HUMOUR

Amour, gloire et bétadine – La bécasse et le dindon

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Vous avez adoré ses abécédaires « caustiques », vous adorez désormais ses chroniques « déglinguées » que vous attendez avec impatience. L'infirmier Didier Morisot s'invite sur nos pages et, sans nul doute, nous sommes nombreux à partager le menu... Bon appétit avec aujourd'hui une chronique intitulée « La bécasse et le dindon » à la façon de La Fontaine... Décapant !

Rien ne sert de courir, il faut savoir cirer ;
Savoir cirer les pompes avec art et manière…
A quoi bon en effet se bouger le derrière
Si c’est, en fin de compte, pour être désavoué ?
Car c’est toujours la même histoire ;
On peut arpenter les couloirs,
Mouiller la blouse à en pleurer,
Tous vos efforts sont condamnés
A finir dans l’indifférence
Si vous manquez de déférence…

Une jeune bécasse, infirmière de métier,
Efficace, souriante, assidue au labeur,
Oubliait donc, ainsi, là était son erreur,
De chanter les louanges de son cadre infirmier.
Le dindon en question, pétri de vanité,
Attendait au tournant l’insouciante travailleuse,
L’occasion de châtier, enfin, la malheureuse ;
L’heure de la notation allait enfin sonner !
C’est en effet une tradition,
Au sein de l’Administration :
Les employés vont à confesse
Tous les ans pour se faire noter ;
On rit, on pleure, on est jugé
En serrant volontiers les fesses…
Notre amie la bécasse, pourtant, ne serrait rien ;
Elle avait, la bougresse, le postérieur en paix…
Mais pas toujours le reste, car elle se permettait
D’alerter le dindon en sonnant le tocsin :
« Bougez-vous la rondelle ou alors, à coup sûr,
C’est tout le poulailler qui va droit dans le mur ! »
Heureusement, la hiérarchie
Pouvait compter sur d’autres agents
Plus diplomates, plus complaisants.
La pintade en faisait partie ;
Elle avait en effet un don

Pour flatter notre ami dindon.
Elle caressait ses plumes bien dans le sens des poils,
Pratiquant ce lissage avec beaucoup d’ardeur.
Pour le coq, médecin, elle avait par ailleurs
Un attrait sur lequel nous jetterons un voile…
Mais précisons, quand même ; ce qu’elle pouvait donner
Sous le voile en question apportait en retour
Un statut bien à part : la reine de la basse-cour
Engendrait la prudence, la crainte et le respect…
Arriva donc, par le dindon,
Le moment de la confession ;
La pintade, toute auréolée
De son statut de favorite,
Prend connaissance sans plus tarder
De l’étendue de ses mérites :
Le dindon, très en verve, voit de la perfection
Dans l’oiseau méritant ; pour la récompenser
Il ouvre un large bec, laissant ainsi tomber
Une belle et jolie note en guise de conclusion !
Pour la suivante, le scénario
Est cependant bien différent
Car, dans son cas (c’est bien navrant),
Sa franchise est un vrai fardeau…

La bécasse aurait dû garder sa langue en poche
Plutôt que la sortir en faisant des reproches ;
Le dindon, rancunier, levant les yeux au ciel,
La noie sous la critique, rempli de mauvaise foi,
L’absence de pantalon la sauvant toutefois
De se faire violemment remonter les bretelles.
Mais il reste les bronches où il souffle dedans
Avant de congeler sa note pour très longtemps…

Le secret du bonheur ? Il faut, je vous l’assure,
Plutôt que travailler dans un état fiévreux
Choisir l’horizontal (et le choisir à deux),
Et lorsqu’on doit ensuite remettre les chaussures,
Cirer celles du voisin, surtout s’il est gradé ;
Vos mérites brilleront autant que les souliers…

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Infirmier en Saône-et-Loire
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Commentaires (10)

dino

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#10

...suis crevé...

Bonjour les gens, juste pour dire que les vacances c'est pas du repos ; huit jours de montagne, les randonnées le jour, la raclette le soir... l'organisme est soumis à rude épreuve. Mais ça fait un bien fou quand même. Et ça donne des idées pour écrire d'autres fables ; en Vanoise on aperçoit les marmottes gambader sur les névés. Certaines glissent même dessus ; j'écrirai bien un truc du style "la marmotte à qui on avait savonné la planche", l'histoire d'un(e) infirmiér(e) qui voulait changer de service et qui se retrouve en fait dans un autre où il ne voulait surtout pas aller ; ça vous rappelle quelque chose ?
Allez, il faut que j'y aille, j'ai la pelouse à tondre, la haie à tailler, les corses à faire, le courrier à poster, la voiture à entretenir, le repas à préparer, etc...

dino

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252 commentaires

#9

...enfin...

...coucou les gens, je réussis enfin à me connecter. Pas évident, jusqu'ici ; même si je suis au milieu des montagnes, la Silicon Valley est bien loin... bref, merci pour les commentaires, les encouragements, les critiques, tout ça tout ça... pour répondre à execho, non, tu n'as pas été blessante ; il en faut plus que ça pour malmener mon petit coeur. lol... ceci dit, macho et vulgaire ? Oui, bien sûr, au premier degré. Mais on ne peut pas donner de coups de pied dans la fourmilière à l'imparfait du subjonctif...
Et je dirai même que je suis capable d'écrire des choses bien pires que ça. Mais je me retiens un peu, les enfants pourraient tomber dessus par hasard...
...allez, bon weekend à tous, demain ça rigole pas ; le refuge d'Aussois, départ à l'aube. Ou disons vers les 11 h...

binoute1

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166 commentaires

#8

bravo !

comme d'hab', j'adore.
Je crois avoir connu le dindon. Mince étais-je une dinde ??

execho

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93 commentaires

#7

un peu juste moyen

pardon Dino,mais du coup je trouve ta fable un peu désagréable,un peu macho(mais c'est une impression ,j'ai pas de preuves),un peu trop vulgaire(je suis snob en fait),un peu réducteur,bref,c'est comme "l'appel à l'humanitude",ça écrase.Je pense que tu es ok pour un peu de critiques,j'espère ne pas avoir été blessante.

quichou13

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59 commentaires

#6

bravo

toujours aussi fin et bien tourné Didier, Bravo!
Il y a aussi: "comment démotiver ses employés en 12 mois" collection pour les nuls... j'ai testé, pas mal....

dino

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252 commentaires

#5

...en fait, je n'invente rien ; il suffit de regarder autour de soi...

...coucou les gens, merci pour vos commentaires... j'essaierai d'en écrire une autre d'ici quelques temps. J'ai déjà le titre ; "Le blaireau qui se prenait pour un aigle..."
...un ancien chef de service, pour tout dire. mdr : ce métier est une vraie mine d'or lorsqu'on cherche des sujets d'inspiration.
Maintenant, on va jouer à un jeu ; vous affichez ma petite fable dans votre hôpital et vous venez nous dire les réactions de la hiérarchie...
...non, je déconne. Faites pas ça, malheureux ; j'ai fait un truc dans le genre il y a quelques années, je vous raconte pas la soufflante. lol...
Bon, maintenant il faut que je fasse les bagages ; on part à la montagne dans une heure et mes affaires ne sont pas prêtes. Là aussi je risque une méga soufflante. bbrrr...

copycat

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22 commentaires

#4

bravo

très joli !
bravo !!

loulic

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183 commentaires

#3

délicieux.

Encore, encore !

gibreel24

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1 commentaires

#2

Trés bon

Merci pour cette petite fable toute mignonne ! Et tout ça est tellement vrai, même pas exageré...ou si peu que c'est négligeable.
Parfait !

dino

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252 commentaires

#1

Post-scriptum...

...juste pour dire que toute ressemblance avec des personnages réels, ou une situation que vous auriez déjà pu observer dans votre environnement professionnel, n'est absolument pas le fruit du hasard.
A part ça, n'hésitez pas à me dire si vous préférez une histoire d'ancien combattant "classique" ou une petite fable comme celle-ci ; le public est roi et je suis son humble serviteur...