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Jean-Luc Mélenchon souhaite une santé "accessible, publique et gratuite"

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Présidentielles

Jean-Luc Mélenchon a publié un "livret thématique" détaillant ses propositions sur la santé, qu'il conçoit comme "accessible, publique et gratuite".

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a présenté son programme santé dans un livret thématique.

Ce document complète le programme du candidat, résumé dans son livre L'Avenir en commun (Le Seuil, décembre 2016). Il a aussi abordé la santé lors de plusieurs interventions. Jean-Luc Mélenchon se présente à l'élection présidentielle sous l'étiquette "La France insoumise", avec le soutien notamment du Parti de gauche (PG) et du Parti communiste français (PCF).

Le livret "santé" a été préparé par un groupe de travail animé par Frédéric Pierru, sociologue au CNRS, Riva Gherchanoc, maire-adjointe de Montreuil (Seine-Saint-Denis) en charge de la santé, et Noam Ambrourousi, haut fonctionnaire au ministère de la santé et des affaires sociales -il s'agit d'un pseudonyme car étant donné son poste et son obligation de réserve, il ne peut se présenter sous son nom réel, a expliqué l'équipe de campagne à APMnews. Le livret a été mis en ligne le 7 mars 2017 à l'occasion de la journée d'action de la santé et du social. Jean-Luc Mélenchon était venu saluer les manifestants à Paris.

Le premier axe vise à donner priorité à la prévention. Le candidat cite d'abord la réduction des inégalités sociales de santé et la lutte contre le non-recours aux droits sociaux. Il estime que sa proposition de rembourser tous les soins prescrits à 100% par l'assurance maladie y contribuerait en supprimant les labyrinthes bureaucratiques des aides comme la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire).

En matière de santé environnementale, nous refuserons les OGM et bannirons les pesticides nuisibles en commençant par une interdiction immédiate des plus dangereux (glyphosate, néonicotinoïdes, etc.), promet Jean-Luc Mélenchon.

Pour l'alimentation, il compte faire respecter la signalétique en 5 couleurs et introduire des seuils maximums de sel, de graisses et sucres plus restrictifs dans le secteur de la restauration collective, notamment scolaire.

Le candidat milite pour une étude d'impact en santé préalable à tout projet ou proposition de loi. Il entend faire de la santé publique une discipline majeure du cursus des futurs professionnels de santé, mais aussi renforcer les effectifs et rémunérations des professionnels de la protection maternelle et infantile (PMI), de la médecine du travail et de la médecine scolaire.

Création "massive" de centres de santé, recrutements à l'hôpital

Une deuxième série de propositions porte sur le système de soins. Jean-Luc Mélenchon met l'accent sur le développement massif de centres de santé (où les professionnels sont salariés), en commençant par la construction de 2 000 centres.

Il rappelle son projet d''interdiction des dépassements d'honoraires et de réduction de la place du paiement à l'acte, ainsi que celui de créer un corps de médecins généralistes fonctionnaires rémunérés pendant leurs études, afin de pallier l'insuffisance de médecins dans certaines zones.

Pour les établissements de santé, il promeut la sortie du "tout T2A" (tarification à l'activité). Elle serait réservée aux actes techniques, standardisés et programmés tandis que les spécialités ayant à traiter des maladies chroniques ser[aient] financées par la dotation globale (ainsi que le médico-social). Les soins palliatifs seraient tarifés au prix de journée.

Le candidat prévoit très précisément le recrutement de 62 500 soignants et médecins à l'hôpital. Le livret comporte un focus sur la psychiatrie de secteur, notamment les centres médico-psychologiques (CMP), auxquels il vaut donner les moyens humains et financiers de fonctionner. Il compte commencer en urgence par des lits de psychiatrie.

Le droit à décider de sa propre fin, y compris avec assistance, sera reconnu liberté fondamentale et inscrit dans la Constitution, assure Jean-Luc Mélenchon.

Un autre volet est consacré au médicament. Le pôle public qu'il veut créer dans ce domaine serait chargé d'activités de recherche (via des coopérations avec l'Inserm  et le CNRS notamment) et de production de médicaments jugés essentiels. Il s'appuierait aussi sur les pharmacies hospitalières et la Pharmacie centrale des armées.

Ce pôle garantira l'indépendance de la recherche et de l'expertise dans le domaine du médicament tandis que la fabrication de médicaments par une entité publique permettra d'inverser le rapport de force entre la puissance publique et l'industrie pharmaceutique, assure l'homme politique.

Il préconise la réorganisation des entités chargées de la régulation de la chaîne du médicament (ANSM et HAS) et de la fixation de leur prix (CEPS). Selon lui, ces instances manquent de moyens et sont marquées par de multiples conflits d'intérêts.

Il prône la création d'un dispositif de formation continue sur les produits de santé obligatoire pour l'ensemble des professionnels de santé. Il entend interdire la publicité sur le médicament ainsi que l'accès libre des visiteurs médicaux dans l'hôpital public.

La quatrième partie vise à instaurer un système 100% solidaire.

Le candidat envisage de supprimer l'objectif national de dépenses de l'assurance maladie (Ondam). Il ferait affecter à l'assurance maladie des ressources propres indépendantes du budget de l'État, via une CSG progressive rénovée, la suppression de nombreuses niches sociales aujourd'hui compensées par l'Etat et la transformation en cotisations sociales des primes aujourd'hui versées aux complémentaires santé.

Du fait du remboursement à 100% par l'assurance maladie, les salariés des organismes complémentaires se verraient proposer une intégration au sein de l'assurance maladie et les mutuelles se réorienteraient uniquement sur leur activité d'offre de soins (dont les centres de santé).

Pour lutter contre les dépenses inutiles, Jean-Luc Mélenchon appelle à définir démocratiquement un périmètre de la solidarité de tous les biens et services médicaux dont l'utilité médicale est reconnue, notamment en établissant des listes de médicaments jugés essentiels.

La gouvernance confiée à des collèges de citoyens

Dans le même esprit, le dernier axe invite à instaurer un système de santé démocratique.

Le Parlement voterait une stratégie nationale de santé quinquennale comprenant des orientations et une évaluation des moyens financiers nécessaires.

Les agences régionales de santé (ARS) seraient remplacées par des conseils sanitaires de quartier, unités territoriales de santé et unions départementales de santé, car le candidat estime que la région n'est pas un territoire pertinent en la matière. Les nouvelles instances seraient chargées de l'ensemble des secteurs de l'offre de soins : ville, hôpital, médico-social, hôpital, prévention.

À tous les maillons de cette chaîne, les décisions seront prises par un collège composé de citoyens (dont une partie pourra être tirée au sort), de représentants des professionnels de santé et de représentants des syndicats élus par la population, d'élus locaux, de représentants associatifs et de représentants de l'Etat et de l'assurance maladie, lit-on dans le document.

Les corps administratifs de la santé publique (médecins-inspecteurs de santé publique, ingénieurs du génie sanitaire, inspecteurs des affaires sanitaires et sociales, etc.), seraient revalorisés.

Ce livret aborde peu la question du grand âge, note-t-on. Le candidat cite cependant les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) parmi les secteurs où il n'existe pas assez de lits, de même que les soins de suite et de réadaptation (SSR) par exemple.

L'équipe de Jean-Luc Mélenchon signale que le handicap n'est pas directement abordé dans ce document mais doit faire l'objet d'un prochain livret thématique, en mars.

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