Formateurs et directeurs d'Écoles paramédicales, indignez vous !

22.02.2011 | Mise à jour le 04.03.2011

Le rapport de l’IGAS sur la formation des cadres de santé provoque plusieurs réactions virulentes. Voici celle d’un ancien directeur d’IFSI.

Un nouveau rapport de l'IGAS1... et de quelle teneur

En tant que pédagogue et ancien directeur d'IFSI, je me suis particulièrement intéressé au paragraphe "2.1.5. La question des cadres formateurs". Un titre le plus adapté aurait été : "Des formateurs : pour quoi faire ?" La question se pose effectivement à la lecture des quelques pages qui leur sont consacrées. La principale préoccupation des rapporteurs semble être de les remettre dans le circuit des services hospitaliers compte tenu de la "raréfaction des ressources" et "d'affectations longues, voire de très longue durée sur des fonctions pédagogiques" ("que la commission a retrouvés dans plusieurs cas" - c'est énorme plusieurs cas sur plusieurs milliers !!??!). L'évaluation qualitative que les membres experts de l'IGAS ont réalisé2 montre que cette situation ne peut perdurer !

Les fonctions des formateurs, les compétences nécessaires pour accompagner les étudiants, la compréhension, l'appropriation et la mise en oeuvre des nouveaux référentiels, bref ! toutes les connaissances, les concepts sous jacents, l'approche par compétences, la gestion de l'alternance, la didactique, les méthodes, les outils, les techniques, tout ce qui fait la spécificité du formateur dans ce domaine se résume à un module de pédagogie dont le contenu énoncé est largement inférieur à ce qui est demandé à un cadre de "terrain"..., très loin des besoins des cadres formateurs et surtout des étudiants. Mais attention : "une formation d'adaptation à l'emploi COURTE sera instaurée "!
Eh ! oui, ce sont des « experts » qui préconisent cela ! De qui se moque-t-on ?

Sans doute, leur préoccupation première est la qualité de la formation pour accompagner 30.000 étudiants en soins infirmiers et les étudiants des autres filières paramédicales, formation qui devrait se faire à mi-temps et surtout ne pas durer plus de 3 ans !3
Mais que connaissez vous de la fonction pédagogique pour affirmer de telles inepties ?

Amener un étudiant à "devenir un praticien autonome, responsable et réflexif", qui "développe ses ressources", "apprend à reconnaître ses émotions", "développe une éthique professionnelle", établir "une pédagogie différenciée", développer "des stratégies qui aident l'étudiant dans ses apprentissages, organiser des parcours individualisés de formation, mettre en oeuvre des méthodes adaptées, aménager l'ingénierie de la formation, aider à l'autoévaluation de l'étudiant, construire un système d'évaluation adapté...4. Encore faudrait-t-il lire ce référentiel pour comprendre la position du formateur ! Mais est-ce l'objectif des auteurs du rapport ?

La très grande majorité des formateurs considère insuffisante la formation en IFCS comme celle des directeurs d'IFSI au sein de la Haute École de Santé (ce qui explique la demande d'une "formation spécifique plus longue ") ; conclusion : on la rétrécit ! Mais les formateurs pourraient suivre des formations complémentaires, dispensées sur leurs deniers et leur temps personnel ! De qui se moque-t-on ?

Une petite parenthèse sur la manière d'analyser les éléments (partiels) recueillis : "la mission a rencontré dans plusieurs cas....non évalué en nombre ", déduction "il ne semble ni souhaitable,...ni possible de le laisser perdurer". A l'inverse, " un certain nombre de cadres formateurs rencontrés ont fait valoir qu'une formation spécifique plus longue restait nécessaire", déduction : "la mission... ne partage pas cet avis". Pas sérieux tout cela ! « Plusieurs cas » est plus restreint que « un certain nombre » et la déduction est inverse ! Vous avez dit « experts en analyse » ? Heureusement que les étudiants n'étudient pas ces textes dans le cadre de l'initiation à la recherche !

La méconnaissance ou l'ignorance de ce qu'est un véritable tutorat est manifeste lorsque la mission indique que les formateurs "devront être plus systématiquement impliqués dans l'encadrement des stages". Il y a bien une activité des formateurs dans le cadre des stages au regard de l'analyse de pratique ou de l'enseignement clinique, mais cela n'a rien a voir avec le tutorat ou la fonction de maitre de stage, c'est une complémentarité !

Au final, la mission devrait préconiser la formation sur le tas, cela résoudrait la question de la réaffectation des formateurs dans les services et allègerait la fonction d'encadrement, mais cela n'a rien à voir avec de la formation en alternance.

Pour ce qui concerne la "rationalisation du système des faisant-fonction", il serait plus honnête de préconiser  un retour à la nomination à l'ancienneté. Concrètement, on pourrait suggérer 5 ans de faisant-fonction, puis VAE, 60 ECTS et nomination : résolus les problèmes budgétaires, de promotion professionnelle, d'absence pendant le temps de formation et de "raréfaction des ressources" !
Finalement on se demande ce qui a guidé les auteurs.

Ce qu'il en ressort, ce n'est ni un appui sur ce qu'est la formation des paramédicaux, ni des connaissances sur ce que signifie accompagner des futurs professionnels qualifiés, ni la considération que formateur est un véritable métier.
Méconnaissance de fonction, de contenu du référentiel, des concepts ? Incompétence ? Volonté délibérée d'éliminer ou de réorienter les cadres formateurs ? Déni ? Où va t’on ?
Au regard de la fonction de formateur, mais plus largement et surtout au regard des étudiants et de toute la profession.

Quant on connaît l'énergie dépensée pour mettre en oeuvre le référentiel infirmier par les formateurs et directeurs d'IFSI...,
il y a de quoi s'indigner et même plus !

Une seule destination possible pour ce rapport : classement vertical ! Au fond d'un tiroir !
PS : le titre de ce texte est emprunté à Stéphane HESSEL.


Creative Commons License William VIGNATELLI
ex directeur d'IFSI - Docteur en Sciences de l'Education - Formateur-Consultant


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Les commentaires des Internautes
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roxor
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Inscrit le : 11/10/2010
Commentaires : 2
çà se discute
Actif sur le terrain depuis 35 ans dont 15 en hôpital de secteur et 15 en CHU j'interviens en IFSI depuis 25 ans en France et en Allemagne. L'énumération de mes fonctions successives et formations attestées/certifiées et diplômes ne prouveraient rien.1400 heures de simples mise à niveau dans des domaines restreints m'assurent un savoir assez contractuel. Les enseignants sont loin de la réalité pratique et le savent. La majorité conseillent à leurs étudiants "de s"adapter aux règles et protocoles des services", et quelques rares reconnaissent "ne plus se sentir capable d'exercer". Le retour en service crée de réelles angoisses si ce n'est leur démission.
L'usage d'un vocable ronflant couvre l'inadéquation de la pédagogie (andragogie serait plus adapté). Quand j'encadre ou fais un cours ce sont les étudiants qui jugent, et entendre à longueur d'années: "vous au moins vous savez de quoi vous parlez, mais en examen il faut dire ce qui est attendu" pose tout de même question. Entre un intervenant où les étudiants "encaissent" le cours ou s'endorment, et celui qui reçoit une "standing ovation", il y a de nouveau matière à réflexion. On peut s'exprimer en Diafoirius sur la didactique, concepts sous sous-jacents etc autour d'un verre, mais sans pratique avancée adjacente, c'est inique, voire délétère.
Posté le : 09/03/2011
sandrenorheim
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Inscrit le : 03/09/2004
Commentaires : 2
...
je dirais.... une vrai formation, spécifique et pas un "simple" diplome de cadre serait le plus adapté.
Après c'est sur que quand je vois la réforme des études d'infirmier, je me pose la question sur le devenir du role de formateur mais comme d'habitude dans cette professions, beaucoup subissent et se plaignent mais trop peu agissent pour un changement....
Posté le : 26/02/2011
jjland83
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Inscrit le : 12/07/2006
Commentaires : 246
Vous avez raison
Personne ne nie que votre expérience est vraie, mais c'est une expérience parmi d'autres. Personne ne nie non plus la nécessité d'avoir une formation digne de ce nom pour devenir formateur. La plupart des Ifcs ont des partenriats avec les universités dans cet objectif (particulièrement avec les sciences de l'éducation).
Le rapport dont il est question ici ne préconise pas juste de renvoyer les cadres sur le terrain. Ce n'est qu'une des conséquences. En fait, il fait disparaître le cadre formateur... Pas besoin de formation, pas besoin de spécificité, plus besoin de formateurs. Et demain, votre projet de devenir cadre formateur restera un projet. Faut-il suivre les recommandations ce rapport, ou demander une vraie formation et un vrai statut pour le cadre formateur en Ifsi ?
Posté le : 26/02/2011
sandrenorheim
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Inscrit le : 03/09/2004
Commentaires : 2
je m'indigne....
fraichement sorti (avril 09) d'un ifsi appartenant a un chu et prenant 220étudiants par promo...
je suis content que les cadres formateurs retournent sur le terrain!!!
je m'explique :
beaucoup des formateurs sont la depuis 10 15 20 ans voir + (si affinités)
ils ne sont pas restés a la modif de 92 mais celle encore antérieure...
trop d'erreurs techniques, de méconnaissance... et je ne parle pas de la péda...
j'ai divers diplomes d'Etat en sport, je suis directeur de colo, ex étudiant en fac de sport... de la péda j'en ai mangé a toutes les sauces.... mais lors d'échanges avec certains cadres formateurs... ben ils ne commence pas un tiers des références que j'ai pu donner... éffarant!!!!!!!!!
alors oui vous vous offusquez d'un DVD (et je suis d'accord) mais si il est bien rédigé il ne dira pas d'annerie (et n'aura pas peur d'un amphi de 220 pelés) et au vu du nombre d'intervenants (qui ont diminués depuis faute d'argent) les cadres formateurs étaient peu présent en cours...
et quand vous abordez l'écoute, le soutien, j'ai défendu nombre compagnons étudiants devant des "profs" qui pensent dans leurs directions mais n'ont pas de grande capacités d'écoute, de soutien...
il y a un énorme manquement pédagogique pour ces cadres formateurs et beaucoup se voient maitre penseur car ils ont bossé 5 ans par ci ou par la et sont passés cadres....
malgrès ce constat, j'espère devenir cadre formateur pour (au moins) donner mes points de vue pédagogique et essayé d'évoluer ensemble (meme si je ne serais peut-etre qu'un maigre faisant fonction)
flo
PS: je ne les jette pas tous dans la meme fausse ;-)
Posté le : 26/02/2011
jjland83
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Inscrit le : 12/07/2006
Commentaires : 246
...
C'est mieux de commenter l'article et de s'adresser aux individus par MP.
Vous en pensez quoi de ce rapport de l'IGAS ? Ce serait tellement plus intéressant comme commentaire.
Posté le : 25/02/2011
lapikouzesimone
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Inscrit le : 23/06/2010
Commentaires : 28
pour jjland83
franchement , pour parler comme les jeunes : vous nous faites ièchez avec vos positions pseudo grand sage et surtout, tout le temps pour l'ordre !!!!!
Je flaire votre manque d'objectivité .. voir votre volonté de désinformation ..... je ne suis ni pour ni contre l'ordre , enfin plutôt contre .... mais franchement reconnaissez que l'on doit être foncièrement contre l'ordre national infirmier ,au vu de son histoire , de ses intentions et de ses capacités de nuisances pour celles et ceux qui refusent de se plier à son dictat !!!!!!
Posté le : 24/02/2011
jjland83
Avatar de l'utilisateur
Inscrit le : 12/07/2006
Commentaires : 246
????
Bravo. Encore un commentaire fort utile de votre part. Vous n'avez certainement ni lu le rapport en question, ni même cet excellent article, sinon vous auriez pris soin de faire une remarque marquant au moins votre inquiétude.
Posté le : 23/02/2011
aqrv
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Inscrit le : 25/10/2009
Commentaires : 94
Salut conseiller ordinal...
Vous pouvez relayer votre indignation au conseil ordinal de votre departement, de votre region et au conseil national. L'efficacite de vos elus dont vous faites partie trouvera certainement une solution raisonnable et reflechi comme nous a habitue la derenite et la mesure de votre institution
Posté le : 23/02/2011
jjland83
Avatar de l'utilisateur
Inscrit le : 12/07/2006
Commentaires : 246
Indignation légitime
Oui, l'indignation est un minimum face à ce rapport de l'IGAS. Pour leur défense, ce rapport s'est appuyé sur certaines réactions à la mise en place de la réforme des études infirmières en 2009, de certains formateurs peut-être trop bien installés dans le programme de 1992. Aujourd'hui des équipes entières de formateurs ne sont pas reconnues par l'université : alors soit ces formateurs ont besoin d'une formation digne de ce nom pour être formateurs, soit on n'a plus besoin de ces formateurs en Ifsi dans un système que l'université reprend peu à peu à son compte. L'Igas propose un peu vite de renvoyer ces formateurs dans les services ! Certaines directions d'Ifsi ont déjà anticipé la réduction de postes de formateurs compte-tenu de la venue d'intervenants universitaires. Excellente idée comptable ! Mais, quand l'intervenant universitaire devient un DVD, difficile de lui demander de faire ce qu'un formateur est capable de faire en dehors de la simple dispensation d'un cours : suivi, écoute, soutien de l'étudiant infirmier. L'Igas n'établit qu'un rapport de plus, reprend des données déjà évoquées dans d'autres rapports (rapport de Singly notamment). L'indignation des premiers intéressés, les formateurs en Ifsi, cadrés ou non, permanents ou non, doit s'exprimer au même titre que tous ces rapports officiels, avec n'en doutons pas le soutien de l'ensemble de la profession infirmière. N'en doutons pas...
Posté le : 23/02/2011
 
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