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Les soins palliatifs : à quoi bon ?

Dès leur premier stage, essentiellement chez les personnes âgées en institution, nombre d’étudiantes* de 1ère Année se trouve confrontées à des fins de vie et des décès. Cette situation questionne les étudiantes concernées qui trouvent à en parler sur le moment avec le personnel des services, entre elles et/ou avec leurs formatrices, ou encore lors des exploitations au retour de stage. Certaines ayant travaillé comme aides soignantes, ont déjà eu à connaître ce genre de situations. Elles n’en sont pas moins porteuses de questions difficiles et demandeuses de clarification.

Un travail d’information et de réflexion, proposé en fin de 1ère Année sur la loi du 22 Avril 2005 traitant des droits des patients plus particulièrement en fin de vie, a permis de mettre en évidence parmi les futures soignantes* des tendances sociétales fortes qui ne manquent pas d’interroger…

La grande majorité des étudiantes (promotion de 68 personnes) est en accord avec le droit du patient de pouvoir refuser tout traitement (surtout si le patient est vieux et que le pronostic vital est engagé ou alors s’il est dans le cas extrême de Vincent Humbert) et celui du médecin de laisser la mort venir en cessant toutes thérapeutiques actives maintenant artificiellement en vie. La question de considérer la Nutrition (alimentation, hydratation) comme un traitement actif, reste pourtant polémique. Le besoin de boire et manger n’est-il pas fondamental ? Cela ne fait-il pas partie des soins de base incontournables ? N’est-ce pas, pensent certaines, une euthanasie déguisée que d’arrêter aussi les apports nutritionnels ?

Cependant, la question la plus cruciale a trait aux soins palliatifs d’accompagnement en attendant que la mort survienne à son heure. Beaucoup ne comprennent pas, dans la mesure où on ne traite plus au plan curatif, pourquoi l’euthanasie pure et simple n’est pas permise puisque disent-elles « de toutes façons, c’est fichu », « c’est reculer pour mieux sauter », « c’est hypocrite », « c’est tourner autour du pot », « à quoi ça sert de traîner »…

Ainsi de l’époque que j’ai connue (D.E de 1967) où, dans la majorité des services hospitaliers, entre acharnement thérapeutique (parfois d’une extrême violence) et abandon pur et simple (tout aussi violent) du patient qui se mourrait, les soins palliatifs étaient « impensés », sommes-nous en train de passer, malgré les précautions de la loi, à une époque où la mort naturelle à l’hôpital devient proprement « impensable » pour cette future génération de soignants… Avant, on avait la triste équation :

- acharnement thérapeutique ou abandon du patient en fin de vie à son triste sort

Aujourd’hui, on risque d’aller vers quelque chose de tout aussi triste :

- refus d’acharnement thérapeutique mais à quoi bon les soins palliatifs puisque l’euthanasie pourrait régler la question rapidement…

Est-ce à dire que les futures soignantes* sont psychiquement incapables d’assumer l’idée d’accompagner celui qui meurt, comme cela s’est toujours fait depuis l’aube de l’humanité ? Dans ce cas, d’où vient cette incapacité tant intellectuelle que psychologique et morale ? Cette attitude mentale n’est-elle pas au fond le reflet fidèle de ce que notre société propose comme modèle ? Maîtrise, efficacité, rentabilité, individualisme, beauté, jeunesse, performance... Quelle place pour la fragilité, la vulnérabilité de celui qui meurt, miroir angoissant de notre future condition, et qui demande sollicitude et soin au nom de son humanité ?

Deux grandes tendances en effet sont clairement perceptibles, ainsi que le mode de pensée qui les sous tend, dans les propos tenus à l’occasion de ce travail :

  • La faible valeur de la vie de la vieille personne dépendante et/ou handicapée en particulier par des troubles démentiels
  • La mort naturelle qui n’a plus de place, ni dans l’espace de la pensée ni dans celui du temps.

Puisse la formation faire réfléchir en profondeur sur les enjeux de ces représentations et agir effectivement sur elles. Représentations qui peuvent avoir à terme un effet délétère sur la santé spirituelle des futures soignantes* ainsi que sur le lien social et intergénérationnel.

 

Danielle MOREAU

Rédactrice infirmiers.com

Loi relative aux droits des malades et à la fin de vie n° 2005-370 du 22 avril 2005

* Lire partout aussi au masculin

Maj. 13-06-2007

 


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Commentaires (1)

leeloo457

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1 commentaires

#1

Réponse à Danielle Moreau

Votre article me choque. Je suis jeune infirmière, j'ai 25 ans. J'ai pris mon premier poste en cardiologie il y a quelques mois, après l'obtention de mon diplôme d'état.
Je crois que cet article fait état d'un énorme amalgame. Bien évidement que la mort et la fin de vie nous questionnent lorsque nous sommes étudiants, le contraire ne serait-il pas pour le moins choquant ?...
Cela nous renvoie tellement de choses, la mort des gens que l'on aime, notre mort... et la mort en elle-même. Alors que bien souvent notre âge reflète notre inexpérience professionnelle et personnelle, nous prenons la souffrance des patients et des familles de plein fouet ! L'euthanasie ? Oui bien sûr on se pose la question du bien fondé des choses. Mais il me semble que le débat n'est pas ici.
J'ai eu la chance de rencontrer des professionnels si compétents et généreux dans leurs connaissances des soins palliatifs que non, je ne me suis pas dit, pourquoi pas les aider à mourir directement puisque le résultat est le même.
J'encadre aujourd'hui des étudiants et ces étudiants ont le respect des personnes âgées, des personnes handicapées et le respect de la Vie elle-même. N'allez pas croire que cette génération nouvelle que tout le monde dénigre, n'a pas toutes ces valeurs qui vous sont si chères. On ne devient pas infirmier par hasard, souvenez-vous en.
Et comme le disait une de mes formatrices que j'aimais particulièrement : il ne faut pas 3 ans pour rien... on a besoin de ce temps là pour grandir, pour rencontrer des gens, pour souffrir aussi parfois tant personnellement que professionnellement. Le soignant que nous sommes grandit à chaque instant.
Rappelez-vous qui étiez vous lorsque vous êtes entrée sur les bancs de l'école et rappelez-vous ce que la mort et la souffrance évoquait pour vous ?...
La relève est assurée je peux vous l'affirmer et des personnes de qualité vont prendre soin des êtres qui vous sont chers...
Et pour finir sachez que les premiers pas de l'infirmière que je suis sont difficiles, que certains regards resteront gravés dans ma mémoire, et que ce que je préfère à ce jour, c'est bien l'accompagnement de toutes ces personnes, de leur famille, quelque soit le contexte qui les entoure.
Il est une chose qui se nomme le libre arbitre... La société actuelle nous a malgré tout offert un cerveau, suffisamment évoluer pour être critique je vous rassure !