C'est un coup dur de plus pour le système de santé. Le gouvernement a annoncé lundi 25 juillet vouloir trancher dans les dépenses sociales, notamment de santé : un coup de rabot qui doit lui permettre de récupérer 5,5 milliards d'euros dans ce seul secteur - et afin de réaliser 43,8 milliards d'euros d'économies en 2026. Parmi les mesures, un doublement du plafond des franchises médicales à 100 euros, une réforme de la prise en charge des affections de longue durée (ALD) et des arrêts maladie, objet de «dérives» selon François Bayrou. « Si le chemin que nous choisissons est de faire semblant de feindre que le problème n’existe pas, alors je vous le dis comme je le pense du plus profond de moi-même, nous ne nous en sortirons pas », a affirmé le premier ministre, qui évoque le risque de surendettement de la France si rien n’est fait pour tenter de combler le déficit. « Je ne laisserai pas notre pays s’enfoncer dans ce risque », a-t-il ajouté, exhortant à faire face immédiatement au danger du surendettement.
Un plan budgétaire drastique, voire «austéritaire»
Avec un plan drastique d'économies essentiellement concentré sur la baisse des dépenses, le chef du gouvernement espère ramener le déficit public de 5,4% du produit intérieur brut (PIB) cette année, à 4,6% en 2026, encore loin du plafond de 3% institué par les règles budgétaires européennes, sous lequel il espère repasser à l'horizon 2029. Un plan budgétaire drastique, voire «austéritaire» selon Solidaires finances publiques, première force syndicale dans l'administration fiscale, qui n'est pas du tout du goût du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) : «Ce plan d’économies ne réduira pas le déficit : il aggravera les inégalités sociales, la crise de l’hôpital et la souffrance au travail», tance ainsi le SNPI.
"Asphyxie organisée" contre les soignants
Selon le syndicat, ce plan menace d'abord les patients, obligés «de renoncer aux soins programmés», citant par exemple la limitation des affections de longue durée ou encore le gel des prestations sociales et des pensions, qui vont fragiliser les personnes handicapées allocataires du RSA ou encore les retraités. Le SNPI évoque «un coup de massue» pour les plus vulnérables, obligés de «choisir entre se nourrir et se soigner». Le syndicat s'insurge également contre «l'asphyxie organisée» contre les soignants avec notamment le gel des budgets publics alors même que 30 000 lits ont été fermés en 7 ans selon le SNPI, qui note encore «un budget de l'ONDAM sous-dimensionné» ou encore la suppression de deux jours fériés, qui équivaudra «à la baisse déguisée du salaire horaire des équipes». Alors que de plus en plus de soignants raccrochent la blouse selon le syndicat, cette nouvelle «rationalisation» représente un sérieux coup dur pour le secteur de la santé.
Chute annoncée ?
Pour autant, rien n'est joué pour le gouvernement alors qu'un risque de censure se profile et qu'une crise politique de plus s'annonce. Quatorze mois après la dissolution décidée par Emmanuel Macron au nom d'une nécessaire «clarification», François Bayrou dramatise les enjeux avec les mêmes mots pour se soumettre à un vote de confiance qui risque, lui aussi, de déboucher sur un désaveu cinglant. À sa demande, Emmanuel Macron va convoquer une session parlementaire extraordinaire le 8 septembre, et François Bayrou sollicitera le jour même la confiance de l'Assemblée sur une déclaration de politique générale. Son espoir : faire valider la nécessité d'un tel plan de réduction du déficit public, avant d'en négocier les mesures, dans un second temps. Le résultat est néanmoins plus qu'incertain alors que les oppositions menacent toutes de voter contre la confiance, ce qui ferait tomber le gouvernement.
Pour l'heure en tout cas, François Bayrou se trouve confronté au rejet de son plan d'économies budgétaires de près de 44 milliards d'euros d'économies, par les opposants comme dans l'opinion, ainsi qu'à des appels à bloquer le pays le 10 septembre. Les syndicats CGT, FO, CFTC et UNSA ont appelé à «des assemblées générales» dès le 25 août pour préparer une «grève unie de toute l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP)», afin de protester notamment contre le plan d'économies de François Bayrou.
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