PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Edito - #SiJavaisSu…

Depuis quelques années, on ne peut que le répéter, les soignants sont confrontés à des situations de plus en plus compliquées. Médecins, internes, aides-soignants, sages-femmes… tous souffrent de voir leurs valeurs soignantes malmenées par un système où pression et rentabilité remplacent plaisir de soigner et humanisme, jusqu'à mettre enjeu la sécurité des patients…  De jeunes professionnels livrent ici leurs témoignages et expriment leurs angoisses avec une question récurrente : comment continuer à exercer ainsi ?

Si j'avais su

Guérir vite, libérer des lits toujours plus vite pour faire du chiffre… soigner… comme l'on peut.. mais jusqu'à quand ?

Homme ou femme, ils ont moins de 30 ans et travaillent dans le domaine de la santé. Médecins, internes, aides-soignants, infirmiers ou sages-femmes, ils sont confrontés aux réalités d’un système de santé français qui n’est pas à la hauteur de leurs attentes, épuisant son personnel et incapable de livrer des soins de qualité. Ce message, c’est aussi celui passé par la voix de Sabrina Benali, interne en dernière année de médecine . D’ailleurs, dans une vidéo, postée le 24 février 2017 (cf. video ci-dessous), elle dénonce un sacré mépris pour les usagers et les soignants du ministère de la Santé et du gouvernement face aux revendications de ces derniers ; des revendications qui, hélas, après la mobilisation du 7 mars, resteront sans réponses

Une mentalité contraire à mon éthique...

Je suis infirmier, jeune diplômé depuis un an. Et je rencontre déjà bien des difficultés : une disponibilité totale exigée, peu importe le planning établi, des contrats précaires ou des CDI aux clauses abusives que l’on signe par crainte du chômage, moins de personnel en service, des étudiants qu’on ne forme plus aussi bien, faute de temps, mais qui sont bien utiles, peu de moyens pour toujours plus de responsabilités et de fonctions attribuées. Les objectifs sont simples : guérir vite, libérer des lits toujours plus vite pour faire du chiffre ! Cette mentalité est contraire à mon éthique et j’espère retrouver rapidement le caractère humain, qui commence à manquer dans les hôpitaux.

Guérir vite, libérer des lits toujours plus vite pour faire du chiffre !
Raphaël*, infirmier, 27 ans

Si j'avais su

Un métier où la pression et la rentabilité dominent...

Sage-femme diplômée depuis 3 ans, je travaille dans le milieu hospitalier depuis 7 ans. J’ai vu que ce beau métier de passion était en réalité un métier où la pression et la rentabilité dominent. Faire toujours mieux, toujours plus vite, c’est donc le faire de moins en moins bien physiologiquement… Même si on fait toujours de notre mieux, on est de plus en plus stressé et angoissé. Du coup, les patientes sont de plus en plus demandeuses, suspicieuses et frustrées par leur prise en charge qu’elles ne comprennent pas toujours bien. Heureusement, la plupart du temps, tout se passe bien. C’est un des avantages de notre métier.

On est de plus en plus stressé et angoissé...
Manon*, sage-femme, 27 ans

Si j'avais su

L'épuisement qui nous rend malade…

Je suis infirmière. Je n’ai pas grand-chose à dévoiler, mais je peux dire qu’on tire beaucoup sur la corde, et, du coup, beaucoup de patients en pâtissent… On nous met une pression immense. Il y a déjà eu des erreurs à cause de ça, et donc beaucoup de personnels se mettent en maladie professionnelle. Conséquence : on nous demande de faire des heures supplémentaires, car ces maladies professionnelles ne sont pas remplacées. De ce fait, nous sommes tellement épuisés que l’on finit par être en maladie à tour de rôle !

Il y a déjà eu des erreurs à cause de ça…
Marine*, infirmière, moins de 30 ans

Moi aussi, Si j'avais su…

Si j'avais suEn prévision du 12 mai prochain, Journée internationale de l'infirmière, cet article nous donne l'envie de vous soumettre, malgré la situation préoccupante que connaît l'ensemble de la profession infirmière ici en France, une idée et, on l'espère l'envie d'y répondre… Alors oui, bien sûr, la profession est en souffrance, les revendications pourtant largement véhiculées aux tutelles restent ignorées, les projections d'avenir sont quasi nulles, le moral est en berne mais quand même, tout espoir n'est pas perdu, c'est du moins ce que l'on espère. Dans cet esprit, adressez-nous, selon le modèle #SiJavaisSu votre photo dédicacée… Nous aurons plaisir à partager, le 12 mai, toutes celles que nous recevrons et nous ne doutons pas de l'imagination qui vous permettra de composer un petit texte plein d'humeur, d'humour et de créativité ! Merci d'avance. Allez, lancez-vous !

Bernadette FABREGAS, rédactrice en chef infirmiers.com 

*Les prénoms ont été modifiés

Cet article a été publié sur le site Respect Mag – La société sans cliché le 13 mars 2017. Merci pour ce partage.

Publicité

Commentaires (1)

Alsete

Avatar de l'utilisateur

7 commentaires

#1

Délire économique

J'ajouterai que cette situation d'intensification de la charge de travail est générale : elle touche tous les secteurs économiques, de la production aux services de santé, d'éducation...

Récemment j'entendais un ouvrier de chez PSA qui expliquait que sur sa chaîne de montage, il devait aller chercher la pièce en se retournant et en faisant deux pas, désormais la direction a installé un tapis qui lui apporte la pièce pour gagner du temps et produire quelques véhicules de plus (après avoir licencié 17 000 ouvriers en 3 ans). Il protestait contre ce dispositif car il avait besoin de faire ces pas pour changer de position, pour son tonus musculaire, mais la direction n'a rien voulu entendre. Il doit maintenant rester vissé à son poste face à sa chaîne pendant des heures sans pouvoir se remuer les jambes. On en est là : la rentabilité au mépris de la santé des salariés.

Ont été supprimés 22 000 emplois à l'hôpital pour économiser 860 000 €. En 2016, les 40 entreprises du CAC40 ont engrangé 76 milliards, soit l'équivalent de 1,5 millions d'emplois, qui auraient pu être créés à l'hôpital et ailleurs.

Un jour il faudra bien faire marche arrière dans cette démence économique, mais ce ne sera pas sous forme d'un cadeau. Une fois de plus il faudra se battre et arracher de nouveaux acquis sociaux pour cesser de reculer. Il faut trouver le moyen de faire entendre nos exigences, de partager le travail entre tous, de recevoir un salaire décent, à la hauteur de notre rôle social.