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"A ce moment là, l’individu sort une arme de poing, un pistolet type Beretta..."

Reçu spontanément en fin de matinée à la rédaction, ce billet, rédigé par un infirmier comme un procès-verbal, raconte, minute par minute, une situation de violence dans un service d'urgence. Le récit se passe de commentaires, mais méritait d'être partagé.

violence pistolet

Comment pouvons-nous réaliser des soins de service public dans de telles conditions de sécurité, se demande cet infirmier en poste de nuit aux urgences...

A 5h15, le 06/10/2016, deux individus semblent t-ils alcoolisées, se garent avec une clio 2 grise 5 Portes, pénètrent dans le secrétariat extérieur des urgences, en demande de soins suite à une rixe.

Le premier individu : environ 25 ans, 1m 80, mince, cheveux courts noirs, sans signe distinctif particulier, vêtu d’une casquette, d’un sweat à capuche et d’un pantalon sombre. Le deuxième individu : environ 25 ans, 1m 65, de forte corpulence, cheveux courts crépus noirs, vêtu d’une longue veste avec des poches et d’un pantalon sombre. Le deuxième individu pénètre dans le sas et tente de forcer la porte permettant l’accès au secrétariat, le premier individu se présente à la vitre et demande des soins suite à un traumatisme des doigts (D4 et D5). L'infirmier est à l’accueil, il indique au deuxième individu de se calmer sinon nous serons contraints d’appeler la police. La situation ne permet pas de recueillir l’identité des individus qui s’énervent et partent.

L’infirmier revient dans le poste de soins et, d’un commun accord avec l’aide-soignante, décide par prévention d’appeler la gendarmerie pour l’envoi d’une patrouille. Deux minutes après, le premier individu se représente à la vitre pour redemander des soins, le deuxième individu étant resté à l’extérieur. L’infirmier lui, réalise une syndactylie (une compresse entre l’annulaire et l’auriculaire + bande). Pendant la réalisation du soin, le deuxième individu force la porte vitrée (deuxième entrée du bâtiment) et réussi à pénétrer dans l’enceinte des urgences. L’aide-soignante tente de fermer une dernière porte d’accès interne, trop tard !

C’est à ce moment là que l’individu sort une arme de poing, un pistolet type Beretta. Il brandit son arme à tout va, sans réelle mise en joue, en criant qu’il veut en découdre avec l’infirmier.

Le deuxième individu avance jusqu’à la salle de soins et se positionne de manière véhémente contre l’infirmier (épaule à épaule), il tente de sortir quelque chose de sa poche de sweat, mais sous l’emprise de l’alcool ne réussit pas. L’aide-soignante arrive à mêler la discussion avec le deuxième individu et parvient à l’extirper un peu plus loin dans le couloir. Cet individu a déjà été vu par l’aide-soignante, ce qui permet une pseudo source d’échange. Par la suite, elle arrive à le faire retourner en salle d’attente. Conséquence, elle s'y retrouve seule avec les deux individus, l’infirmier étant resté dans la salle de soins, permettant de ne pas animer l’agressivité des individus.

Le premier individu essaie de calmer son « ami », mais ce dernier persiste à s’en prendre verbalement à l’infirmier de manière agressive.  L’aide-soignante arrive à convaincre les individus de partir.  C’est à ce moment là que l’individu sort une arme de poing, un pistolet type Beretta.  Il brandit son arme à tout va, sans réelle mise en joue, en criant qu’il veut en découdre avec l’infirmier. Je vais lui mettre dans la bouche, je n’ai pas peur d’aller en prison. L’aide-soignante lui demande de se calmer et de ranger son arme, que ceci ne sert à rien, que son ami est soigné. Le premier individu lui demande aussi de ranger son pistolet. Et est coopératif dans la démarche.  L’aide-soignante avec l’insistance du premier individu redemande de quitter les lieux. Ce qu’ils finissent par faire, mais par obligation.

Son ami demande à l’aide-soignante de ne rien dire à la gendarmerie, que nous ne les avons pas vu. Les individus pénètrent dans leur voiture, le deuxième individu en conducteur. Il ressort de sa voiture et indique qu’il ne peut pas laisser cela comme ça.  Le premier individu insiste pour qu’ils s’en aillent. Ce qu’ils finissent par faire.

Quelques questions restent en suspens :

  • pourquoi pas de service de sécurité ? ;
  • pourquoi pas de vidéo surveillance ? ;
  • pourquoi la porte peut être ouverte si facilement au moindre effort, alors que celle-ci est sensée nous protéger contre de telle agression ? ;
  • pourquoi une grille est disposée au dessus de cette même porte mais non fonctionnelle ? ;
  • comment pouvons-nous réaliser des soins de service public dans de telles conditions de sécurité.

Personnellement nous ne nous sentons plus en sécurité pour exercer notre profession dans le service des urgences de nuit. Nous travaillons les prochains jours, quid d’une représailles ? Quid pour nos enfants ? Pour notre vie de tous les jours dans un village où tout le monde se connait ?

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