PUERICULTRICE

L’ANPDE souhaite accroître « le rayonnement des infirmières puéricultrices »

Sébastien Colson1, président de l’Association nationale des puéricultrices diplômées et des étudiantes (ANPDE), quelques semaines après les Journées nationales d’Etudes de l’association à La Rochelle, fait le point sur l’actualité et les attentes de cette spécialité infirmière qui compte aujourd’hui quelque 15 500 professionnels.

Sébastien Colson, président de l'ANPDEInfirmiers.com - L'ANPDE a organisé ses Journées nationales d’Etudes du 13 au 15 juin 2012 à La Rochelle, fêtant ainsi son 63e anniversaire. Comment s’est passé ce grand rendez-vous annuel ?

Sébastien Colson - Ces 37èmes Journées Nationales d'Etudes ont réuni plus de 700 participants sur les trois jours de congrès, une véritable réussite puisque les années précédentes ne comptaient que 350 participants en moyenne. De grands thèmes ont été abordés et parmi eux, les liens d'attachement, les soins palliatifs en maternité, les sorties de maternité, le portage, l'éducation thérapeutique, la bientraitance des professionnels de l'enfance au travail et la réingénierie du diplôme d'Etat de puéricultrice. Cette année, nous avons innové avec la mise en place d'ateliers, complets très rapidement lors des inscriptions, sur des thématiques variées : la vaccination, l'allaitement maternel ou artificiel, la responsabilité juridique, l'écriture dans les revues professionnelles, l'enfant dans les violences conjugales, le co-développement...

Infirmiers.com - Vous n'avez cessé depuis les élections présidentielles de mai dernier d’interpeller les tutelles (Président de la République, ministre de la santé, de l'éducation nationale) au sujet du diplôme d’infirmière puéricultrice, toujours en attente d’une requalification en master. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Sébastien Colson - Avant les élections présidentielles, nous attendions en effet la décision du gouvernement Fillon au sujet du cadrage sur le niveau de sortie des puéricultrices dans la formation réingéniérée à un grade Master, à l'instar de nos collègues infirmiers anesthésistes. Nous sommes restés hélas sans réponse officielle. Dès l'annonce du nouveau gouvernement, nous avons donc interpellé le Président de la République, le Premier Ministre, et les ministres en charge de la Santé et de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Nous avons reçu une réponse de chacun d’eux, sachant que le dossier est traité par le cabinet de Marisol Touraine, ministre des Affaires Sociales et de la Santé. Le cadrage n'est pas encore rendu, mais nous avons rendez-vous avec le Cabinet de Mme Touraine le 19 septembre 2012, avec l'espoir d'une avancée certaine pour l'avenir de notre profession. Je souligne que le référentiel de formation est aujourd'hui bien avancé, mais que seule la décision de cadrage sur le grade Master conditionnera l'ensemble du référentiel dans sa durée et sa déclinaison en Unités d'Enseignement.

Parallèlement, notre association travaille également avec l'Observatoire National de la Démographie des Professionnels de Santé (ONDPS), présidé par le Pr Berland, au sein d’une commission de la santé de l'enfant dont la vocation est d’optimiser l'offre de soins pour la santé de l'enfant en France. Ce groupe de travail nous permet des échanges avec nos collègues pédiatres et médecins généralistes et une clarification des compétences des professionnels de santé attendus en fonction des âges de l'enfant, de son développement, de son contexte environnemental. Ceci pourrait déboucher sur une évolution de l'exercice de l’infirmière puéricultrice dans les années futures, évolution qui couvrirait mieux encore les besoins en santé des enfants et de leur famille. En effet, il faut savoir qu'à ce jour les actes professionnels de la puéricultrice n'existent pas dans la nomenclature (NGAP). Or, il existe un véritable besoin d'offre de soins de proximité pour l'enfant et sa famille, qu'il s'agisse de consultation (prévention, accompagnement à l'allaitement maternel, soutien à la parentalité, suivi de maladie chronique...) ou de soins dits « techniques » permettant de raccourcir, voire même d'éviter des séjours hospitaliers qui séparent l'enfant de sa famille au détriment de son équilibre psycho-affectif.

Nous avons rendez-vous avec le Cabinet de Marisol Touraine le 19 septembre 2012, avec l'espoir d'une avancée certaine pour l'avenir de notre profession...

L’ANPDE souhaite accroître « le rayonnement des infirmières puéricultrices »

Infirmiers.com – Les engagements de l'ANPDE sont divers et variés, tant dans les services de soins qu’en santé communautaire et préventive. Comment voyez-vous, à terme, l'avenir des infirmières puéricultrices ?

Sébastien Colson - L'avenir, nous le voyons avec un repositionnement des puéricultrices dans le système de santé français. A ce jour, il existe de nombreuses dispositions réglementaires indiquant qu'il est nécessaire d'avoir au moins une puéricultrice dans une équipe de soins, notamment dans les services spécialisés, comme la néonatologie, la neuropédiatrie ou les grands brûlés... Mais ces dispositions ne sont pas forcément respectées parce que le Code de la Santé Publique prévoit de remplacer la puéricultrice dans tous ces secteurs d'activités par une infirmière ou par un éducateur de jeunes enfants. Ainsi, les champs de compétences de tous ces professionnels se chevauchent et il devient difficile d'identifier qui fait quoi, à quel moment et avec quelles compétences certifiées.
Les référentiels d'activités et de compétences des puéricultrices conditionneront la réponse aux besoins en santé de l'enfant qui seront couverts par la spécialité, et dans quelles limites, en concertation avec l'ensemble des professionnels avec qui la puéricultrice collabore. Il est bon de rappeler que la puéricultrice se situe dans un leadership clinique dans tous les secteurs d'activités, et dans un leadership clinique et managérial dans les établissements d'accueil de jeunes enfants. Il est cependant nécessaire qu'une nomenclature des actes de la puéricultrice soit créée, afin de reconnaître et de valoriser son exercice pluriel. Rappelons que le modèle hospitalier actuel qui propose une tarification à l'activité ne valorise pas les actes des professionnels paramédicaux.
Par contre, le modèle de la PMI (Protection Maternelle et Infantile) est méconnu alors que la puéricultrice est l’un de ses pivots. Elle y effectue en effet des consultations auprès des enfants et de leur famille, in situ ou à domicile, qu'elle ne peut pas appeler « consultation », mais « permanence » ou « accueil pesée » en raison de la connotation médicale à la consultation, dévalorisant ainsi tout son raisonnement clinique infirmier spécifique et ses prolongements bénéfiques pour l’enfant et sa famille. Elle peut également animer des ateliers sur des thèmes particuliers en fonction de la culture de la population qu'elle prend en soins. Et pourtant... Ses activités sont absolument ignorées pour l'assurance maladie qui ne cote que les actes médicaux des médecins ou des sages-femmes. Ainsi, la PMI perd progressivement ses moyens, avec des missions recentrées sur ce qui est financé, à savoir actuellement la protection de l'enfance ou les agréments d'assistants maternels, au détriment de la prévention. C’est regrettable mais plus encore dommageable !

Les activités en PMI des infirmières puéricultrices sont absolument ignorées pour l'assurance maladie qui ne côte que les actes médicaux des médecins ou des sages-femmes.

Infirmiers.com - Vous venez de faire votre entrée au Conseil d’administration du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone SIDIIEF en tant qu'administrateur, en quoi cette nouvelle mission permettra de faire rayonner plus encore le métier d’infirmière puéricultrice ?

Sébastien Colson – Cette étape est pour l’ANPDE une grande fierté. Nous travaillons avec cette grande institution depuis 2004 et nous présentons des communications depuis le congrès de Marrakech en 2009. Cette année encore, nous y étions. Notre présence au sein du SIDIIEF apportera certainement un rayonnement international francophone de notre spécialité infirmière, différente de l'infirmière pédiatrique que l'on peut connaître dans d'autres pays. Il s'agit de valoriser la puéricultrice dans tout son domaine de compétences : activités liées au domaine sanitaire mais aussi socio-éducatif.
En contre-partie, nous avons également beaucoup à apporter au SIDIIEF. En effet, l'ANPDE est l'une des associations professionnelles infirmières qui comptent le plus grand nombre d'adhérents. Nous collaborons avec d'autres associations professionnelles ou organisations, et nous ne manquons pas de promouvoir les travaux du SIDIIEF, notamment le mémoire sur la formation infirmière à l'université. En effet, à l’inverse d'autres pays francophones, la France ne dispose que d'un très petit nombre d'organisations soutenant ce mémoire. Il est donc de notre devoir de fédérer autour d'une cause commune dans notre pays, pour porter cet engagement fort auprès de l'ensemble des gouvernements de la francophonie et ce, pour le développement de notre filière infirmière et sa reconnaissance.

1. Sébastien Colson, président de l'ANPDE, réalise à ce jour un doctorat en santé publique sur Aix-Marseille Université, en co-tutelle avec l'Université de Montréal en Sciences Infirmières. Son sujet de thèse concerne l'impact des actions d'éducation thérapeutique sur la qualité de vie et la santé de l'enfant en région PACA.

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