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Anerick vous souhaite un Joyeux Noël !

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Les chroniques sur le blog d’Anerick intitulé « Péripéties d’une infirmière » ont retenu toute notre attention. Elle partage aujourd’hui l’une d’entre elles, absolument raccord avec la temporalité et intitulée « Joyeux Noël ! » Merci à elle !

Anerick vous souhaite un Joyeux Noël !Les choix sont faits, tous les soignants ont pris position. Chacun ayant avancé ses pions et ses arguments. Car fêtes ou pas, il faut du monde sur le pont. Cela entraîne souvent des débats houleux au Q.G., l'office quoi. Tout le monde s'affaire autour de ce maudit planning, chacun tirant la couverture vers soi.

Monique, forte tête de l'équipe, dira haut et fort que ça fait quatre ans « qu'elle se cogne » Noël et que cette fois, c'est aux autres de mouiller la blouse. Qui plus est, elle a trois oisillons à la maison. Non, désormais Monique en a vraiment ras-le-bol ! Ça fait 32 ans qu'elle trime, 32 ans !!! Ce que j'interprète comme un :

« Alors toi là, la petite, dernière arrivée et sans marmots dans les jupons, tu vas me faire le plaisir de mettre ton nom dans la case ! Fissa ! » Plutôt convainquant comme argument il faut l'avouer.

Régine, aussi coulante qu'un flamby (!) et pas contrariante pour un sou, semble complètement indifférente au débat. « Bof, m'est égal moi ». Il y a en toujours un ou deux, le genre pas compliqué, qui se contenteront des restes. Et ça, ça nous arrange fichtrement !

Si on me demande mon avis, j'aurais un petit faible pour obtenir mon Noël. Le jour de l'An, pour tout vous dire, je m'en contre-fiche. Faire le compte à rebours des dix dernières secondes avant de passer au calendrier suivant ne me procure en réalité aucune espèce d'émotion. J'ai juste envie de dire : « Et ? ». Non, vraiment, je suis complètement hermétique à cet événement. Pour être totalement honnête avec vous, me glisser sous les draps à 21 heures le 31 décembre, moi et mon petit homme, ma bouillotte et un bon film au 31 décembre, ça me va parfaitement ! Fun non ?

Éviter la double peine...

Bref, revenons à nos moutons. Car une fois le choix cornélien « Noël ou Jour de l'an » arrêté, reste à savoir qui sera de matin et qui sera de soir. La question se posant aussi bien pour le jour des festivités que pour le lendemain. De nouveau un vrai casse-tête, quand chacun reste campé sur ses positions.

L'idéal étant de s'aligner un matin-soir pour ne pas perdre une miette du gueuleton, le pire étant d'enchaîner un soir sur un matin. C'est déjà pas agréable en temps normal mais en temps de fêtes, c'est double peine ! Il faudra alors se satisfaire d'un échantillon de la soirée, et au moment où tu siffleras ton deuxième verre de pétillant, tu entendras cette petite voix au fond de tête qui te rappelleras qu'il serait grand temps d'aller te coucher maintenant.

Une fois au fond de ton lit, tu auras peut-être la chance de profiter du chahut du rez-de-chaussé, du rire gras de Gérard et du cliquetis des verres. En finalité, ne nous faisons pas d'illusions, à peu de choses près, cela se résume à passer les fêtes au chevet des patients.

Pour les plus courageux, rien n'empêche de vivre l'événement en toute insouciance. Mais il faudra assumer sans broncher un réveil vaseux et barbouillé, sa tête bouffie, son mal de tête, sa voix rauque et autres signes cliniques d'une soirée bien trop arrosée.

L'option seule dans son canapé avec une boite de pâté Picard et un verre de Champomy devant Drucker ou Patrick Sébastien, au choix (oui, avouons qu'on est gâté) reste aussi possible. Mais attention aux symptômes dépressifs pouvant survenir brutalement.

Un bruit de sirène au milieu des chants de Noël...

Ah oui, j'oubliais, le pire reste l'astreinte de nuit. Tu prends l'apéro vers 19h30, une bouchée de foie gras et hop au boulot ! Cruel quand même.
Dans ce cas, au moment creux de la nuit, coincé entre le réfrigérateur et le micro-onde, tu te contenteras alors de manger ton plateau amélioré dans l'office, en tête à tête avec ton binôme, au milieu des bips-bips des sonnettes et changements de lave-bassin. Non, vraiment c'est le pied ! C'est à ce moment là sans doute qu'une légère vague de solitude t'enveloppera.

En ces jours « enguirlandés », c'est donc peu motivés que nous revêtons la blouse et arpentons le pied lourd les couloirs de l'hôpital ; ces jours où la tradition voudrait que nous soyons tranquillement dans notre foyer à préparer les petits fours, jouir des plaisirs de la table en famille et autres instants de partage.

Dans les vestiaires, nous implorons Petit Jésus pour que la journée se passe sans heurts, sans entrées massives, sans opérations d'urgence. Mais nos pensées, aussi fortes soient-elles, n'ont aucun pouvoir sur les aléas de la vie. Tout reste possible, le meilleur comme le pire.

Car Noël ou pas, le monsieur de la 107 arrachera sa sonde naso-gastrique sans plus d'états d'âme, et madame P de la 104 décompensera sans prévenir son insuffisance cardiaque. À son domicile, monsieur C, les deux coudes sur la table, étalera généreusement le foie gras sur son toast, enchaînera sans retenue sur un chapon grassement ensaucé, arrosé sans modération, puis comme un violent rappel à l'ordre, sera pris d'une violente douleur de l’hypocondre droit. Et tandis que monsieur B se sera maladroitement tranché le doigt avec son couteau à huîtres, madame X, les poubelles à la main, glissera sur la plaque verglacée de la marche d'escaliers, ponctué d'une chute mémorable. Un bruit de sirène surgira alors au milieu des chants de Noël de Foolcity. Et c'est qui qui réceptionnera le colis ? C'est Bibi !

Messieurs-dames, vous êtes donc priés de faire attention où vous mettez les pattes, de ne pas abuser des plats ensaucés et de vous assurer que le plateau de fruits de mer n'est pas avarié. Merci pour nous !

A tous ces patients anonymes...

Finalement, travailler pendant les fêtes, c'est un peu comme le dernier jour de classe à l'école : on vient, mais pas franchement animé d'une volonté farouche de se dépasser. Moins on peut en faire, mieux on se porte ! L'office est notre refuge.

Mais pour te consoler, dans chaque chambre, tu auras souvent droit à une petite douceur. Je passe néanmoins mon chemin à la 107. Car rien à faire, les chocolats liquoreux c'est pas mon truc. Et ne sachant pas si quelqu'un a fourré oui ou non ses doigts dans les pralinés de la 102, je passe également mon tour : pas d'emballage, pas de chocolat ! Principe de précaution anti-gastro de base.

Néanmoins si ces temps de partage ont un parfum d'inachevé, je garde malgré tout en tête tous ces patients anonymes croisés dans le dédale de l'hôpital, dont j'ai oublié le nom, mais pas leur sourire, ni leur reconnaissance. Et quand Huguette me tend un paquet de fruits confis enrubanné, même si je suis loin du cocon familial, elle arrive à me convaincre que je suis malgré tout à ma place.

Mes pensées sincères pour tous ceux et celles qui sont de l'autre côté de la fête...
Chaleureusement à vous tous


v


Infirmière libérale
postmaster@péripéties-infirmière.com

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