HUMOUR

Amour, gloire et bétadine : plutôt "bisounours" ou "casse-bonbon" ?

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Humour

Dans sa nouvelle chronique déjantée, Didier Morisot propose un test d'évaluation psychologique afin que les soignants évaluent leur résistance au stress en milieu hospitalier. En bref, faites-vous partie du clan des « bisounours » ou de celui des « casses-bonbons » ? Pour le découvrir, faites le test !

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En milieu hospitalier, êtes-vous plutôt « bisounours » ou « casse-bonbon » ?

Chers collègues, dans le cadre du dépistage de l’épuisement professionnel, Amour, Gloire et Bétadine est heureux de vous proposer cet outil d’évaluation scientifique, fruit de nombreuses années d’études et de multiples enquêtes en milieu hospitalier. Chaque infirmier(e), j’espère, se retrouvera dans ces divers scénarios où mon but a été de refléter la complexité de notre profession. J’invite ainsi le lecteur à noter la lettre A, B ou C correspondant le plus souvent aux situations évoquées à chaque item. Un récapitulatif personnalisé conclura logiquement le test en renvoyant chacun au profil psychologique qui est le sien.

  • 1. Vous avez couru pendant huit heures et vous prenez, enfin, cinq minutes pour vous asseoir. Le DRH (qui ne vient JAMAIS dans le service) débarque à ce moment-là. Il vous salue : « Bon, tout va bien, à ce que je vois… ».  Quelle est votre réaction ?
    • A. Vous ouvrez vos chakras en mettant vos émotions à distance.
    • B. Vous vous roulez par terre en pleurant à chaudes larmes (37,2 ° Celsius, mais chaudes quand même).
    • C. Vous passez à l’acte, risquant ainsi de passer les vingt prochaines années en milieu carcéral.
  • 2. Qu’évoque pour vous la « pantouflose râclante » ? 
    • A. Une maladie tropicale.
    • B. Un diagnostic infirmier pondu par un théoricien surdosé en cannabis.
    • C. Une expression imagée pour dire que, une fois à la maison, vous traînez la savate tellement vous êtes fatigué(e).
  • 3. Votre fille, votre fils, envisage de passer le concours pour rentrer à l’IFSI. Comment réagissez-vous ?
    • A. S’opposer à son projet est inutile. Vous l’accompagnez dans sa démarche en serrant les fesses. Cela dit, c’est l’heure du dîner et vous préparez la salade. Vous en profitez pour placer quelques noisettes à l’endroit ainsi sous pression afin d’avoir de l’huile pour la vinaigrette.
    • B. Apparemment, il ou elle aime les contacts ; vous lui conseillez un métier tout aussi relationnel, mais moins stressant : cascadeur, dompteur de fauves, casque bleu au Proche-Orient…
    • C. Les grandes douleurs sont muettes. Vous ne dites rien.
  • 4. Trop de travail… vous n’avez pas le temps d’aller aux toilettes ; comment gérez-vous la situation ?
    • A. Bof… c’est une question d’habitude.
    • B. Vous pestez intérieurement, mais vous évitez surtout de pencher la tête en avant car vous avez les molaires qui baignent.
    • C. Trop c’est trop : vous envisagez de vous faire poser une sonde à demeure reliée à une poche fixée (discrètement) sur la cuisse.
  • 5. Le surmenage… vous remuez le café avec votre stylo, tandis que votre petite cuillère est soigneusement rangée dans la poche de blouse. Réaction ?
    • A. Tout s’éclaire ; vous comprenez maintenant pourquoi vous n’arriviez pas à écrire tout à l’heure, sur le cahier.
    • B. Vous décidez d’arrêter le café.
    • C. En fait, non, vous ne comprenez pas. Pire, le problème s’aggrave : le téléphone sonne et vous décrochez la banane qui est devant vous, sur la table.
  • 6. Réunion de planning calamiteuse : vos vacances d’été sont repoussées à l’automne. Comment prenez-vous la chose ?
    • A. Le réchauffement climatique s’accélère, vous espérez donc pouvoir bronzer sur votre plage bretonne préférée, au mois d’octobre.
    • B. Haussement d’épaules en pensant aux dernières factures ; de toute façon, votre budget vacances a déjà implosé en vol…
    • C. Vous demandez un arrêt de travail en invoquant une crise de néo-baboulite pharyngée (en français courant, « avoir les boules »)
  • 7. Ça y est, vous êtes tous les deux d’accord : vous avez décidé de faire un bébé ! Cela dit, les arrêts maternité sont déjà nombreux dans le service, ce qui torpille les plannings et agace la hiérarchie. Cela influence-t-il votre décision ?
    • A. Oui, car vous n’êtes pas titulaire. Le soir prévu, vous téléphonez donc à votre cadre avant de passer à l’acte, afin qu’il valide la pertinence du projet.
    • B. Oui et non ; en fait, lorsque vous avez évoqué ce contexte professionnel devant votre conjoint, il vous a regardé avec des grands yeux tristes et a perdu une grande part de sa motivation. Et il a fini la soirée chez un de ses potes, à boire de la bière devant un  match de foot.
    • C. Non ! Et d’ailleurs votre chéri est interdit de football car vous envisagez d’avoir dix enfants, voire davantage, en anticipant le plaisir que vous aurez à annoncer chaque nouvelle grossesse au bureau du personnel. 
  • 8. Grand moment de solitude alors que vous êtes de nuit : le casse-croûte se résume à une salade verte noyée dans l’huile de colza, une sardine en phase terminale et un œuf dur en coma dépassé. Comment réagissez-vous ?
    • A. Tiens ! Et si j’organisais « un dîner presque pourri » ?
    • B. Vous remplissez une fiche d’événement indésirable (la 153ème depuis le début de l’année) pour dénoncer une nouvelle tentative d’empoisonnement.  
    • C. Vous allez dans le bureau du cadre pour cacher l’œuf dur dans la tringle à rideaux, objet ayant la bonne idée d’être creux. Effet (olfactif) retard garanti.
  • 9. Vingt ans de service ! Vous avez droit à la médaille du travail et à une récompense à la hauteur de vos mérites : une chaleureuse poignée de main et un magnifique objet souvenir (un cendrier en porcelaine « made in Malaysia »). Cette cérémonie vous satisfait-elle pleinement ?
    • A. Oui : ému(e) aux larmes, vous êtes même bouleversé(e) par tant de reconnaissance. Ce qui vous vaut un cadeau-bonus, une boite de mouchoirs en papier ; elle est pas belle, la vie ?  
    • B. Oui et non, dans la mesure où vous demandez le montant de la prime associée à l’événement, ce qui déclenche une (violente) quinte de toux parmi les autorités compétentes.
    • C. Et ta sœur, elle choisit ses cadeaux de Noël à la déchetterie ? En fait, vous n’assistez pas à la soirée car vous craignez de lâcher une parole malheureuse (genre, « tu veux savoir où tu peux te le mettre, ton cendrier ? »)
  • 10. Problème logistique en lingerie : pénurie de blouses pour tout le personnel. Que faire ?
    • A. Pragmatique, vous doublez la dose d’eau de Cologne afin de cacher cette odeur qui flirte dorénavant avec celle d’un répulsif pour chacals.
    • B. Vous piquez la blouse de Simone (en repos) qui sera donc obligée de piquer celle d’Agnès qui empruntera à son tour celle de Françoise qui taxera celle de Marie-Claude…  
    • C. Vous envisagez de travailler sans blouse, et sans vêtements civils, afin d’alerter la hiérarchie sur le problème.
  • 11. Bon, le problème est réglé, vous avez des nouvelles tenues. Mais la lessive utilisée est trop corrosive et fait de gros trous dans le tissu. Alors ?
    • A. Vous adorez les chiens et vous êtes fan de Walt Disney : vous mettez un polo noir sous la blouse afin de ressembler à un dalmatien.
    • B. Vous demandez la marque de la lessive afin de ne surtout pas acheter la même. Hélas, c’est écrit en chinois et personne ne peut vous renseigner. Seul signe identifiable : une tête de mort et des fémurs croisés.     
    • C. Vous agrandissez les trous pour que ces maudites tenues soient retirées de la circulation. Problème, vous êtes maintenant en haillons et vous ressemblez à un acteur du film « le retour des zombies», ce qui perturbe certains patients.
  • 12. Problème d’organisation à l’IFSI : ce matin, il y a six étudiant(e)s en stage dans le service, et vous commencez à vous grimper sur les pieds. Comment gérez-vous la situation ?
    • A. Même pas peur : vous mettez des chaussures de sécurité pour protéger vos orteils. Et toc.
    • B. Vous tirez au sort ceux qui auront le droit de faire un pansement ou de toucher un cathlon, en privilégiant toutefois celui ou celle qui a eu la bonne idée d’amener les croissants pour la pause.   
    • C. Vous faites dans la provocation : vous installez les étudiant(e)s autour d’une table, aux vues de tout le monde, et vous organisez une séance de coloriage ainsi qu’un atelier « colliers de nouilles. »
  • 13. La chaudière a encore lâché, il fait 12 ° C dans le service. Réaction ?
    • A. Vous mettez les moufles (rangées sous les chaussures de sécurité).  
    • B. Vous affichez des posters d’ours blancs, des photos de banquise, et vous expliquez aux patients que l’hôpital est jumelé avec celui d’Urbinglokhüsk - au Groenland - une délégation eskimo devant arriver d’un instant à l’autre.
    • C. Cette baisse de température vous inquiète : redoutant un gel des salaires, vous organisez une manif sous les fenêtres du directeur.
  • 14. Le service est en proie à « l’accréditation », et vous devez valider sur le papier des protocoles que vous ne pouvez appliquer au quotidien, car irréalistes. Comment gérez-vous ce décalage entre la théorie et la pratique ?
    • A. Bof, on a l’habitude… car (ce n’est pas un scoop) si dans notre pays on appliquait la loi, ça serait la révolution…
    • B. Vous rappelez à votre hiérarchie d’autres protocoles, d’autres règlements, tels que l’interdiction d’être en poste du soir un jour, et du matin le lendemain. Ce que vous faites pourtant régulièrement, dans la joie et la bonne humeur.
    • C. Afin d’être en phase avec la procédure d’accréditation, vous demandez une formation « intra-rectale à visée coléoptère ». En fait, vous voulez apprendre à sodomiser les mouches.
  • 15. Votre demande de faire l’école des cadres est enfin acceptée et vous avez signé le contrat. Mais il y avait un deal et vous l’apprenez au moment de sortir du bureau du DRH : remplir la fonction pendant un an, dans un service qui a déjà eu la peau de trois cadres intérimaires. Comment prenez-vous la chose ?
    • A. Banco ! Vous en avez vu d’autres. Vous êtes même peut-être marié, avec plusieurs enfants à charge : vous ne craignez plus rien !
    • B. Des bribes de catéchisme remontent à la surface… vous pensez à Daniel dans la fosse aux lions, épreuve dont il s’est finalement très bien sorti. Bon, ça devrait bien se passer…
    • C. Vos références ne sont pas bibliques mais historiques, et vous ne pensez pas aux lions mais aux gladiateurs. Bref, pour vous c’est « Ave Caesar, morituri te salutant… », le genre de phrase qu’on prononce une seule fois dans sa vie (plutôt vers la fin…)

Résultats

  • Lettre A dominante

    Personnalité néo-bisounours antiadhésive. Pour supporter notre monde de brutes, vous avez choisi de faire bon accueil à des situations que beaucoup de gens trouvent insupportables et, par ailleurs, d’ignorer les plus pénibles. Les situations, pas les gens. Bref, les contrariétés glissent sur vous, sans vous atteindre en profondeur. C’est une force, mais également une source d’incompréhension possible lorsque notre entourage ne fonctionne pas de la même façon. En résumé, vous arriverez sans doute à vous entendre avec une personne de type B - décrite juste après - mais le challenge sera plus difficile avec le type C, votre exact opposé.

  • Lettre B dominante

    Personnalité lacto-engluée à tendance porcine. Les agressions extérieures activent des mécanismes de défense qui vous entraînent parfois en terrain mouvant. En clair, vous pataugez dans le yaourt, hésitant entre la dérision et l’agressivité. Une attitude qui interpelle votre hiérarchie et lui fait se demander - selon l’expression consacrée - si c’est du lard ou du cochon. Problème : le public concerné craint d’être pris pour un jambon, comparaison peu flatteuse qui, à la longue, peut vous porter préjudice.

  • Lettre C dominante

    Personnalité hélicoïdale fracto-arachidienne : en fait, vous partez en vrille à la première occasion et (contrairement au type B qui laisse place à l’ambiguïté) votre hiérarchie identifie très bien votre comportement et l’impact qu’il peut avoir sur elle : c’est limpide, vous lui cassez les cacahuètes. Attention : vous risquez d’aller dans le mur ! Pas dans celui de Berlin, car il est tombé depuis un bon moment. Ni dans celui du son car il faudrait déjà courir un peu plus vite, mais dans celui du rapport à l’autorité. En résumé, votre agressivité réflexe ne laisse aucun doute : vous êtes au bord de l’épuisement, voire en plein dedans. Pour en sortir, je vous conseille de vous détendre un peu en relisant, par exemple, les textes parus dans l’excellente rubrique « Amour Gloire et Bétadine » sur l’excellent site Infirmiers.com. Des textes écrits à la sueur d’un front ridé par tant d’années d’hôpital... on n’a pas des métiers faciles, c’est moi qui vous le dis.

Creative Commons License

Infirmierdidier.morisot@laposte.net

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Commentaires (8)

coe2

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21 commentaires

#8

Re...

Je l'avais bien compris; c'était un trait d'humour de ma part (bof!) !!!!
Pour cela, raconter ces situations avec humour aide, je l'espère, à prendre du recul et arrêter de "psychoter" à longueur de journée (ou de nuit)
Bon courage

dino

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#7

De la fiction ? Tu me vexes...

Ce que j'écris sur le site est certes caricatural, mais toujours en lien avec des situations vécues, ou du moins qui auraient pu l'être.
Bon, en l'occurrence j'ai quand même un peu chargé la mule, mais l'occasion était trop belle...
En tout cas, bonne retraite, coe2...

coe2

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21 commentaires

#6

plutôt rire que pleurer

S'il y bien une chose qui peut nous "sauver" dans notre profession, c'est bien l'humour et la dérision
Aurions-nous perdu au fil des années cet anti-stress ou c'est l'effet "Cat.A" qui nous a contaminé ?!!
Didier, ce test est basé sur des faits réels ou de la pure fiction ?
Parce que cela me rappelle étrangement des "faits divers et vécus" .......
A métier difficile, humour utile !
Merci Didier et continue.... histoire de bien me marrer à la retraite (dans 2 mois !)

binoute1

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#5

mea culpa

j'aurais dû vérifier

dino

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#4

Yes...

Certes, mais si j'enlève mes gros sabots et que j'enlève mes clichés j'arrête amour gloire et bétadine... d'un autre côté, il y a plein d'autres (excellents) articles plus sérieux qui parlent du métier, chacun peut donc s'y retrouver.
Sinon, j'ai vérifié dans le dico : "fourches caudines", ça ne va pas du tout comme expression, ce n'est pas adapté au contexte. L'humour à deux balles n'excluant pas la précision de langage, je prie notre aimable lectorat de nous pardonner cette imprécision linguistique.

binoute1

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#3

:)

merci.

ceci dti, autant ça peut être marrant,
autant en ce moment, les clichés à hue et à dia, ça commence à me fatiguer.
un peu de sérieux me rassurerait :)

dino

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#2

Pas de cliché, pas de lecteurs...

Bien sûr que ce "test" n'est qu'une série de clichés, c'est la condition pour s'identifier au machin. Cela dit, j'essaierai dans ma prochaine liste des nouvelles pathologies (si elle passe les fourches caudines de B.Fabregas) d'insérer deux ou trois passages pas déconnants du tout.
Bonne journée, binoute.
D.Morisot

binoute1

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320 commentaires

#1

cliché, cliché, cliché ....

et si à la 1e question, je peux répondre audit DRH : bonjour monsieur, oui, ça va, je peux enfin me poser 5 min. Et vous ça va ?

Pas facile à faire; moi, seulement maintenant j'y arrive (pas tjs certes).
Mais cette simple réponse n'est pas proposée.