Relation entre les exigences vitales
(les besoins) et le Soin :
* Le fait même d'exister
et de vivre nécessite l'accomplissement de
nombreuses activités d'accompagnement et
d'entretien des processus vitaux, de la naissance
à la mort. Ceci est particulièrement
observable chez l'Homme.
* Les activités les plus
évidentes sont celles des "pratiques"
liées au corps physique = toilette, alimentation,
élimination, exercice physique, etc. Ces
pratiques reposent sur des savoirs ancestraux (parfois
millénaires dans les sociétés
traditionnelles). Ces savoirs sont transmis par
la culture ambiante et l'éducation, sans
support écrit c'est la manière
dont les gens vivent qui
est le support de ces savoirs, et qui assure
leur apprentissage et leur transmission par mimétisme.
Ces pratiques constituent ce que MF Collières
nomme les soins coutumiers.* Dans la très
petite enfance, pour des raisons d'immatûrité
physique et psychologique, ces soins doivent être
assurés par l'entourage (famille, tuteur,
professionnels de santé...) tant que l'autonomie
n'est pas développée et acquise.
* Dans le grand âge, pour
des raisons d'involution et de perte progressive
d'autonomie, ces soins doivent souvent être
assurés également par l'entourage
voir des professionnels.
* L'âge adulte se caractérise
entre autre par l'autonomie avec laquelle la personne
se prodigue à elle-même et par elle-même
les soins coutumiers ==> concept d'auto-soins.
L'adulte a en général les moyens-ressources
de gérer par lui-même la satisfaction
de ses besoins de vie et de ses aspirations.* Cette
approche permet de constater que tout au long de
la vie et en l'absence de toute maladie, les soins
sont toujours nécessaires et présents
ils tiennent même une place très importante.
SOIGNER et SE SOIGNER, PRENDRE SOIN de soi et /
ou des autres, c'est d'abord assurer les
activités fondamentales pour te maintien
et l'entretien de la vie. L'être humain a
donc besoin de SOIN (en anglais" care ")
tout au long de sa vie, même EN L'ABSENCE
DE MALADIE.
Choisir d'être soignant, c'est donc choisir
avant tout une profession qui a pour fonction sociale
d'assurer toutes les activités liées
à l'entretien de la Vie individuelle et collective
(la vie du corps social), avec ou sans présence
de maladie, d'accident...
* Il faut remarquer que dans l'ensemble
des sociétes et des cultures tradflionnelles,
ces activités coutumières ont pratiquement
toujours été dévolues aux femmes.
La société de type occidental permet
une plus grande souplesse dans la répartition
des rôles entre les sexes.
Relation entre les dysfonctionnements
liés à la maladie et le Soin:
* A n'importe quel moment de la
Vie peut survenir la maladie (ou l'accident) avec
ses nombreux dysfonctionnements biologiques. Dans
ce cas, en plus des soins liés aux processus
vitaux eux-mêmes, il faut avoir recours a
d'autres pratiques qui ont pour but de traiter la
maladie et de corriger les dysfonctionnement qu'elle
entraine, tant au plan individuel qu'au plan social
(arrêt de travail, fonction sociale non assurée...).
Ces pratiques constituent les soins curatifs ou
de réparation (en anglais "cure ")Cette
approche met en évidence l'existence, entre
autre, de deux axes de soins distincts, différents
dans leur essence, mais souvent confondus:
- l'axe des soins coutumiers, ou
soins de base ou encore soins de maintien, d'entretien,
de promotion de la Vie et de la Santé = soins
nécessités par les processus vitaux,
les besoins de Vie
- l'axe des soins de traitement
et de réparation ou
encore soins curatifs = soins nécessités
par la survenue d'une maladie ou d'un accident
* Il faut souligner que le développement
de la Médecine scientifique, avec ses performances
techniques, curatives et réparatrices sur
la maladie, a eu tendance à focaliser l'intérêt,
l'énergie et les motivations des professions
sanitaires en général, y compris des
infirmières. Le langage courant exprime tout
à fait cette évolution vers une "médicalisation
des soins" quand on dit
- "je suis malade, il va falloir que je me
soigne", sous-entendu : "quand je
ne suis pas malade, je n'ai pas besoin de soin,
je ne me soigne pas ,je ne prends pas soin de moi"...
* Dans notre société,
le concept de Soin est donc implicitement et fortement
rattaché à la maladie : les soins
d'entretien et de maintien de la Vie, de promotion
de la Santé, ou de prévention sont
occultés au profit des soins de réparation.
Ceci n'est pas sans conséquence économique,
sociale et humaine. En effet, on peut mettre en
évidence au fil de l'histoire de ces 50 dernières
années, un sur-investissement en motivation,
en matériel, en personnel et en budget dans
le domaine curatif. D'où une sur-valorisation
de cet aspect, avec le prestige social important
qui lui est rattaché.
A contrario, on constate pendant
cette période un désinvestissement
des activités de maintien et d'entretien
de la Vie, avec une dévalorisation et peu
de prestige social. Actuellement pour des raisons
économiques, la politique de santé
a tendance à redonner une place à
la prévention, à la promotion et à
l'éducation sanitaires. En effet, on peut
souvent vivre toute sa vie sans avoir besoin de
traitement ou de réparation, mais on ne peut
pas vivre sans soin = Soigner est différent
de traiter (cf. MF Collières).
Approche multidimensionnelle
(=holistique) du Soin : les différents
axes du Soin
1) assurer en permanence les grandes
fonctions vitales de la naissance à la mort,
en prenant en compte les réponses aux besoins
biologiques, psycho-intellectueîs, psycho-émotionnels
et affectifs, et spirituels de la personne humaine
= soins de Santé primaires pour l'entretien
de la vie et la promotion de la Santé2) Eduquer
les gens pour une meilleure gestion de leur santé
par eux-mêmes.
3) prévenir les risques liés
à certaines activités de la Vie :
prévention primaire (accidents domestiques,
accidents du travail, de la route...)
4) traiter la maladie quand
elle survient et prévenir les risques qui
lui sont reliés (complications, séquelles,
handicaps) par la prévention secondaire et
tertiaire
5) réhabiliter,
réinsérer dans la vie sociale, familiale
et professionnelle après la phase aigue de
la maladie ou après l'installation d'un handicap
Les différentes dimensions
des Soins Infirmiers:Elles sont fonction des
axes mis en évidence ci-dessus. On distingue:1)
la dimension de promotion, d'entretien et de maintien
de la vie et de la santé2) la dimension éducative.
L'éducation pour la Santé est une
dimension transversale par rapport aux autres =
il faut être éduqué pour entretenir
ou promouvoir sa santé, pour gérer
la maladie quand elle survient, et aussi pour savoir
se réinsérer le cas échéant3)
la dimension préventive (éviter les
risques connus pour la santé, éviter
les complications connues des maladies et des traitements)4)
la dimension curative et de réparation5)
la dimension de réhabilitation-réinsertion
6 ) les soins palliatifs
Les soins coutumiers tels que définit
par MF Collières, représentent les
soins de base ou soins de Santé primaires.
Un manque de ce type de soins ou une mauvaise adaptation
de ceux-ci, peut entrainer des désordres
de Santé pouvant aller jusqu'à des
dysfonctionnements graves (pathologies), par exemple:
- les maladies cardio-vasculaires
= AVC, IDM, artérite- certains types de cancers
= poumons, vessie, côlon, peau- les accidents
et traumatismes divers
- les dépressions et certains
types de suicide
Point de vue:
On peut alors se demander si le recours
quasi exclusif aux soins curatifs et de réparation
(tel que pratiqué dans le système
de santé en France), n'est pas le signe de
l'absence, ou du moins de l'insuffisance notoire,
de soins de Santé primaires adaptés?
Sources: Danielle Moreau,
formatrice IFSI de Versailles.