Forum : Psychiatrie

Nous sommes le 04 Juin 2020 12:05

Mot de passe oublié ?

Se souvenir de moi

Messagepar ifsigre » 17 Jan 2015 19:23

Bonjour,

je suis actuellement en stage dans un service de psychiatrie. J'ai choisi de faire une de mes analyse de la pratique sur une situation qui me questionne beaucoup...

J'ai assisté à l'entretien d'un patient schizophrène qui a commis une agression sexuelle. Mon regard sur ce patient a changé après avoir eu connaissance de ça. J'ai éprouvé plusieurs émotions : crainte, colère et dégout.
(en résumé)

Ma question est la suivante : comment prendre en charge un patient lorsqu'il a commis des actes qui vont contre notre morale ? (je parle uniquement de patients malades, et non de personnes incarcérées)

J'ai beaucoup de mal à trouver des réponses à ma question sur Internet et la bibliothèque de mon école est fermée pour le moment... Pourriez m'apporter quelques pistes de réflexions ou quelques éléments de réponses ? Merci d'avance ! :)
Aide-toi et le Ciel t'aidera...
ifsigre
 
Messages: 20
Enregistré le: 13 Fév 2012 17:10

Messagepar brrruno » 17 Jan 2015 21:16

Bonsoir,
Avez vous regardé du côté du site serpsy.org ? Vous devriez pouvoir trouver des textes et des références.
Bon courage
brrruno
Accro
Accro
 
Messages: 902
Enregistré le: 03 Juin 2013 22:58

Messagepar ifsigre » 18 Jan 2015 11:18

Je suis allée sur ce site mais je n'ai rien trouvé
Aide-toi et le Ciel t'aidera...
ifsigre
 
Messages: 20
Enregistré le: 13 Fév 2012 17:10

Messagepar augusta » 18 Jan 2015 11:51

ifsigre a écrit :Ma question est la suivante : comment prendre en charge un patient lorsqu'il a commis des actes qui vont contre notre morale ? (je parle uniquement de patients malades, et non de personnes incarcérées)


Ton questionnement pour une APP est intéressant tant ce sujet est délicat.
Je te donne quelques pistes de réflexion issues de ma pratique.

- se connaitre soi afin d'identifier effectivement nos ressentis (que tu nommes très bien dans ton cas).
- discuter en équipe de ce que l'on ressent.
- trouver sa propre solution afin de poursuivre une PEC de qualité que chaque patient mérite.
- passer la main si cette solution n'est pas possible.

Personnellement, je suis comme toi....au début: c'est-à-dire dans le dégout puis dans le rejet.....ensuite j'arrive à oublier...je n'y pense plus.

Bon courage pour ton travail!
"Penser, c'est penser jusqu'où on pourrait penser différemment" Michel Foucault
Avatar de l’utilisateur
augusta
Star VIP
Star VIP
 
Messages: 10408
Enregistré le: 23 Mai 2008 19:29
Localisation: Dans les livres et aussi ailleurs.

Messagepar Jo_bis » 18 Jan 2015 12:00

ifsigre a écrit : Ma question est la suivante : comment prendre en charge un patient lorsqu'il a commis des actes qui vont contre notre morale ? (je parle uniquement de patients malades, et non de personnes incarcérées)

Votre réaction est tout à fait normale.
Je dirai qu'une des réponses possibles se situe dans la notion de "distance professionnelle".
Voir CECI

Il y a qq années, en alcoologie, j'ai été amenée à prendre en charge un patient en injonction thérapeutique sur décision judiciaire suite à un accident routier où il avait tué une mère de famille et son bébé sur un passage piéton, en état d'ivresse.
J'ai été plus que remuée, j'ai ressenti de la haine, du dégout accentués par le fait qu'il ne reconnaissait aucune responsabilité de son acte, il n'en mesurait pas la gravité.

J'en ai parlé+++ à mes collègues et au médecin. Ce dernier m'a dit que j'avais la solution en moi, car nous sommes uniques et qu'il n'y a pas de recette miracle.
Petit à petit, j'ai compris qu'il fallait que je fasse la différence : les victimes n'étaient pas de ma famille et surtout, en tant que soignante je me devais de soigner en fonction de la pathologie (alcoolisme) en non en fonction de l'acte lui-même.
Petit à petit, tout est rentré dans l'ordre.

Parlez-en aux professionnels, pas à votre famille qui va réagir sur le mode affectif et renforcer ainsi vos sentiments de départ.
"Il suffit de nous regarder pour voir comment une forme de vie intelligente peut se développer d'une manière que nous n'aimerions pas rencontrer."
Stephen HAWKING
Avatar de l’utilisateur
Jo_bis
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 9823
Enregistré le: 30 Jan 2004 10:33

Messagepar brrruno » 18 Jan 2015 15:04

Élargissez un peu votre thème de recherche sur le site de serpsy vous y trouverez des références qui vous correspondront. Si mon interprétation de votre pseudo est correcte vous pouvez vous inscrire à la bibliothèque de l'hôpital de Saint Egreve vous y trouverez énormément de références.
brrruno
Accro
Accro
 
Messages: 902
Enregistré le: 03 Juin 2013 22:58

Messagepar ifsigre » 18 Jan 2015 15:09

Merci pour ces deux réponses très enrichissantes. Je commence à voir la quelques pistes de réflexion...

Je me suis remise à travailler cette APP cette après-midi et j'y ai intégré le concept de "contre-transfert" qui me semble aussi important.

Demain j'ai prévu de rediscuter de cette situation avec deux infirmiers de mon équipe.
Aide-toi et le Ciel t'aidera...
ifsigre
 
Messages: 20
Enregistré le: 13 Fév 2012 17:10

Messagepar AmThLi » 19 Jan 2015 12:52

Oui, ce concept est important, mais à manier avec précaution car il est difficile et souvent mal compris.

Il me semble qu'il y a deux points intéressants dans ton énoncé de départ : "soigner" et "morale". Avec l'idée qu'une contradiction s'installe entre ces deux termes : "soigner contre la morale". "Soigner celui dont un acte, parmi tant d'autres, a été contre ma morale" (c'est important le "ma" car cela introduit du subjectif).

Ces deux idées, le soin et la morale, relèvent-elles du même champ de pensée ? Autrement dit, doit-il y avoir contradiction entre eux ? C'est important car cela permet d'éviter un leurre : "on a pas à juger, on soigne la maladie". C'est faux, et personne n'est capable, et heureusement, d'une telle dissociation. Surtout en psychiatrie !

Je vais le dire vulgairement et sans lien avec ta situation : je peux soigner des salauds.
"La plus grande proximité, c'est d'assumer le lointain de l'autre."

J. Oury
Avatar de l’utilisateur
AmThLi
Accro
Accro
 
Messages: 1293
Enregistré le: 03 Juil 2010 10:56

Messagepar Nath-63 » 20 Jan 2015 18:20

Je travaille actuellement dans un service fermé accueillant donc des patients sous contrainte. Parmi ces patients ce sont trouvés certains qui ont commis des meurtres, des violes, des actes de violence de toute nature. Certains encore viennent de prison pour ces faits.

S'il est important de connaître l'histoire du patients, et ce qu'il a pu commettre, il nous arrive pour une raison précise qui est sa maladie. Dans une telle situation, chacun l'aborde ou non dans l'instant à sa manière. (Je précise que lors de ma formation, qui remonte à celle du Diplôme d'infirmier en psychiatrie, nos moniteurs et tous les intervenants qui nous faisaient cours précisaient toujours que quelques soit le patients, il nous fallait rester naturel et ne jamais rien changer à notre personnalité, car le patient en face lui savait à qui il avait à faire.)
Il n'est donc pas nécessaire d'ignorer ce que le patient a fait afin de garder en mémoire ce qui l'a conduit au passage à l'acte. Cependant, la priorité pour nous, c'est de savoir ce que l'on attend de nous à ce moment. Et la priorité, c'est le patient et sa maladie.

Toute personne est unique, patient ou soignant et toute personne arrive avec son vécu, son histoire et sa ou ses problématiques. Si le patient ne peut mettre de distance, le soignant lui le peut. Il se doit alors de mettre la distance qu'il convient en expliquant à ses collègues qu'il préfère déléguer l'accompagnement du patient en attendant de pouvoir le faire. Mais surtout doit pouvoir en parler lors d'une réunion de service avec ses collègues de travail mais aussi avec les médecins.
Nath-63
 
Messages: 1
Enregistré le: 20 Jan 2015 16:14

Messagepar ATea » 29 Jan 2015 05:53

Bonjour,

J'ai une question :

Nath-63 a écrit : S'il est important de connaître l'histoire du patients, et ce qu'il a pu commettre, il nous arrive pour une raison précise qui est sa maladie.


Quel est l'intérêt de connaître les actes commis?

Je pense que nous devons connaître les principes de sécurité (qui sont eux forcément établis par rapport à ce qu'il a fait, mais par une autre autorité à savoir la Justice) comme une vigilance dans le rapport à une femme, ou autre... Et même si l'on peut comprendre ou interpréter le reste, nous ne sommes pas tenus de connaître les faits en soi.

Nous pouvons leur laisser la place, en leur disant que nous sommes là pour les écouter et non les juger. Nous pouvons créer un climat de confiance et, dans ce cadre-là, les patients peuvent nous en parler parce qu'ils ressentent/ ont ressenti une angoisse, une colère, un blocage ou tout autre chose en lien avec les faits mais, dans ce cas-là, ça nous sert de matériau pour la prise en charge psychologique.

Pour le reste, je ne trouve pas que ce soit intéressant de savoir ce qu'ils ont fait. Je le perçois plus comme de la curiosité. Ce qui ne relève pas d'un positionnement soignant.


Pour les recherches, je trouve que ça interroge les Valeurs ce thème. Valeurs professionnelles et Valeurs personnelles.

Et n'oublions pas que Soigner ne veut pas dire adhérer aux actes de quelqu'un (qu'il agisse dans l'illégalité ou non).
Avatar de l’utilisateur
ATea
 
Messages: 11
Enregistré le: 28 Jan 2015 08:20

Messagepar Jo_bis » 29 Jan 2015 10:41

ATea a écrit : Pour le reste, je ne trouve pas que ce soit intéressant de savoir ce qu'ils ont fait. Je le perçois plus comme de la curiosité. Ce qui ne relève pas d'un positionnement soignant.

Je suis, sur le principe, tout à fait d'accord, mais je pense que savoir les ATCD des actes de la personne peut-être utile notamment si ils découlent d'une pathologie mentale qui pourrait conduire à une récidive (envers les soignants entre autres).
Mes collègues de psychiatrie pourraient sûrement argumenter mieux que moi :|
"Il suffit de nous regarder pour voir comment une forme de vie intelligente peut se développer d'une manière que nous n'aimerions pas rencontrer."
Stephen HAWKING
Avatar de l’utilisateur
Jo_bis
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 9823
Enregistré le: 30 Jan 2004 10:33

Messagepar ATea » 29 Jan 2015 10:48

Jo_bis a écrit :
ATea a écrit : Pour le reste, je ne trouve pas que ce soit intéressant de savoir ce qu'ils ont fait. Je le perçois plus comme de la curiosité. Ce qui ne relève pas d'un positionnement soignant.

Je suis, sur le principe, tout à fait d'accord, mais je pense que savoir les ATCD des actes de la personne peut-être utile notamment si ils découlent d'une pathologie mentale qui pourrait conduire à une récidive (envers les soignants entre autres).
Mes collègues de psychiatrie pourraient sûrement argumenter mieux que moi :|


Eh bien, que tu saches qu'il a été agressif et violent, suffit à faire attention normalement... Sinon, personne n'aurait jamais tué. Un patient qui n'a pas encore tué, peut un jour dans une crise de violence, passer à l'acte sur un soignant. Et quelqu'un qui a tué, peut avoir une crise de violence et ne jamais repasser à l'acte. Par contre, la prise en charge de ses émotions doit-être la même à mon sens. L'écoute, la relation de confiance, la gestion de la violence, ...

Je ne pense pas que le fait qu'il soit passé à l'acte une fois, prouve qu'il va le faire une autre fois. Nous n'avons pas que des récidivistes sur cette terre :clin: , et considérer quelqu'un comme un meurtrier le met dans une case, (la justice le fait pour nous) alors que reconnaître la violence et la souffrance de quelqu'un (qu'il y ait une pathologie ou non d'ailleurs) permet d'intervenir et de l'accompagner pour le libérer de ça.
Avatar de l’utilisateur
ATea
 
Messages: 11
Enregistré le: 28 Jan 2015 08:20

Messagepar Jo_bis » 29 Jan 2015 11:18

ATea a écrit : Eh bien, que tu saches qu'il a été agressif et violent, suffit à faire attention normalement... (...) et considérer quelqu'un comme un meurtrier le met dans une case, (la justice le fait pour nous) alors que reconnaître la violence et la souffrance de quelqu'un (qu'il y ait une pathologie ou non d'ailleurs) permet d'intervenir et de l'accompagner pour le libérer de ça.

Oui, pourquoi pas ?
Vos arguments se tiennent.

En conséquence, se pose la question des modalités de prise en charge soignante vis à vis de ces patients.
"Il suffit de nous regarder pour voir comment une forme de vie intelligente peut se développer d'une manière que nous n'aimerions pas rencontrer."
Stephen HAWKING
Avatar de l’utilisateur
Jo_bis
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 9823
Enregistré le: 30 Jan 2004 10:33

Messagepar AmThLi » 29 Jan 2015 11:47

Jo_bis a écrit :Mes collègues de psychiatrie pourraient sûrement argumenter mieux que moi :|


En effet mais pour soutenir l'inverse et être d'accord avec ce que dit ATea :


ATea a écrit :Eh bien, que tu saches qu'il a été agressif et violent, suffit à faire attention normalement... Sinon, personne n'aurait jamais tué. Un patient qui n'a pas encore tué, peut un jour dans une crise de violence, passer à l'acte sur un soignant. Et quelqu'un qui a tué, peut avoir une crise de violence et ne jamais repasser à l'acte. Par contre, la prise en charge de ses émotions doit-être la même à mon sens. L'écoute, la relation de confiance, la gestion de la violence, ...

Je ne pense pas que le fait qu'il soit passé à l'acte une fois, prouve qu'il va le faire une autre fois. Nous n'avons pas que des récidivistes sur cette terre :clin: , et considérer quelqu'un comme un meurtrier le met dans une case, (la justice le fait pour nous) alors que reconnaître la violence et la souffrance de quelqu'un (qu'il y ait une pathologie ou non d'ailleurs) permet d'intervenir et de l'accompagner pour le libérer de ça.


Ceci me semble être plein d'humanité et de bon sens.

J'ajoute qu'en général, aller à la rencontre de quelqu'un avec le préjugé qu'il ou elle a déjà été violent(e) par le passé n'aide pas. Bien au contraire : on se fait une idée, mais avec les paroles des autres, avec un regard qui ne nous appartient pas et que l'on ne s'approprie que très maladroitement et hors-contexte. Attention, donc, à ça.
"La plus grande proximité, c'est d'assumer le lointain de l'autre."

J. Oury
Avatar de l’utilisateur
AmThLi
Accro
Accro
 
Messages: 1293
Enregistré le: 03 Juil 2010 10:56

Messagepar ATea » 29 Jan 2015 11:59

Jo_bis a écrit :En conséquence, se pose la question des modalités de prise en charge soignante vis à vis de ces patients.


Je pense que c'est là tout l'intérêt d'une réflexion personnelle sur la confrontation entre ses valeurs personnelles et professionnelles.
Identifier ses émotions.

Pourquoi voulons-nous savoir?
Quelle peur se cache derrière?
Il est évident que la peur conditionnera notre prise en charge, notre approche de la personne. On sera précautionneux, pas sécurisant pour lui. Notre prise en charge sera donc bancale, absente.

C'est humain de vouloir se protéger, mais je ne pense pas qu'il faille oublier quelque chose. Nous sommes une équipe. Et la communication dans l'équipe entre tous les intervenants est essentielle. Entendre les autres s'exprimer sur leurs angoisses, sur leurs visions des choses, repérer ceux qui ont plus de mal (et les aider) ou plus de facilités (tout en évitant de les épuiser aussi en les envoyant systématiquement pour se préserver soi). Dans certaines équipes, c'est difficile de communiquer sur ça. Les gens peuvent être réfractaires. Peut-être parce qu'ils ont peur encore une fois. Et avoir le courage de s'exprimer en premier et dire "Je ne me sens pas à l'aise avec lui", peut déclencher et libérer la parole chez l'autre.

Je pense que lorsque nous pouvons parler entre nous, ou avec des pairs qui ne sont pas forcément dans le service, cela peut nous faire prendre une autre dimension dans le soin. Et la réponse au "Savoir ou non ce qu'ils ont fait", se transformera petit à petit en éthique. On deviendra protecteur du soin, défenseur du soin...
Avatar de l’utilisateur
ATea
 
Messages: 11
Enregistré le: 28 Jan 2015 08:20


Retourner vers « Psychiatrie »



Publicité

-