Attention, il ne s'agit pas DU TOUT ici de relancer le sempiternel débat pour ou contre les IADE au SMUR and co...
La situation est simple, et compliquée à la fois.
Les faits:
Il existe des endroits, typiquement en SMUR et au "déchocage", où, pour des raisons X ou Y des médicaments d'anesthésie sont utilisés et manipulés par des IDE et des médecins sans formation autre que celle de leurs études.
- pour les médecins, pas de formation particulière, ils ont l'occasion, lors de leurs premières garde, pendant leur internat et clinicat d'y passer et y repassent quand ils reviennent en tant que PH ensuite
- pour les IDE, la formation consiste en plusieurs passages au poste "déchocage"(en doublure) , sachant qu'il peut n'y y avoir aucun déchoc' dans la journée, comme 3 d'un coup puis 3 autres plus tard. Et c'est au final plutôt les cadres, en accord avec les nanas qui encadrent et éventuellement les médecins qui décident quand un IDE nouvellement arrivé en poste peut prendre le "piquet" seul(e).
Concrètement, j'ai déjà commencé à y traîner, à des moments calmes, lorsque l'activité du service le permet, ou en prenant sur mon temps perso ...
Mon résumé: L'antre des apprentis- sorciers.
Exemples en vrac pour situer pourquoi j'ai peur :
- patient polytraum', avec fracture tibia- péroné ouverte, bilat'. Le médecin prescrit une titration de morphine et 100 mg de kétamine (enfin, il marque 100 mg, mais il dit " deux ampoules"...). L'IDE qui est avec moi me présente la kétamine comme une benzodiazépine dans le genre de l'hypnovel mais qui sert plus au bloc opératoire et alentour.
Je me retiens de demander pourquoi plus l'un que l'autre pour ne pas en rajouter une dose et ferme ma goule.
- Patient qui vient pour état de mal épileptique. Il convulse dans un box que je gérais. Il a été perfusé de suite, à mangé son milligramme de rivotril et est resté tranquille.......10 minutes.
Il a reconvulsé, rebelote, et a fini au déchocage pour y être intubé.
Demande orale du médecin qui gère la "pré oxygénation":
- " eto une " (qu'on me présente texto comme "le médicament qui fait dormir")
- "célo une" ( qu'on me présente comme ... un anesthésiant... )
A aucun moment je ne suis certain, au delà du fait qu'elle ne sait visiblement pas ce qu'elle injecte, que ma collègue pourrait tilter si jamais le médecin lui demandait un truc aberrant.
S'en suit des prescriptions orales:
- " hypno V5" (vitesse 5) ===> il fallait entendre qu'on préparerait 50 mg, dans 50 cc et mettrait à vitesse 5 pour faire 5 mg/h
-"fenta tu mets 2 ampoules je verrai". Ici l'ide ne fait que préparer la seringue.... et la prescription qui arrivera 1/4 d'heure après indiquera :
fentanyl "ampoule 500 gammes/ 1à ml" ==> 125gammas
Nulle part il n'est fait mention d'une quelconque estimation de poids, nulle part si les 125 gammas sont pour une heure, une minute ou autre et, là encore je suis pas certain que 125 gammas sur 24H choquerai ma collègue.
Là dessus, la patient convulse pendant que le médecin est au téléphone avec un autre de ses collègues, auquel il raconte "ah ben tiens il est pas bien endormi il convulse encore avec son tube" ...
" Quoi ? Esméron ? Ah ok".
Médecin se retourne vers l'infirmière: "on va lui faire de l'esméron"
IDE: " c'est quoi? "
- Médecin: Du curare, par contre, j'sais pas à combien ni quoi, t'as pas "le bouquin" (petit bouquin ayant circulé en réa, sspi et urgences fut un temps qui recense certains médicaments utilisés sur l'hôpital).
C'est là que j'ai décrété que je débauchais, une bonne demi-heure après ma débauche réelle.
Au delà de ça, ce poste, c'est le nirvana pour tout le monde. C'est " ouah putain mazette tu sais pas c'qu'on lui a fait et tout, KTA KTC putain j'en ai trop chié machin....".
Je peux comprendre une partie de l'émulation, c'est gratifiant le mec qui fait son arrêt devant soi et qu'on revoit un mois plus tard qui sort de l'hosto... mais mais mais... encore une fois, de l'extérieur, ça me semble clairement n'importe quoi.
Je ne vois pas du tout les choses comme ça, voir des gens dans ce genre de situation faire tout rapidement, courir partout, surveiller toutes les 5 secondes un patient qui est géré etc etc, et j'ai pas le temps de ceci, de cela et tout, moi ça me bande vraiment.
Je me souviens pas lors de mes stages au bloc que les gens autour d'un patient en train de se faire opérer (en urgence ou non) étaient comme ça, à 30 de tension et 200 km/h.
Bref, toutes ces histoires, pour parler des oranges que j'ai pas du tout envie d'éplucher d'ici quelques mois.... bon aberrant, inconscient, n'importe quoi, c'est quoi ces conneries, ça vient de suite à l'idée.
Mais au delà de ça, et avant d'aborder le sujet avec mes cadres de santé, je viens ici pour avoir un peu des solutions pour gérer le souci qui, avant même de mettre les pieds là dedans, me semble énorme.
Pour ma part je "bosse", dans la mesure de mes moyens, et surtout de mes connaissances inexistantes.
C'est à dire que je prend des bouquins, et je bouquinne, les traitements les plus utilisés au boulot et je potasse... des heures après, je suis pas sûr que ça serve à grand chose.
- utilisation des médicaments, les fameuses "drogues": connaissances inexistantes. A aucun moment, les différentes IDE que j'ai pu voir ne connaissaient les médicaments, leurs effets secondaires (hormis "ha oui mais attention le propofol ça fait baisser la tension ohoh").
- rôle limité à la préparation de matériel (kta, ktc, set de drainage etc... et de médicaments non connus.
Je ne sais pas comment présenter la chose d'autant que, pour mes collègues, tout ceci est normal. Quand on est de "déchocage" c'est vraiment la fête, c'est trop bien, on sauve des vies et, personne ne semble entrevoir le fait que, à un moment ou un autre, c'est obligé, y aura une merde, je vois pas comment ça peut se faire autrement ...
Pour les timbrés qui ont tout lu, d'abord condoléances.
Ensuite, je re confirme, je cherche pas à lancer une guerre IDE/ IADE, quand "on y est", je vois pas des masses comment on peut ne pas avoir la queue qui tremble quand on a ni les connaissances ni la formation nécessaires.
Néanmoins, y aura pas d'IADE partout ni de formation IADE accordée dans les 24H pour changer la chose alors, c'est plus des conseils, un peu d'aide voire des "orientations" que je viens chercher pour aborder la chose en douceur, et un peu protéger mon cul du futur qui va se retrouver au même endroit que mes collègues...
k tks !




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