RECHERCHE

Conduire une réanimation pédiatrique en présence des parents

Cet article fait partie du dossier :

Recherche en soins infirmiers

Trois infirmières de réanimation pédiatrique de l'hôpital Necker à Paris nous livrent une ébauche de réflexion peu développée jusqu'alors : quel est le bénéfice de la présence parentale lors de la réanimation active d'un enfant ? Cette question souvent douloureuse mérite en effet d'être posée, ce qui a été le cas lors du 41ème Congrès de la Société de réanimation de la Langue Française.

Nourisson réanimation pédiatrique présence des parentsL'admission en service de réanimation pédiatrique est toujours un grand choc pour l'enfant mais peut-être plus encore pour ses parents. Au cours de ces dernières années, les conditions d'accueil et de prise en charge réanimatoire d'un enfant se sont nettement améliorées. La présence continue des parents auprès des enfants est aujourd'hui largement à favoriser. En effet ils assistent et participent régulièrement aux actes de soins quotidiens et sont parfois présents lors d'actes invasifs, voire même au décours d'une réanimation suite à un arrêt cardiaque.

L’accueil

« Parce que l'arrivée dans un service de réanimation pédiatrique génère inquiétude, stress et angoisse pour les parents et l'enfant, nous avons établi une démarche commune d'accueil de la famille afin de réduire cet état émotionnel » nous explique Christelle. « Lors de l’installation de l’enfant dans sa chambre, un soignant se détache pour présenter le service et remettre le livret d’accueil aux parents. Dans le même temps nous leur communiquons le numéro de téléphone direct qui leur permettra d'appeler le service à n’importe quel moment du jour ou de la nuit pour avoir des nouvelles. Nous spécifions également que les visites sont autorisées pour les seuls parents 24H/24H et 7J/7J (possibilité d'élargir ces visites à l'entourage proche) et qu'ils peuvent participer aux soins s'ils le désirent (aide à la toilette, nursing...). De plus, un premier entretien d’information entre les parents et l’équipe soignante est réalisé très vite dès que l'état de santé de l'enfant le permet. L’objectif de cet entretien est d’établir un climat de confiance. Les risques potentiels sont annoncés et des entretiens réguliers sont programmés dans les jours qui suivent. »

Durant la réanimation

Lors d'un arrêt cardiaque notamment, chaque soignant a un rôle défini dans la prise en charge de l'enfant. « En effet, souligne Emmanuelle, la majorité d'entre nous a bénéficié d'une formation commune aux gestes de réanimation avancée néonatale et pédiatrique (RANP). Si les parents sont présents dans la chambre de leur enfant lors d'une décompensation vitale quelconque nous leur demandons s’ils souhaitent rester durant la réanimation. Et dans ce cas une personne de l’équipe doit rester près d'eux et leur expliquer ce qui se passe. Dans le cas contraire ils sont rapidement accompagnés en salle d'attente. Cependant... les choses ne sont pas toujours simples, les soignants peuvent être déstabilisés (peur d'être jugés) par cette présence et dans des cas précis préférer que les parents sortent quand même. Soulignons que cette présence parentale lors de la réanimation d'un enfant reste novatrice dans le service et en France. Elle suscite bien des débats entre nous et mérite d’être encadrée pour un bénéfice certain. »

Après l'épisode aigu

Après l'épisode aigu, les parents sont revus en entretien et sont informés sur les éventuels changements thérapeutique et leurs évolutions possibles.
« Notre réflexion s'appuie sur des études nord-américaines réalisées sur la présence parentale lors de la réanimation d'un enfant, explique Ouarda. En effet, ces travaux ont mis en évidence différents ressentis selon la prise en charge.

  • les parents présents et accompagnés expriment un soulagement. Ils sont témoins de nos actes et ont pu voir le travail de l'équipe, que tout a été fait pour la survie de leur enfant. Si l'enfant décède, ils ont néanmoins une vue « réaliste » de la situation ce qui semble les aider à débuter le processus de deuil ;
  • pour les parents présents non accompagnés par un soignant ou absents lors de l'épisode, l'anxiété est majorée, ils ont plus de mal à débuter leur processus de deuil. Ils peuvent alors rester sur des interrogations et se demander si tout a vraiment été mis en œuvre pour la survie de leur enfant d'autant s'il vient à décéder. »

En cas de décès

Un temps est alors laissé aux parents pour se recueillir auprès de leur enfant, dans la chambre, le plus souvent en présence d'un médecin et d'une infirmière. Ils pourront s'ils le souhaitent participer à la toilette et aux soins post-mortem. A distance, lors d'un ultime entretien et pour les accompagner mieux encore, un livret de deuil élaboré en partenariat avec l'association « main dans la main » leur est remis. Ce livret comprend toutes les formalités et coordonnées administratives nécessaires et utiles après un décès.

En conclusion

« A ce jour, et au vu de ces quelques expériences partagées et premières réflexions élaborées, nous n'avons pas de protocole formel pour ces situations délicates dans le service. Si nous avons choisi de nous intéresser à ce sujet en observant et en discutant de nos pratiques, c'est pour tenter d'établir une ligne directrice de prise en charge des parents pendant la réanimation de leur enfant. Ces observations ont en effet permis de mettre en évidence quelques points essentiels pour un meilleur vécu de tous de ces moments difficiles. Ils ressort de notre expérience que les parents expriment le plus souvent le besoin d'être présents et soutenus lors de la réanimation de leur enfant. Ils ont en effet le sentiment d'accomplir leur rôle, sentent que leur place est nécessaire et bénéfique pour leur enfant. Cette présence parentale n'est néanmoins envisageable qu'avec une parfaite cohésion d'équipe. Nous pensons donc qu'il faut encore réfléchir à une méthode commune d'accompagnement des parents après une plus longue observation, dans le but d'affiner, enrichir et uniformiser nos pratiques. Des retours d'expériences de nos pairs seraient également précieux ».

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Ouarda Cedrati ; Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Christelle Le Floch ; Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Infirmières en réanimation pédiatrique et néonatale, hôpital Necker, Paris

Publicité

Commentaires (6)

aure13700

Avatar de l'utilisateur

2 commentaires

#6

D'accord

Il est très important pour un parent de pouvoir rester et accompagner son enfant dans le soin prodigué à son enfant. Même si certains soins ne peuvent être pratiques en leur présence (certains soins stériles).
Les parents ont besoin de savoir à tout moment ce qu'on fait à leur enfant et connaître les axes de progrès lorsqu'il y en a même s'ils sont infimes. De même le fait d'être concernés par les soins permettent de se sentir parent et de participer à la prise en charge de son enfant. Ils peuvent par exemple aider au change et à la toilette.
De plus l enfant ressent la présence de sa mère ou de son père et on peut noter une petite amélioration de leur état lorsqu'ils sont la en contact avec lui.

Manon213

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#5

Mémoire...

Bonjour,
Je suis étudiante puer cette année et je viens aussi de Necker, mais en réa Cardio et j'avais envie de faire mon "mémoire" ou Projet Professionnel sur ce thème, encore très général...
En effet, dans mon ancien service les visites sont fixés de 15h à 19h et les soins sont concentrés avant cela... pour permettre aux parents d'avoir plus de temps "calme" avec leur enfant... il nous arrive cependant de les faire sortir pour des soins type séance de kiné ou aspiration sur un enfant instable, sachant en effet qu'une réanimation est possible.
Je m'interroge sur ces pratiques et suis agréablement surprise de voir que d'autres essayent de changer les choses...'aimerai beaucoup pouvoir en discuter avec l'un(e) de vous à l'occasion.
En tous cas, merci pour cette publication

Hodrey

Avatar de l'utilisateur

42 commentaires

#4

Pourquoi pas ?

" Cela dit, je ne détiens pas la vérité. "

et moi non plus :)

moutarde

Avatar de l'utilisateur

354 commentaires

#3

Pour moi, c'est non.

J'ai exercé pendant plus de 12 ans en réa pédiatrique. Il y a des réa qui ne se passent pas super bien avec des soignants pas forcément "à l'aise" et le patient (quel que soit l'âge) réanimé n'est pas forcément "beau" à voir.
Je reste sceptique notamment en ce qui concerne les jours (et les nuits), les semaines, les mois et les années qui suivent cet épisode tragique et où les parents se retrouvent seuls avec eux mêmes.

Cela dit, je ne détiens pas la vérité.

Hodrey

Avatar de l'utilisateur

42 commentaires

#2

Et pourtant...

je l'ai vécu dans ce service à 3 reprises avec des parents qui ont demandé à rester et le plus souvent c'est parce qu'il se trouvait déjà dans la chambre. Il est nécessaire (voire indispensable) qu'un soignant puisse expliquer ce qui se passe. Sinon les quelques expériences sont au nombre d'une quinzaine.

moutarde

Avatar de l'utilisateur

354 commentaires

#1

Bizarre...

Cela ne me viendrait même pas à l'idée ni en tant que parent ni en tant que soignant quel que soit l'âge du patient.

« A ce jour, et au vu de ces quelques expériences partagées..." ==> Combien ?