C’est mieux, mais il y a encore dès progrès à faire. C’est, en substance, les conclusions que tire l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) de son étude sur la prescription, dont inappropriée, des benzodiazépines chez les 65 ans et plus. Il observe ainsi un infléchissement entre 2012 et 2022, avec une diminution de 1,9% par an pour les prescriptions globales, et de 2,5% pour les prescriptions «potentiellement inappropriées». Dans le détail, «en 2012, 28 % des personnes âgées de 65 ans et plus ont une prescription de benzodiazépines dans l'année, et 17 % une prescription potentiellement inappropriée ; en 2022, ces proportions baissent pour atteindre respectivement 23 % et 13 %.» Cette baisse s’avère plus importante pour les benzodiazépines à longue durée prescrits de manière inappropriée, ainsi que pour les prescriptions chroniques d’anxiolytiques à courte durée de vie. Pour expliquer cette diminution, l’Irdes avance plusieurs hypothèses : la baisse des remboursements, voire le déremboursement, sur certains produits, et la diffusion, réalisée au niveau européen, des bonnes pratiques. Pour autant, la France demeure mauvais élève. Elle est le deuxième pays le plus consommateur de benzodiazépines d’Europe, juste derrière l’Espagne.
Le niveau de prescription varie en fonction du profil des patients : âge, sexe, pathologies traitées. «En 2022, le niveau de prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines croît avec l'âge des personnes : 12 % des 65-75 ans, 15 % des 75-85 ans et 19 % des 85 ans et plus», indique l’Irdes, précisant qu’une diminution s’observe pour l’ensemble de ces trois classes d’âge, même si elle moins prononcée chez les 65-75 ans. Les femmes sont également plus souvent soumises à des prescriptions inappropriées, de même que les personnes atteintes de troubles psychiques ou de maladies neurodégénératives. «53 % des personnes atteintes de névroses ou troubles de l'humeur, 45 % des personnes atteintes de psychoses, 33 % des personnes atteintes de troubles addictifs, et 31 % des personnes atteintes de déficiences mentales», et de l’ordre de 30% pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou les épileptiques.
Les médecins hommes et âgés, plus susceptibles d'en prescrire
Côté professionnels de santé, l’Irdes souligne que les médecins «qui ont les taux de prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines les plus élevés et ceux qui conservent un niveau élevé, entre 2015 et 2022, sont en moyenne plus âgés et plus souvent des hommes» ; les médecins les plus âgés sont également moins susceptibles d’appliquer les recommandations de bonne pratique, notamment celles de la Haute autorité de santé (HAS). À l’inverse, les professionnels qui tendent à diminuer leurs prescriptions sont «plutôt» des femmes. Enfin, des variations en termes de prescriptions inappropriées s’observent par territoire, avec des taux plus élevés en Bretagne, Nord-Pas-de-Calais, Limousin ou encore le littoral sud de la France. «Ces disparités territoriales sont associées à des différences de niveaux socio-économiques des populations», avec des employés et des ouvriers plus susceptibles d’y être exposés, «mais également d'accessibilité à l'offre médicale notamment aux médecins généralistes : plus l'offre est importante, plus le niveau de prescription est élevé.»
Un enjeu de santé publique
La prescription de benzodiazépines chez les séniors constitue un enjeu de santé publique, notamment car leur utilisation peut induire chez eux des effets indésirables accrus : risque d’accumulation dans l’organisme du fait d’une métabolisation plus lente conduisant à des effets prolongés, altération des fonctions cognitives, augmentation des risques de chute et dépendance en cas d’usage chronique. Dans ses recommandations, la HAS insiste sur la nécessité de réévaluer régulièrement la posologie des traitements chez les personnes âgées ; elle déconseille également les prescriptions prolongées. «L'un des résultats majeurs de ces analyses concerne la différence de tendance observée chez les personnes atteintes de maladies neurodégénératives et de troubles psychiques. En effet, on observe très peu de baisse des prescriptions dans ces populations, voire une hausse chez les personnes atteintes de déficience mentale», s’inquiète l’Irdes. «Ces constats sont d'autant plus préoccupants qu'ils concernent des populations vulnérables, susceptibles de ne pas avoir la capacité de consentir à ces traitements.» Alors qu’existent des alternatives à l’usage de ces traitements : activité physique adaptée, éducation thérapeutique, musicothérapie…, qui se heurtent toutefois à un certain nombre de freins, dont le manque de personnel.
Pour tenter de limiter un peu plus ce recours aux benzodiazépines, l’Institut préconise de renforcer l’accompagnement des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, aussi bien à domicile qu’en établissement. La Stratégie nationale de lutte contre les maladies neurodégénératives 2025-2030 prévoit par ailleurs le déploiement de stratégies non médicamenteuses ainsi qu’un renforcement du soutien en santé mentale par la présence accrue de psychologues au sein des services à domicile. Il faut enfin muscler la formation initiale et continue des médecins et, plus largement, sensibiliser l’ensemble de la population française aux risques liés à usage prolongé des benzodiazépines.
L'étude cible les personnes âgées de 65 ans et plus chaque année entre 2012 et 2022, mais exclut celles résidant en EHPAD avec pharmacie à usage intérieur, pour lesquelles les données de consommation de médicaments ne sont ni individualisables ni observables au sein du Système national des données de santé (SNDS). 10 millions de personnes âgées ont ainsi été identifiées en 2012, et jusqu'à 14 millions en 2022. Côté professionnels de santé, elle porte sur les médecins généralistes suivant plus de 10 patients âgés par an, soit 36 500.
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