ÉDUCATION NATIONALE

Questionnaire sur les violences sexuelles dans les écoles : les infirmières scolaires demandent "du temps dédié"

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Publié le 08/09/2026

En novembre, 11 millions d'élèves de la maternelle à la terminale seront interrogés sur les violences sexistes et sexuelles (VSS). Le ministère chiffre lui-même l'enjeu : trois élèves par classe sont concernés dans les écoles, collèges et lycées. Si le syndicat SNIES-UNSA Éducation soutient ce plan sans réserve sur son principe, il demande des moyens (du temps dédié et le doublement de ses effectifs sur 5 ans) pour accompagner les 7 800 infirmières et infirmiers de l’Éducation nationale dans leur mission auprès des enfants et adolescents. 

salle de classe, cours, adolescents de dos

Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray avait annoncé cet été l'ajout de questions sur les violences sexuelles au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire, parlant de résultats potentiellement «sismiques, car le phénomène est massif. (...)Un enfant sur 10 est victime de violences sexuelles en France

Or ce questionnaire, que onze millions d’élèves rempliront en novembre, «repose sur le temps de l’infirmière, seule professionnelle de santé présente chaque jour dans les écoles et les établissements», rappelle Gwenaëlle Durand, secrétaire générale du SNIES-UNSA Éducation, qui a tenu une conférence de presse de rentrée, lundi 7 septembre à Ivry-sur-Seine (94).

Qui sera en charge d'accueillir la parole des enfants et des adolescents ? Comment s'organisera le dépouillement des questionnaires et le recueil de ces informations ? Quels seront les relais des professionnels ? C'est à ces questions, pour le moins concrètes, que le syndicat a tenté de répondre, détaillant au passage les demandes qu'il a formulées auprès du ministère. Le syndicat souhaite notamment «commencer par le premier degré, de la grande section de maternelle au CM2, puis poursuivre quelques mois plus tard avec le second degré qui comprend les collèges et lycées», pour pouvoir absorber la charge de travail ; «la formation avant la passation de celles et ceux qui recevront la parole ; une convention avec les services de protection de l’enfance ; et une Indemnisation pour Mission Particulière (IMP) pour le référent Violences Sexistes et Sexuelles (VSS), alignée sur celle du référent harcèlement et ouverte aux infirmières».

Les questionnaires ne doivent pas être distribués à tous les élèves en même temps afin que les enfants qui se sont signalés puissent avoir le temps d'être écoutés et accompagnés. 

"Une infirmière par établissement, a minima" 

Aujourd'hui, 7 800 infirmiers et infirmières scolaires exercent sur le territoire. «Nous portons un plan pluriannuel de création de postes pour les infirmières de l'Éducation nationale. Cette année, nous avons obtenu 100 postes, et nous voulons, sur cinq ans, atteindre le chiffre d'une infirmière par établissement - a minima». La réalité est bien loin des espoirs. Actuellement sur le terrain,  les infirmiers de l'Éducation nationale se partagent un, deux, voire trois établissements ainsi que des écoles de secteur. «On estime qu'il nous faudrait doubler les effectifs pour assurer ce ratioce qui porterait à environ 15 000 le nombre de postes infirmiers de l'Éducation Nationale». 

L'ajout de questions sur les violences sexuelles dans les questionnaires distribués aux élèves est «une très bonne chose». Il faudra néanmoins être à la hauteur des situations dénoncées, observe Gwenaëlle Durand. «L'enfant qui va révéler une situation va vivre un séisme. Il ne pourra donc pas s'exposer à une absence de réponse, faute de moyens. Si un enfant victime n'est pas écouté correctement, il y a de grandes chances qu'il ne parle plus jamais. Ces situations, complexes, parfois graves, nécessitent également des professionnels formés (enseignants, psychologues, infirmiers, médecins scolaires...). Il faudra enfin éviter que l'enfant, l'adolescent ait à se répéter» pour éviter d'ajouter du traumatisme au traumatisme.

La qualité de nos entretiens dépend du temps que nous pouvons accorder aux enfants et aux adolescents. Actuellement, nous sommes obligés de trier les urgences, et ça, c'est inadmissible.

Du "temps dédié" 

«L'infirmier scolaire se trouve au carrefour de nombreux métiers, de l'assistante sociale, du psychologue, du médecin...», rappelle la secrétaire générale du SNIES-UNSA Éducation. «Personnel de santé présent au quotidien auprès des élèves, il apparait comme une personne-ressource pour eux, identifiés à la fois par les enfants et par les familles. Malheureusement, la qualité de nos entretiens dépend du temps que nous pouvons accorder aux enfants et aux adolescents. Actuellement, nous sommes obligés de trier les urgences, et ça, c'est inadmissible. Ce n'est pas la façon dont nous voulons exercer notre métier et c'est pourquoi nous demandons du temps dédié à ces missions». 

Infirmiers et infirmières scolaires seront donc particulièrement mobilisés sur le front du recueil de la parole. «Nous demandons la création d'un référent VSS dans les écoles, indemnisé comme le référent harcèlement via une Indemnité pour mission particulière (IMP)», note ainsi Gwenaëlle Durand. Ce référent VSS sera en charge, avec l'équipe qui devra se constituer, du dépouillement des questionnaires, mais également de la coordination du suivi des élèves. Les infirmiers, qui font depuis longtemps de l'éducation à la sexualité dans les établissements, sont particulièrement légitimes pour endosser cette tâche supplémentaire. Mais cette indemnité permettrait «une reconnaissance» de son engagement. «Recueillir la parole de l'élève est une mission importante, mais il faut aussi, en parallèle, protéger les professionnels. Nous demandons ainsi à notre ministère qu'il prenne soin de son personnel (infirmiers, psychologues, enseignants) notamment par des mesures à la hauteur de la charge et de la responsabilité engagées ainsi qu'en permettant par exemple des espaces de paroles pour leur permettre d'échanger et de faire de l'analyse de pratiques». En 2025, l’Éducation nationale a émis 88 000 informations préoccupantes ou signalements pour violences sexuelles ou défaillances parentales.

Si la loi infirmière constitue «une première marche», «il va maintenant falloir que les mentalités changent», assure Gwenaëlle Durand. «La vision de l'infirmière n'est plus celle du siècle dernier. Autrefois, on portait la valise du médecin, on appliquait ce que disait le médecin, on était ses mains. Aujourd'hui, on a une analyse et une expertise propres dans notre domaine et dans le soin et ce dans tous les secteurs». 

Le SNIES-UNSA Éducation était justement reçu mardi 8 septembre par la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO) sur le questionnaire VSS. 

A retenir : le syndicat SNIES-UNSA Éducation demande : 


Un déploiement du questionnaire Violences sexistes et sexuelles (VSS) en deux temps, le second degré d’abord, le premier degré ensuite une fois les séances d’éducation à la vie affective réalisées ; la formation avant la passation de celles et ceux qui recevront la parole ; une convention avec les services de protection de l’enfance sur le modèle des conventions ARS ; une IMP pour le référent VSS, alignée sur celle du référent harcèlement et ouverte aux infirmières.


Source : infirmiers.com