INFOS ET ACTUALITES

Edito - Malaise chez les infirmiers

par .

Dans un document de synthèse, présenté à l'occasion de la Grande conférence de santé qui s'est déroulée le 11 février 2016, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) dresse un portrait précis des professionnels de santé. Elle revient notamment sur la démographie de la profession infirmière, sa formation ou encore ses conditions de travail particulièrement délétères qui attestent d'un certain malaise. Explications.

infirmière colère

Étudiants et infirmiers sont logés à la même enseigne : la pénibilité et les tensions n'épargnent personne.

Les infirmiers représentent, on le sait, la première profession de santé en termes d'effectifs, comme le rappelle la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) dans un document de synthèse présenté lors de la Grande conférence de santé le 11 février 2016. En effet, au 1er janvier 2015, plus de 638 200 infirmiers sont recensés dans le répertoire Adeli alors que les médecins étaient au nombre de 222 150 selon les chiffres du répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS).

Un taux d'abandon en cours d'études élevé  

La profession infirmière reste attractive, mais nombre d'étudiants en soins infirmiers abandonnent en cours d'études. On relève en effet un écart de 16 % entre les quotas et le nombre de diplômés trois ans après durant la période 2012-2014. Le fait que toutes les places ne soient pas pourvues chaque année et les redoublements expliquent en partie cette déperdition. Cependant, d'autres facteurs sont à prendre en considération. La formation est réputée difficile et les témoignages d'étudiants maltraités, notamment sur leurs lieux de stage, ne manquent pas. Sur les réseaux sociaux, les stagiaires osent prendre la parole pour dénoncer le manque de considération des professionnels à leur égard, notamment lorsque durant leur stage, ils ne sont pas appelés par leur prénom mais par un qualificatif : « stagiaire », « l'élève » ou encore « l'autre ». Rappelons que dans son enquête « Réformons la gouvernance des instituts de formation paramédicaux », dont les résultats ont été dévoilés en février 2015, la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) a révélé que 44,61 % des étudiants estiment que la formation est vécue comme violente dans la relation avec les équipes encadrantes durant les stages. Dans de telles circonstances, il faut prendre de la distance et quand on est diplômé, ne jamais oublier qu'on a été stagiaire un jour… On a un devoir de transmettre tout en respectant l'autre et dans la bonne la bonne ambiance, selon Domenico. Aurélie, quant à elle, se contente de rappeler son prénom : il ne faut pas prendre cela méchamment lorsque l'on nous appelle comme ça lorsque l'on est justement stagiaire. Rappeler mon prénom n'a jamais été mal perçu, bien au contraire, surtout quand tes maîtres de stage deviennent tes collègues par la suite.

En service, des tensions accrues avec le public

Les infirmiers diplômés d'État exerçant à l'hôpital sont également soumis à des conditions de travail difficiles. En effet, la DREES révèle dans son rapport que les tensions des personnels hospitaliers avec le public se sont accrues, passant de 38 % en 2003 à 50 % en 2013. Chez les infirmiers et sages-femmes -bien que différentes, ces deux professions font l'objet d'un seul et même traitement-, les tensions concernent 66 % des personnes interrogées et près de 80 % déclarent avoir été victimes d'une agression verbale de la part du public. Par ailleurs, plus de 75 % des infirmiers et sages-femmes estiment devoir toujours ou souvent exercer dans l'urgence. Soulignons également que le travail hospitalier reste encore très morcelé, 80 % des professionnels devant fréquemment interrompre une tâche pour une autre non prévue. À cela s'ajoute un mal-être au travail persistant puisque 72 % des infirmiers et sages-femmes estiment être exploités. 18 % déclarent également toujours travailler sous pression. Les IDE sont aussi confrontés à une quantité de travail excessive et à un sentiment de manque de reconnaissance quel que soit le statut de l'établissement d'exercice (public ou privé). Notons que 21,8 % des effectifs infirmiers hospitaliers ont plus de 55 ans (réforme de la retraite et passage en catégorie A obligent…). Cependant, les contraintes physiques, comme devoir effectuer des déplacements à pied longs et fréquents ou des mouvements douloureux, tendent à se réduire. La DREES note également une amélioration dans les relations interprofessionnelles. Ainsi, 93 % des salariés des hôpitaux déclarent être aidés par leurs collègues en cas de travail compliqué. Tout n'est donc pas si noir...

proportion de salariés concernés

Les tensions sur le lieu de travail

D'ici à 2030, les effectifs infirmiers devraient croître à un rythme moyen de 1,2 % par an selon les dernières projections réalisées par la DREES en 2011. Cependant, les difficultés d'emplois récentes et les conditions de travail délétères obligent à se questionner sur le devenir de la profession. Gageons que la profession infirmière saura s'unir pour faire valoir ses revendications car la pénibilité n'épargne aucune spécialité, ni même les étudiants. Ainsi, les 638 000 IDE et 91 000 ESI qui peuplent le territoire ne seront pas de trop pour se faire entendre...

Creative Commons License

Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

Retour au sommaire du dossier Exercer dans le privé

Publicité

Commentaires (10)

naiade88

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#10

je témoigne aussi...

Bonjour !
Je suis diplômée depuis 2009, reconversion professionnelle car je travaillais dans le social.
Passionnée par ce métier d'infirmière, moi aussi "j'en ai bavé" pendant mes stages.
Certes j'ai réussi à prendre le recul nécessaire pour faire mon travail du mieux que je pouvais,
mais au stage DE, en réa, ça a basculé... ma tutrice ne m'adressait même pas la parole juste pour dire "c'est l'heure de changer les perfs" tout en attendant que le travail se fasse à sa place. Je n'ai jamais eu un "bonjour" de sa part en réponse au mien, je ne ressentais de sa part que du négatif.
Lorsque je prenais les notes pour mes démarches de soins pour le DE, elle m'a fait m'installer dans le hall par lequel les visiteurs passaient, alors je devais sans cesse répondre à leurs demandes puisque le reste du personnel était "en pause", je devais aussi répondre aux sonnettes, cela ne m'aurait pas "dérangée" si au moins elle avait accepté que je parte un peu après l'heure pour terminer de prendre mes notes ! Mais non , à croire que tout était fait pour que j'abandonne...
Je n'ai pas laché, cela a été très très dur , à 36 ans , je rentrais de ce stage en pleurs...
Le jour du DE, la pression est retombée puisque je m'etais dit "de toute façon j'ai tout fait pour arriver au but, j'y suis maintenant, quoiqu'il arrive je fonce" et j'ai réalisé les soins, j'ai présenté mes projets de soins, ma tutrice avait laissé place à l'examinatrice (qui était beaucoup moins antipathique) et au final j'ai eu une bonne note, moi non plus je n'ai pas terminé major de promo , alors que dans tous mes stages précédents je n'ai eu que de très bonnes appréciations, et la moins bonne note avait été 17!
Bref tout cela pour dire que OUI il ne faut jamais oublier que nous aussi nous avons été stagiaire, que chaque lieu de stage est différent et chacun peut y etre plus ou moins à l'aise...
Etre infirmier c'est déjà être humain, empathique, n'est ce pas?
ESI ne perdez pas courage !

vertba

Avatar de l'utilisateur

25 commentaires

#9

A sens unique ?

Ce qui est dénoncé dans cet article et dans les commentaires ne me surprend, hélas, pas.

Cependant, pour encadrer des ESI depuis déjà quelques années ( quelques dizaines..), je reste toujours stupéfait devant le nombre d'ESI absolument pas investis au cours des stages, inconstants et dont les stages sont pourtant validés en CAC...
La maltraitance des étudiants est une honte mais la diplomation d'étudiants qui sont caractérisés par l'incompétence professionnelle et l'indifférence envers les patients me questionne également beaucoup.

Avel

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#8

Je confirme avec Sophie

Je rebondis sur ce qu'a écrit sophie1988. Je me retrouve dans le portrait. Etudes reprises sur le tard. Mais après un bagage professionnel très différent, j'ai même caché mon niveau de formation pour être acceptée. Peine perdue. Au lieu d'être formateurs, nombre (pas tous heureusement) de stages étaient le terrain de brimades, jusqu’à des commentaires du genre "Ah les filles on a touché une intello", parce j'étais allée voir le film "Océans" au cinéma. On me pose la question...je réponds!
Pire lieu de stage, le dernier : le stage DE. Une catastrophe! une fois on m'a même arrêtée dans le couloir pour me présenter une élève infirmière de première année, ancienne aide-soignante, en me disant que je n'arrivais pas à son niveau. Je les soupçonne d'avoir été jalouse parce que parlant anglais, c'est moi qu'on envoyait systématiquement soigner un patient britannique admis dans le service. C'était en CCTV, c'est une infirmière de pneumo, descendue demander un service que je lui ai rendu, qui a répondu aux questions "nécessairement idiotes" que je me posais avant l'examen final. Merci à elle de m'avoir témoigné un peu d'écoute. Il y avait bien des infirmières du service formées au tutorat, mais elles n'avaient pas le droit de m'encadrer pour rester impartiales le jour de l'examen. J'ai fini par obtenir mon diplôme, sans être major comme l'avait imaginé une formatrice de l'IFSI, mais tant pis, ce n'est pas ça qui compte. Le jour de l'examen une aide-soignante m'a prise dans ses bras, en me disant si un jour je dois être soignée par une infirmière, je voudrais que ce soit par quelqu'un comme toi. C'est ça qui fait avancer. J'ai fini mes études avec un poids de 38 kilos, une séparation avec mon mari, je dormais dans le canapé pendant les stages pré pro et DE, et des RDV fréquents en médecine scolaire.
Aujourd'hui, comme Sophie c'est en libéral que j'ai trouvé ma voie. Pas simple, ici le secteur est saturé, je suis une éternelle remplaçante, pas non plus simple comme statut

pat974

Avatar de l'utilisateur

2 commentaires

#7

IDE scolaire

je veux juste ajouter ma pierre à l'édifice!
mon parcours: 15 ans laborantine puis 3ans IFSI,j'avais 3 enfants en bas âge,33 ans et pas le droit d'avoir eu une expérience professionnelle avant l'IFSI!!
J'ai travaillé 5 ans en service d'accueil des urgences(insultes,prises de bec avec les patients ou leur famille étaient monnaie courante,heureusement entre collègues l'ambiance permettait de tenir!!)
Et,j'ai eu la super idée d'entrée à l'Education Nationale!!!
L'infirmière est un pion(quand on veut bien la voir),pas de reconnaissance du travail effectué auprès des élèves(écoute primordiale car mal-être ++),J'ai juste le droit de distribuer des cachets pour permettre aux élèves de continuer les cours,pas d'interventions en classe sur la sexualité,le mal-être(on ne parle pas de suicide,çà pourrait donner des idées!!!),le harcèlement,les violences etc etc
Je suis fatiguée,il me reste en gros 5 à 8 ans à faire,je ne sais pas si je tiendrai jusqu'au bout.Je vais essayer de changer d'établissement pour voir si l'herbe y est plus verte..............j'essaye d'être optimiste!!!

coe2

Avatar de l'utilisateur

25 commentaires

#6

Attereée !

Je suis atterrée en lisant vos autres commentaires !!
L'impression que "l'esprit relationnel professionnel-étudiant" est pire qu'avant.
Pourtant, tous autant que nous sommes, nous avons tous eu le même parcours pour arriver à être diplômés, même si nous venons d'horizons différents. Si la solidarité, la transmission du savoir et de la pratique ne sont pas de mise dans notre profession, où allons-nous la trouver ?
Les études d'infirmiers sont comparables à un métier que chacun peut apprendre en tant qu'apprenti, avec un ou des tuteurs, des référents, etc (cela existe dans des entreprises ou autres sociétés qui préfèrent eux-mêmes formés leurs futurs salariés), et c'est une stratégie très formatrice.
Etre formés dans les règles de l'art, c'est la 1ère condition pour perdurer un métier, et donc la subsistance d'une entreprise ou structure professionnelle. Cela veut dire, donner envie et motivation à l'étudiant, lui donner confiance en lui, car un jour il se retrouvera seul et responsable à son poste, une des 1ère exigence de notre métier.
Que font les syndicats censés représenter et défendre la profession ? Que fait notre cher ONI qui revendique la représentation de la même profession ?
Qui est capable d'améliorer ces conditions de travail inacceptables ?
Pourquoi pas un recueil de tous les incidents vécus par des milliers d'étudiants à adresser à notre ministre ?
Il est urgent de revoir non seulement ces conditions de travail mais aussi de formation pour sauver la profession depuis trop longtemps malmenée et pas que dans l'hospitalier, croyez-moi.
Notre force dans ce métier, c'est l'autonomie et l'indépendance qu'il nous offre, pouvoir bosser dans de multiples services, structures,.... ce qui est très formateur. Personnellement, je m'en suis toujours servie et cela m' a aidé à me faire respecter.
Bon courage

sophie1988

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#5

je confirme..

Diplomée sur le tard (2012) après 15 ans de travail aide soignant en clinique (multi services), je confirme au combien, les maltraitantes en service, heureusement pas partout, mais malheureusement parfois si violentes psychologiquement qu'elles mènent à un abandon désespéré pour ne plus "subir". Et quand on est plus agé que son(sa) tuteur(tutrice) avec plus d'année de pratique des services, ça peut virer au cauchemar.
Moi, j'ai tenu bon, malgré des larmes et une terrible envie de tout lâcher, grâce à ma famille qui m'a aidé dans les moments les plus durs à me rendre en stage "façon zombie" pour tolérer parfois une injustice inqualifiable en regardant passer les jours sur le calendrier. Pourquoi ? Parce que malgré des appréciations convenables, j'avais la "mauvaise idée" d'avoir une personnalité (40 ans...) et une expérience des services qui m'apportaient des opinions et des questionnements que je soumettais pour COMPRENDRE ce que je ne voulais pas apprendre bêtement, aïe... Si l'"élève" ne trouve pas un moyen de "faire plaisir" en restant SOUMISE, c'est la condamnation.
Quant au programme de la réforme, il entraine (selon moi) des lacunes qui ne sont comblées que par la volonté d'un lourd travail personnel (en plus du reste ...) quand on en a encore le courage et l'envie...
Aujourd'hui IDEL rurale, j'ai fuit les services, je termine ma formation "initiale" incomplète par des formations à mon initiative et je découvre qu'au domicile, c'est le système qui nous maltraite à travers les choix politiques rarement adaptés à la réalité du public.... qui nous empêche de faire aussi bien qu'on aurait voulu... et que malgré tous les écrits sur cette situation, cela s'aggrave ... Là aussi les préjugés ont la vie dure : les IDEL gagnent plein d'argent, etc... Qui parle des charges, des 90 jours de carence maladie suivis de 47 euros / jours, des frais de voiture qui succombe à 100 kms/jour sur les vieilles routes étroites et cabossées, la boue, les arrêt-démarrages 50x/jour..

lisouk

Avatar de l'utilisateur

5 commentaires

#4

arrêt études

Je vous confirme que j'arrête les études d’infirmière après 2 ans avec des notes honorables. La formation est en décalage permanent avec la pratique, on nous bassine à longueur de temps d'être à l'écoute envers les patients, la hiérarchie et pour nous : pas le droit de se plaindre! comme si on avait signé pour en chier!
la profession? ne rien dire, ne pas râler, baisser la tête, ne pas être payer, ne plus avoir de congés car on est rappelé pour revenir bosser, aller au travail à heure pile mais en ressortir à? on ne sait pas trop juste quand la relève arrive mais rien n'est sûr.. en stage, le personnel n'est déjà pas assez nombreux et il doit former en plus des étudiants : chose impossible, tout est fait à la va vite. et on nous dit en formation que c'est notre faute, que nous ne nous faisons pas assez entendre: encore de notre faute...marre de cette hypocrisie, marre de ce système de santé à la con, marre de cette politique de merde.

coe2

Avatar de l'utilisateur

25 commentaires

#3

Rien n'a changé !

Je suis diplômée depuis 1979... et à 1o jours de la retraite.
Ce que vous dénoncez, je l'ai vécu, ainsi que mes collègues, que ce soit en tant qu'élève (nous n'étions pas des "étudiants") ou qu'infirmière D.E. quel que soit le service.
J'ai toujours pensé que la situation évoluerait avec nos combats et les années. Les croyances ont la vie dure (infirmière, bonne sœur, nonne et conne, sans parler de l'infirmière sans rien sous a blouse, etc !!). Le pire est que, encore à ce jour, c'est la profession qui engendre ce "concept", avec des collègues diplômés, parce qu'ils en ont bavé, en font voir de toutes les couleurs aux étudiants, avec des "cadres", pas toujours dans l'empathie ou à l'écoute (voire leurs compétences !), avec des patients pas toujours dans le respect de l'autre, avec des dirigeants ou médicaux qui croient être au-dessus des lois et de la bienséance!!!.
Je pense que la profession est mal comprise chez les jeunes qui envisagent ces études, parce que "l'on ne nous pas tout!!" et surtout pas la réalité.
A chacun de s'approprier ce métier, vouloir être un vrai professionnel respecté, c à d être au top de la technicité, de la relation.
Personnellement, je me suis autant battue pour apprendre mon métier, que pour me faire respecter
Bon courage

saxopiano

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#2

Étudiants dangers

Je suis la maman d une étudiante ifsi. Je suis d accord sur la maltraitance envers les etudiants. Nombre d entre eux sont en dépression ou pire abandonnent en dernière annee. Je ne parle pas des stages non valides pour délit de sale gueule et non sur le travail realise. Redoubler ou refaire des stages uniquement au bon vouloir de certains tuteurs quand ce n est pas les formateurs qui règlent des comptes au travers de la CAC. Il est temps de faire remonter ces nombreux dysfonctionnements dont nos futurs soignants patissent

eusèbe

Avatar de l'utilisateur

438 commentaires

#1

?

" Gageons que la profession infirmière saura s'unir pour faire valoir ses revendications car la pénibilité n'épargne aucune spécialité, ni même les étudiants."
Il y a un message caché ?