COURS IFSI

Cours - Tout savoir sur le « bonheur »

Je me souviens d’une publicité qui nous faisait bien rire avec ma copine de Fac, en licence Sciences de l’information. Le slogan était "Va chercher le bonheur", avec Chico et un fond musical brésilien. La télévision, le cinéma, la presse regorgent toujours autant de promesses, favorisant ainsi la course vers un bonheur inéluctable. Des formules et recettes pleuvent. L’idée étant de ne pas rater le bonheur insidieusement suggéré par le jeu subtil des fausses croyances.

Chaque mois, Christine Paillard, ingénieur pédagogique, propose d'analyser un mot, son étymologie et démontre son importance dans le domaine du soin ; un mot figurant dans son Dictionnaire des concepts en soins infirmiers – Vocabulaire professionnel de la relation soignant-soigné1.

allongé dans l'herbe, bonheur

Quelle est la signification du mot « bonheur » ?

D’après le dictionnaire Bescherelle2, le bonheur vient du latin Bona signifiant bonne et hora, signifiant heure. Considéré au Moyen-âge comme une “fatalité heureuse”, le bonheur est aujourd'hui plutôt une vertu prometteuse alliant épanouissement harmonieux de sa personnalité et de sa réussite au travail. Le bonheur est souvent associé à la chance. Son antonyme, le malheur, quant à lui, associé  à la malchance. Le bonheur n'est peut-être qu'un malheur mieux supporté3.

Pour le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, c’est un état essentiellement moral qui est atteint généralement par l'homme lorsqu'il a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu'il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l'équilibre dans l'épanouissement harmonieux de sa personnalité. Le bonheur peut être le résultat d’une construction profonde et durable. La satisfaction intime est une caractéristique du bonheur. La sérénité qu’il procure est employé au singulier. Le bonheur peut être utilisé au pluriel : tous les bonheurs du monde. Honteux, engagé, privé, personnel, cruel, injuste, éphémère, étrange, inattendu, calculé, égal, immoral, inespéré, illusoire, inatteignable, le bonheur est un peu comme le Larousse, il est présent dans chaque famille. Les expressions contribuent à croire aux mensonges d’un bonheur élitiste. L’argent fait-il réellement le bonheur? Dans les années 1970, une étude menée par l'économiste et démographe Richard Easterlin4 remet en cause la relation positive entre revenu et bonheur, jusqu'alors acceptée par la plupart des économistes. Il n’y a pas ici de relation significative entre une grandeur comme le revenu par habitant et le niveau de bonheur moyen déclaré. Pour Christophe André5, « la psychologie a beaucoup attendu avant de s'intéresser au bonheur, qui est resté longtemps un sujet réservé à la philosophie ou à la religion. Mais depuis les années quatre-vingt, le nombre de travaux et de publications scientifiques sur ce thème va croissant, dans le vaste courant de la "Positive Psychology". Ce développement est dû, entre autres, à deux phénomènes :

  • la montée en puissance du concept de santé active, dans lequel le bien-être physique et psychologique est décrit comme un état dynamique, résultant d'attitudes actives de la part du sujet, d'où l'importance de stratégies pouvant le faciliter ;
  • la multiplication des données sur le suivi à long terme et l'importance de la prévention des rechutes, notamment dans le domaine des troubles de l'humeur et des troubles anxieux, et le rôle important que pourraient jouer les émotions positives face au risque de récurrences ».

Tout le monde recherche intrinsèquement le bonheur, chacun souhaite une fin heureuse à chaque situation de vie. Les actes qui en découlent relèvent parfois de l’ambition et les moyens pour y accéder déforment la qualité des rapports humains. L’angoisse générée, voire l’épuisement qui en résultent, ont souvent raison d’un rendez-vous manqué. Le bonheur devient confusément une revendication personnelle et professionnelle. Une lutte presque vindicative réduit alors notre capacité à persévérer dans un objectif plus global, celui du maintien de notre santé. Le bonheur est avant tout dépendant de la représentation que nous nous en faisons. Il n’est pas réservé à une catégorie sociale, il peut être simplement le résultat d’un labeur constitué d’échecs mobilisés par la quête de sens.

Notes

  1. Dictionnaire des concepts en soins infirmiers - Vocabulaire professionnel de la relation soignant-soigné, Christine PAILLARD, SETES Editions, août 2016, 3e édition, 28 €.
  2. BESCHERELLE, A. Dictionnaire National Bescherelle de la langue française. Paris : Garnier frères. 1879. Vol. I.
  3. YOURCENAR, M. Alexis ou le Traité du vain combat. Paris : Gallimard, 1991
  4. BREBAN,  L.  La richesse ne fait pas le bonheur : du paradoxe d'Easterlin à celui d'Adam Smith. L'Économie politique. 3/2016, n° 71.  p. 17-26
  5. ANDRÉ, C. . Psychologie du bien-être et du bonheur [Conférence 3]. Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive. Vol 13, n° HS 1. décembre 2003. p. 7
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Ingénieur documentaire  http://sidoc.fr

L'auteur

Christine Paillard est docteure en sciences du langage, diplômée en ingénierie pédagogique et titulaire d'une licence en information et communication. Ingénieure documentaire, elle accompagne les étudiants infirmiers à l'acquisition de compétences informationnelles pour remobiliser une démarche documentaire dans une logique professionnellec et universitaire.

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