si
elle est souillée.
- Les soins et la surveillance du point d'entrée
de la sonde doivent être réguliers afin
d'éviter l'apparition d'escarres et de points
de pression.
Trucs et astuces
- Demander au patient de respirer fort par le nez
avant de poser la sonde. On peut ainsi vérifier
la perméabilité de la voie nasale.
- Vérifier les antécédents du
patient et demander s'il présente une particularité
au niveau de son nez (une déviation de la cloison
par exemple). Si la cloison présente une déviation,
préférer la narine opposée à
cette déviation pour introduire la sonde.
- La sonde présente souvent un sens de courbure.
Une fois que vous avez progressé de 10 cm et
avant de passer vers l'sophage, tournez cette
sonde de 180° afin de l'orienter vers l'sophage.
Cette technique augmente les chances de succès.
Prudence avec les sondes rigides de ne pas léser
la muqueuse nasale.
- Si le patient ne comprend pas comment avaler la
sonde, lui proposer de boire une gorgée d'eau
et pousser la sonde à ce moment précis.
Attention, cette pratique est à proscrire si
le patient présente des troubles de la conscience
ou de la déglutition.
- Lorsque la prise d'air est ouverte pour une aspiration
douce, utiliser la seringue de 50 ml à laquelle
vous aurez retiré le piston pour l'adapter
sur la prise d'air. Attacher ensuite cette seringue
sur un porte perfusion à l'aide d'une bande.
De cette façon, on évite les écoulements
accidentels de liquide gastrique dans le lit.
- Si vous n'avez pas de stéthoscope sous la
main pour vérifier la position de la sonde,
vous pouvez simplement poser la main sur l'estomac
en appliquant une très légère
pression. Vous pourrez ainsi ressentir les vibration
provoquées par l'injection de l'air.
- Préférer placer le sac de recueil
sur le côté du patient plutôt qu'au
dessus de la tête. D'une part, cela permet une
surveillance plus facile, d'autre part la sonde n'ira
pas tirer vers le haut en sortant de la narine.
- Chez le patient intubé, surgonfler légèrement
le ballonnet de la sonde, le temps de la pose afin
d'éviter de passer dans la trachée.
Attention il faut impérativement dégonfler
à nouveau le ballonnet ensuite.
Vincent
Elmer-Haerrig - Infirmier
Infirmiers.com
Références bibliographiques
- Christophe Prudhomme, L'infirmière et les
Urgences, Maloine 2003.
- Gabriel Perlemuter, Rosine Guimbaud, Soins Infirmiers
aux Personnes Atteintes d'Affections Digestives, Masson
1996.