DOCUMENTATION

L'urgence cardiaque en entreprise : une organisation structurée pour gérer efficacement une situation de crise

PARIS, Janvier 2004 (Reuters santé) - L'urgence cardiaque en entreprise ne diffère pas de l'urgence cardiaque en général, à ceci près : un entourage qui pourra donner l'alerte, appeler les secours ou mieux, la présence d'un médecin sur place qui connaît l'état pathologique du malade, organise les urgences, ou encore celle de sauveteurs secouristes formés aux gestes qui sauvent.

Ce thème fait l'objet d'un article documenté dans la revue "Coeur et Santé" du mois de novembre-décembre 2003.

Le médecin du travail a également le rôle d'organiser les secours et de former des sauveteurs secouristes du travail. Toutes les entreprises ne bénéficient malheureusement pas d'un service médical dans ses locaux. Le Code du travail imposant, en effet, la présence d'une infirmière dans une concentration de plus de 200 personnes, la médecine du travail concerne uniquement les entreprises de grande envergure.

Devant une personne victime d'un malaise, "tout réside dans l'alerte rapide et les gestes de base effectués précocement par le médecin secouriste du travail. Dans le cas d'un arrêt cardiaque, si aucun geste n'est effectué dans les 4 à 5 minutes, l'équipe du SMUR, une fois présente, ne pourra plus rien...".

Il faut donc donner l'alerte au service médical de l'entreprise qui sera l'interlocuteur privilégié du SAMU Centre 15 ou, en son absence, appeler directement le 15.

En amont de l'intervention du SAMU, différentes interventions sont possibles :

  • en cas d'arrêt cardiaque, effectuer les gestes de premier secours comme un massage cardiaque avec ventilation, défibrillation si habilitation à un tel geste et si présence d'un défibrillateur semi-automatique ;
  • si le malade est conscient, l'accompagner à l'infirmerie, l'installer en position de confort et le rassurer ;
  • faciliter l'accès et le guidage de l'équipe du SAMU : "chaque minute écoulée fait perdre 10% du pronostic dans le cas d'un arrêt cardiaque".

LE RÔLE CLÉ DU MÉDECIN DU TRAVAIL

L'urgence cardiologique constitue l'une des urgences auxquelles le médecin du travail est formé et recyclé. Sa connaissance du dossier médical et d'éventuels antécédents, son évaluation, l'électrocardiogramme qu'il faxe au régulateur participent à la préparation d'une intervention du SAMU.

Le Dr Marie-Josèphe Devaux, médecin du travail interentreprises évoque l'équipe pluridisciplinaire qui l'entoure dans la gestion de 300 salariés du MEDEF (Mouvement des Entreprises de France), exposés au stress, à la sédentarité et aux voyages. "Outre un ergonome, nous disposons de trois cardiologues référents, l'un en cardiofréquence-métrie, l'un de l'hôpital Pitié-Salpêtrière (Paris) en lecture rapide de l'électrocardiogramme, ainsi qu'un cardiologue formateur. A défaut de médecin, l'infirmière prend le relais via un protocole bien défini. Tous les agents de sécurité du MEDEF ont par ailleurs leur brevet de secourisme (brevet SST)", indique-t-elle.

L'établissement de protocoles est essentiel dans le cadre de l'urgence cardiaque. En l'absence de médecin, l'infirmière est autorisée à dispenser des soins personnalisés, pratiquer un électrocardiogramme et le faxer au SAMU. En outre, lorsqu'un protocole d'accès existe, prévoyant l'accueil des secours (adresse de présentation, agent chargé de guider l'équipe du SAMU vers la victime), l'intervention est d'autant facilitée et rapide.

Par ailleurs, si un problème cardiaque intervient dans une zone à risque, telle qu'une centrale nucléaire, avec impossibilité d'y pénétrer pour les urgentistes, le médecin du travail est chargé d'évacuer la victime de la zone contaminée. Dans ce cas, le protocole prévoit la sécurité et le transport du malade.

Cette organisation en cascade (médecin du travail-infirmiers SST-SAMU) est facteur d'immédiateté en cas d'urgence, selon le Pr François Conso, coordinatrice de l'enseignement spécialisé de médecine du travail pour l'Ile-de-France (Faculté Cochin-Port-Royal, Paris). Reste à insister sur les consignes préventives, encore trop souvent négligées, auprès de tout salarié : "savoir quand et comment appeler le SAMU, savoir réaliser les gestes de secourisme de base et notamment la réanimation cardio-pulmonaire", souligne-t-elle.

"La formation de base des médecins du travail comporte une formation hospitalière aux urgences. Les stages de recyclage sont quasi-exclusivement réalisés au sien du SAMU. Ces médecins participent également à un cycle de sauveteurs-secouristes : formés aux gestes qui sauvent (massage cardiaque, intubation...) pour ensuite former les salariés", explique la spécialiste.

"L'urgence cardiaque représente 50% des interventions SMUR en entreprise", commente pour sa part le Dr François Templier (SAMU 92-SMUR Garches, hôpital Raymond Poincaré). "Si la situation d'arrêt cardio-respiratoire est une situation d'urgence absolue, elle reste peu fréquente mais justifie une prise en charge optimale d'emblée (d'où l'intérêt d'apprendre les gestes qui sauvent). La douleur thoracique typique d'un infarctus ne doit pas non plus entraîner de retard de prise en charge SMUR, afin de mettre en route au plus vite une stratégie de désobstruction coronaire", commente-t-il.

Selon lui, l'intérêt d'un sauveteur secouriste du travail ou d'un médecin du travail sur place, pour le médecin régulateur du SAMU, est de disposer d'un interlocuteur capable de lui fournir des données fiables, ainsi que d'un électrocardiogramme. Son choix pour adapter le type de réponse à la situation se trouvera ainsi facilité : SMUR, moyen de transport sanitaire simple, voire avis médical. "En outre, sur conseil du régulateur et selon le type de personne présente, des soins pourront être délivrés en attendant le SMUR : depuis des gestes secouristes jusqu'à l'administration de médicaments par l'infirmière ou le médecin", poursuit-il.

LE DÉFIBRILLATEUR SEMI-AUTOMATIQUE : INTÉRÊT D'EN DISPOSER SUR PLACE

La mise à disposition, sur place, d'un défibrillateur semi-automatique permet de garantir la permanence de personnes habilitées à l'utiliser, en tenant compte du court délai dont elles disposent entre l'arrêt cardiaque et la défibrillation.

La discussion actuelle porte sur sa justification dans une concentration massive, par exemple, à la gare du Nord où transitent plus de 500.000 personnes par jour.

L'intérêt en est l'immédiateté, c'est-à-dire "de se trouver là où surgit un arrêt cardiaque"./ajr

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