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Diabète de type 2 et mortalité: le dépistage est inefficace

La première étude qui évaluait l'intérêt d'un programme de dépistage du diabète de type 2 dans une population à haut risque, au Royaume-Uni, se conclut sur un résultat décevant car ce programme n'a pas été associé à un bénéfice en termes de mortalité.

Diabète de type 2 et mortalité: le dépistage est inefficaceL'étude ADDITION-Cambridge est publiée le jeudi 4 octobre 2012 en ligne par le Lancet et est présentée à Berlin au congrès annuel de l'European Association for the Study of Diabetes (EASD).

"La forte proportion de cas de diabète non diagnostiqués, le nombre substantiel de patients avec des complications au moment du diagnostic et la longue phase de latence de la maladie constituent des arguments forts pour un dépistage", mais des incertitudes persistent sur le bénéfice qu'on peut en attendre, rappellent Rebecca Simmons de l'unité d'épidémiologie du Medical Research Council (MRC) à Cambridge (Royaume-Uni) et ses collègues en préambule.

Pour évaluer l'intérêt d'une telle action de santé publique, ils ont conduit une étude de dépistage en médecine générale dans laquelle 28 cabinets médicaux ont pratiqué un dépistage et cinq autres ont servi de contrôles. Les patients auxquels c'était proposé étaient considérés comme à haut risque de diabète. Un seul dépistage était pratiqué au début de l'étude, puis les patients dépistés comme les patients non dépistés (dans les cabinets contrôles) ont été suivis durant 9,6 ans en médiane.

Les chercheurs ont choisi de prendre la mortalité à long terme comme critère d'efficacité du dépistage, comme cela se fait pour les dépistages des cancers. Ils ont constaté qu'au bout de ces près de 10 ans de suivi, il n'y avait pas de réduction statistiquement significative de la mortalité totale, de la mortalité cardiovasculaire, de la mortalité par cancer, ni même de la mortalité liée au diabète, parmi les patients ayant participé au dépistage.

Les auteurs ont recherché plusieurs explications possibles à l'absence d'effet. Ils ont noté d'abord qu'il pouvait y avoir eu une dilution de l'effet du dépistage, dans la mesure où des patients peuvent avoir eu un dépistage spontané. Ils ont ensuite évoqué la possibilité que même en supposant que les patients dont le diabète a été dépisté ont eu un bénéfice, s'ils étaient peu nombreux cela n'a pas eu d'impact significatif sur l'ensemble de la cohorte. Ils remarquent également que selon des estimations récentes, le dépistage n'accélérerait la détection du diabète que de trois ans, ce qui est peu. De ce fait, le bénéfice supposé d'un dépistage aurait été surestimé.

Dans un éditorial, Michael Engelgau et Edward Gregg des Centers for Diseases Control & Prevention (CDC) à Atlanta (Géorgie) nuancent un peu ces résultats. Ils soulignent le fait que dans cette étude, un diabète a été dépisté chez seulement 3% des personnes, ce qui est faible. Un dépistage pourrait être plus intéressant dans une population où la proportion de cas dépistés est plus élevée. Ils suggèrent également que le bénéfice du dépistage ne devrait pas être évalué uniquement sur la mortalité, mais aussi sur les morbidités, les coûts, la qualité de vie.

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