GRANDS DOSSIERS

La profession infirmière, oubliée de la campagne présidentielle 2012 ?

Insatisfaction et pessimisme, le mal-être des infirmières pourrait se résumer aujourd’hui en deux mots. A la veille du premier tour des élections présidentielles où les grands enjeux de santé sont bien peu évoqués par les candidats et, moins encore, les attentes des professionnels de santé, les infirmières, malmenées par des conditions de travail en déliquescence et un manque de reconnaissance récurrent, interpellent les politiques de tout bord pour le leur rappeler...

Édito - La profession infirmière, oubliée de la campagne présidentielle 2012 ?La Coordination nationale infirmière (CNI) vient pour sa part d’adresser un courrier accompagné d’un dossier argumenté aux QG de campagne des candidats. L’intitulé est explicite « Filière infirmière : 600.000 voix... en attente de réponse concrète »1 et le propos fourni et frontal : « Selon une étude DARES, les créations nettes d'emploi entre 2010 et 2020 sont estimées à 93.000 pour les infirmiers et 54.000 pour les autres paramédicaux. Si l’on considère les abandons en cours de formation (20%), les nombreux départs en retraite attendus, le manque d’attractivité vers nos professions et que l’on place en parallèle les besoins d’une population « vieillissante »… il y a urgence à réagir ! Quel sera le candidat le plus réactif, le plus convaincant ? A quelques jours du 1er tour, nous sommes dans l’attente… ». Et la CNI de rappeler que les sujets de crispation, car en souffrance ou décevants dans leur avancée, ne manquent pas : cursus LMD, conditions de travail, défi de la dépendance, prise en charge de la psychiatrie, salaires, droit d’option... . « Dans ce contexte morose, souligne la CNI, notre organisation garde pour principal objectif d’être à l’initiative ou de soutenir tout projet visant à améliorer la qualité de la santé en France en donnant une priorité à la reconnaissance des compétences des professionnels de la filière infirmière, à la réhabilitation de la pénibilité du métier, à l’attribution de moyens adaptés afin de garantir une prise en charge optimale pour tous les usagers du système de santé et à l’attractivité de la profession au sens large ».

Dans le même temps, les résultats d’une enquête menée par l’Ordre national des infirmiers (ONI) en mars dernier au sein de la profession2 visent à alerter les pouvoirs publics et les candidats à l’élection présidentielle sur la qualité et la sécurité des soins à l’hôpital. Près d’un infirmier sur deux estime en effet ne pas pouvoir assurer une sécurité des soins optimale à ses patients au regard de ses conditions d’exercice et l’ensemble des infirmières et infirmiers jugent plutôt négativement le bilan des réformes réalisées. Une enquête qui souligne que les perspectives d’avenir de la profession sont en inadéquation avec les grands défis démographiques et les enjeux de santé publique. L’ONI appelle donc les candidats et le gouvernement « à prendre rapidement des engagements concrets auprès des organisations représentatives infirmières (associations, syndicats et Ordre) afin d’assurer à la population une qualité et une sécurité des soins optimale. » Une attente aussi forte que celle de la CNI qui souhaite du futur Président de la République, « des réponses concrètes pour garantir une qualité des soins à chacun dans ce pays. Le premier signe fort de cet engagement serait de restaurer un ministère exclusivement dédié à la santé, un ministère ouvert aux propositions des organisations professionnelles, un ministère à l’écoute des acteurs de santé publique et soucieux des attentes des patients. »

Rappelons enfin que la souffrance des infirmières semble aujourd’hui « universelle ». En effet, une étude publiée le 20 mars dernier par le British medical journal of medicine souligne que l’insatisfaction au travail mais aussi personnelle de quelques 61.000 infirmières exerçant dans près de 1.100 hôpitaux répartis dans douze pays d’Europe3 et aux États-Unis, au cours des cinq dernières années, est prégnante : surmenage, voire burn-out, intention de démissionner, qualité des soins insatisfaisante, manque de confiance envers le management hospitalier...

Affirmons donc que les mêmes maux et les mêmes manques de remèdes sont partagés par les infirmières du monde entier. Une réalité qui rejoint l’interrogation de la CNI, véritable cri du cœur adressé aux hommes et femmes politiques : « qui va enfin prendre soin de l’infirmière ? ».

Notes

  1. « Filière infirmière : 600.000 voix en attente de réponses concrètes… », dossier envoyé aux candidats à la présidence de la République Française par la Coordination nationale infirmière.
  2. Communiqué de presse du 11 avril 2012, Ordre National des infirmiers, « Les Infirmiers alertent les pouvoirs publics et les candidats à l’élection présidentielle sur la qualité et la sécurité des soins à l’hôpital ».
  3. La France n’a pas pris part à l’étude. Les pays participants sont : Pays-Bas, Grèce, Suisse, Allemagne, Pologne, Espagne, Royaume-Uni, Irlande, Finlande, Norvège, Belgique et Suède.

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Commentaires (6)

moutarde

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#6

Sondage ordre infirmier (suite...)

(Désolée, c'était sûrement un peu long et donc coupé...)

Que dire aussi de cette immense majorité des seulement 3,42 % IDE sondés…, dont une plus forte proportion d’ICS, de leur avis favorable et pressant à prescrire des antalgiques en… vente libre !


Pas d’autre mot que : Une véritable R E V O L U T I O N.

On pourrait toutefois reconnaître et sans faire de mauvais esprit, une toute partie de la conclusion ordinale sur ce sondage bâclé et pour autant à la une malgré une absence totale d’esprit analytique et/ou critique de l’ensemble de la presse :


Une profession homogène avec les mêmes priorités quels que soient les modes d’exercice.

Sauf au regard de leur représentation ordinale, imposée, ignorée, rejetée par le plus grand nombre qui n’a réussi qu’à parcelliser voire inventer certaines de leurs revendications.

Et par voie de fait, fragiliser et ridiculiser un peu plus la profession.

moutarde

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#5

Sondage ordre infirmier

Il y a un peu plus de 1 an l’ordre national infirmier saluait le rapport Hénart basés sur ceux de Mr/Mme Berland/Cadet sur les “nouveaux métiers de la santé” et les coopérations entre professionnels de santé.

Ces mêmes coopérations adulées par celles et ceux qui sont à l’origine de l’ordre infirmier tel qu’on le connait et toujours connu, c’est à dire faible, ridicule, dépendant, décadent, illégal… et de la réforme LMD qui leur a permis d’accéder au grade master en sciences cliniques infirmières ainsi que d’occuper tous les postes clé organisationnels et opérationnels de notre système de santé.

Pourtant, l’ordre dans son sondage qui a récolté quand même (saluons-le…) 3,42 % de réponses complètes, qu’il a pompeusement renommé grande enquête nationale et dont il a frénétiquement arrosé la presse professionnelle et générale, nous explique que ces mêmes coopérations sont sévèrement critiquées par les professionnels de santé IDE….

Ce qui n’empêche pas la tutelle sous la plume de notre nouveau directeur général de l’offre de soins, le bien nommé F-X SELLERET, d’avaliser avec peu de modifications l’arrêté du 31 décembre 2009 concernant ces fameuses coopérations entre professionnels de santé.

Le passage le plus … décapant étant :

[…Lorsque des professionnels de santé souhaitent s’engager dans un protocole qui est déjà autorisé dans une région autre que celle où ils exercent, ils soumettent leur demande au directeur général de l’agence
régionale de santé. Celui-ci constate, avant d’instruire la demande d’adhésion, que le protocole répond à un besoin de santé régional et autorise par arrêté son application dans la région concernée dans le délai prévu au II de l’article 1er…]

et actant de facto sous couvert d’une loi bénie par tous nos bien pensants, la dérèglementation de notre profession à l’échelle nationale.

Par ailleurs, pour revenir plus globalement sur l’analyse de ce sondage de qualité médiocre à l’image de celles et ceux qui l’ont produite :

- Les chiffres ne sont ni vérifiés ni vérifiables.

- Le sondage (et non grande enquête nationale) était en accès libre jusqu’à après la clôture officielle initiale ce qui invaliderait n’importe quel sondage. D’ailleurs, pas un huissier si cher au cœur de « notre » ordre n’attesterait du contraire.

- Que quand bien même, ce sondage aurait été réalisé dans les règles de l’Art, ce qui est totalement et définitivement antinomique compte tenu de ce que tout le monde sait du fonctionnement glauque de cet… organe, il n’y a pas de quoi se glorifier des soi-disant 3,42 % d’IDE ayant supposément « bien » répondu.


Et tout le monde se souvient des 92 % des IDE qui ont appelé de leurs vœux la création de l’ordre infirmier et probablement autant qui se sont vus spolier du droit de renouveler démocratiquement la moitié de tous les cdoi/croi/cnoi.


Selon le sondage donc, terme définitivement plus approprié encore que cela reste à vérifier… […Près d’un infirmier sur deux (sur les 3,42 % sondés ?) estime ne pas pouvoir assurer une sécurité des soins optimale à ses patients au regard de ses conditions d’exercice…].

D’ailleurs, la HAS a édité un guide s’appuyant sur ces résultats(…) et visant à diminuer les EIG (évènement indésirable grave).

En espérant, qu’elle n'aura pas oublié de spécifier que cet objectif à atteindre requiert avant tout la présence de personnel en nombre, formé et qualifié, reposé, bien considéré, fidélisé...etc.

Concernant donc ces conditions de travail et la rémunération qui va de paire, on a appris il y a peu que notre Tutelle par la voix de sa secrétaire d’état et par celle de la madame santé du parti dont le « chef », selon des rumeurs insistantes, est en lice pour occuper le 1er fauteuil ministériel en cas de victoire du président sortant, que la reconnaissance de nos patients devrait suffire à nous … satisfaire, récompenser et surtout compenser l’accession à la catégorie A associée à la perte de la pénibilité des IDE de la FPH d’où l’allongement de la durée de travail.

A noter que cette perte de pénibilité sévit depuis de très nombreuses années dans tous les autres secteurs.

Ce que l’on appelle en d’autres termes, le nivellement par le très bas.

Les IDE puisque l’ordre parle en leur nom sont sans doute impatients d’accueillir à leurs côtés leurs nouveaux collègues grade licence et de découvrir en quoi la mastérisation (sciences cliniques infirmières) d’un très petit nombre d’IDE souvent éloignés depuis des lustres des dures réalités du terrain va améliorer la prise en charge du plus grand nombre des patients.

Surtout quand on sait que cette promotion tant attendue… vise en 1er lieu à compenser la raréfaction d’une espèce en voie de disparition paraît-il (…) et leur mauvaise répartition sur le territoire.

Qui plus est, il n’est pas prévu à l’instant « T » que cette promotion soit assortie d’une reconnaissance dont salariale, d’une couverture assurancielle adaptée…etc.

Que dire aussi de cette imme

ameliedu80

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24 commentaires

#4

salaire

1500 euros pour un bac +3 et des horaires et conditions difficiles: c'est très insuffisant! et après on se plaint qu'un tiers des diplomés changent de métier

execho

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#3

TSCG

Le 2 mars,25 chefs d'état ont signés le TSCG(traité sur la stabilité,la coordination et la gouvernance dans l'union économique et monétaire.Ce traité vise à imposerla "règle d'or" sur la réduction des déficits publics en contraignant chaque état à l'inscrire dans sa constitution ou ses lois fondamentales.C'est l'obligation constitutionnelle de l'austérité.La date de la ratification de ce traité est encore inconnue.Les infirmières comme tous les salariés porteurs de revendications ne peuvent que s'inquiéter de l'obligation de supprimer 80 milliards d'euros.Ils savent sur le dos de qui.C'est une question à poser aux candidats.Allez vous une fois élus ratifier ce traité?Pensez vous que les citoyens vont mettre dans leur poche leurs revendications et leur mouchoir par dessus?

flopoit

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#2

Bougeons nous!

je suis bien d'accord prenons nous en main, n'attendons pas que ça nous tombe ds le bec tout cuit et arretons de toujours dire oui à tout!

La CNI dans mon CHU est la pire des organisations syndicales car elle accepte TOUTES les decisions de la direction en votant au mieux l'abstention lors de questions contraires a une bonne qualité de travail. Seul l'ordre l'interresse pour se faire mousser.

Reagissons ensemble en faisant mieux que les 10% de grevistes qu'on represente lorsqu'un mouvement de greve est lancé!

BB1

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#1

Infirmière

Et si les infirmières commençaient par prendre soin d'elles ? En enlevant la cornette
et en réagissant . Nous sommes la profession paramédicale la plus
corvéable car coincée entre notre conscience professionnelle et le patient quand allons nous cesser de faire à la place de...quand allons nous dire stop?