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Portrait - Sandra Dupuis, burkinabé de cœur

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Exercice international

Depuis 2008, cette infirmière libérale séjourne une dizaine de jours par an au Burkina Faso, où elle soigne, enseigne les gestes de premiers secours et évalue les besoins en matériel pour essayer d’en acheminer depuis l’Europe. Ce portrait est paru dans avenir & santé d'avril 2012, le magazine de la Fédération nationale des infirmiers (FNI) , que nous remercions de cet échange productif.

Sandra Dupuis, burkinabé de cœurTout est parti d’un spectacle de fin d’année organisé par l’école maternelle de sa fille au profit d’enfants du Burkina Faso. L’argent récolté devait servir à financer des projets scolaires dans le pays. « Le Burkina était à l’honneur toute l’année à l’école Sainte-Thérèse de Lens (62), explique Sandra Dupuis, 34 ans et infirmière libérale depuis cinq ans. L’institutrice a parlé du partenariat entre l’école et l’association Petits frères d'Afrique (PFA) qui vient en aide aux jeunes du Burkina Faso. Finalement, mon compagnon et moi lui avons expliqué que nous aimerions bien y aller. » C’était en 2008.

« La première fois, cette année-là, je suis partie comme une citoyenne lambda et non pas comme une infirmière, explique-t-elle. C’était un voyage de découverte. On ne connaissait rien du pays et on n’avait aucun projet précis en tête. » Un séjour qui l’a cependant marquée. « A notre retour, nous avons continué à parrainer des enfants de là-bas. Nous avons aussi cherché à monter un projet concret. Lors de notre première mission humanitaire, nous avons pris quelques contacts auprès d’associations et d’institutions. Abdoulaye Kiekieta, un préfet issu d'une famille d'agriculteurs, souhaitait créer une bergerie dans un village proche de Ouagadougou où les jeunes en difficulté scolaire seraient hébergés, pourraient étudier et apprendre les techniques agricoles. » Un projet à long terme, dans un pays où plus de 80 % de la population vit de l’agriculture. Depuis l’an dernier, Sandra Dupuis et son conjoint Gérald Géromini, photographe professionnel, soutiennent ce projet via l’association Actions d’avenir dont elle est devenue secrétaire adjointe. Ils ont ainsi pu réunir 770 € grâce à leur appel aux dons.

Initiation aux gestes de premiers secours

Outre le contrôle de l’avancée du projet, les séjours sur place, d’une dizaine de jours, sont l’occasion de déterminer les besoins en matière de santé. « J’essaie de développer des partenariats durables avec des associations et des structures de soins du Burkina, à commencer par le dispensaire de Ouagadougou. Je vois aussi les compétences que l’on peut apporter et le matériel que l’on peut acheminer depuis l’Europe ». Par exemple, des stérilisateurs pour éviter les stérilisations à la cocotte-minute. Tout en sachant que les priorités ne sont pas les mêmes qu’en France : « Il est difficile d’apporter des choses toutes faites. Il faut échanger avec le personnel de santé et s’imprégner des structures et pratiques existantes pour voir ce qu’il est possible de mettre en place. »

En ce qui concerne les soins, Sandra Dupuis initie les gens aux gestes de premiers secours. « J’ai l’expérience de l’urgence : avant de travailler dans le secteur libéral, j’ai passé deux ans au service d’urgences d’un hôpital proche de Marseille ». A cela s’ajoutent quelques missions de médecine sociale avec Médecins du monde, dans les Bouches-du-Rhône. « Notre but n’est pas de dissuader les gens d’aller au dispensaire, mais de leur donner quelques connaissances en terme de soins. Nous sommes le premier maillon de la chaîne en cas de blessure. »

Des expériences successives qui influent sur le quotidien de Sandra Dupuis au cabinet. « Professionnellement, j’ai davantage conscience d’éviter les gaspillages. Mes patients et collègues savent aussi que, désormais, je pars tous les ans. Ils me posent des questions sur ce que je fais au Burkina et réagissent lorsqu’ils en entendent parler aux informations. Ils me donnent également des vêtements et des affaires que j’emmène là-bas. Et de mon côté, en guise de cadeaux de fin d’année, j’offre des savons du Burkina Faso. »

Assimiler des différences de culture parfois brutales

« Ces voyages sont presque devenus un besoin, celui de revenir à certaines réalités, comme le fait de vivre très bien sans internet et sans téléphone. » Ils sont aussi l’occasion de relativiser. « On réalise que l’on n’est pas si mal que ça en France. Et humainement, on apprend beaucoup ». Même si, au début, il a fallu assimiler des différences de culture parfois brutales : « L’an dernier, une femme de 25 ans avait la gangrène. En France, elle aurait été hospitalisée. Là-bas, on s’en remet à la volonté de Dieu. Et il vaut même mieux qu’une personne meure plutôt qu’elle reste handicapée, devenant alors un lourd fardeau pour sa famille. »

En revanche, difficile de rester plus de 15 jours en Afrique. « C’est surtout une question de budget. On finance les billets d’avion et la vie sur place. Au sein de l’association, on prend tous les frais en charge. On n’a pas de 4x4 flambant neuf, on loue un véhicule déglingué. On dort chez Emmaüs. Et même s’il y a une défiscalisation à la fin de l’année, ce sont quinze jours au cours desquels on ne travaille pas et l’on n’a pas de revenu ».

Au départ, c’est son côté baroudeuse qui a poussé Sandra Dupuis à se lancer. « Avec mon conjoint, nous partons toujours sans trop prévoir et nous dormons chez l’habitant. Nous sommes partis en Égypte et nous projetons d’aller en Inde. » Aujourd’hui, ce sont ses nouveaux projets qui la motivent. Lors de son prochain voyage, prévu début mars, elle doit apporter du matériel de premier secours. Elle tente aussi de réunir suffisamment de fonds pour qu’Adama, une jeune fille de 19 ans ayant un pied bot congénital, puisse se faire opérer dans un centre médical de Ouagadougou.

Quant à sa propre fille de 9 ans, pour l’instant, elle reste avec ses grands-parents. « Plus elle grandit, plus elle a envie de venir. Quand elle sera vraiment prête, elle pourra venir. »

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Journal Avenir & Santé

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