PORTRAIT / TEMOIGNAGE

A l’issue des journées nationales des infirmiers en pratique avancée, l’ANFIPA élit sa nouvelle Présidente

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Pratique avancée

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Après sa création en 2019 et une première gouvernance, l’Association Nationale des Infirmiers en Pratique Avancée vient d’élire sa nouvelle Présidente, une infirmière en pratique avancée caennaise. Entretien avec Ludivine Videloup.

Ludivine Videloup, nouvelle Présidente de l'ANFIPA

Fraîchement élue à la tête de l’ANFIPA, Ludivine Videloup (IPA mention maladie rénale chronique, dialyse, transplantation rénale) exercera une mandature de deux ans. A l’heure du passage de témoin avec Sophie Chrétien, qu’elle remplace, la rédaction les a rencontrées ensemble pour dresser le bilan de l’action de l’association et en évoquer les perspectives.

Ludivine Videloup : la pratique avancée, « une évidence »

Infirmière diplômée en 2004, Ludivine Videloup exerce quelques temps en soins généraux avant de rejoindre la néphrologie. Elle s’intéresse ensuite à d’autres domaines d’exercice et intègre un service de réanimation médicale puis regagne la néphrologie en tant qu’IDEC pour coordonner le parcours de soins de patients atteints de pathologies chroniques.

Très tôt, elle se questionne sur l’amélioration continue des pratiques professionnelles infirmières, sur les parcours longs et la prise en charge holistique des malades au sein d’un environnement complexe où les intervenants sont nombreux, les soins et les temporalités divers. Mais comment aller plus loin ?

Il n’en fallait pas moins pour qu’elle intègre l’université d’Aix-Marseille, où elle entreprend l’un des Masters préfigurateurs de la pratique avancée (PA). Comme un signe du destin, les décrets encadrant la PA sont publiés au même moment sous le mandat d’Agnès Buzyn, alors Ministre de la santé. « Une évidence », dit L. Videloup de son choix de devenir IPA et de sa mention après un cheminement de plusieurs années, qui lui permet aujourd’hui « de prendre davantage de temps pour ses patients, de répondre à leur besoin d’écoute […] et à la prise en compte de leur environnement dans leur accompagnement ».

Poursuivre la dynamique

Je suis très heureuse d’avoir été élue à la tête de l’association, résume la nouvelle Présidente de l’ANFIPA, qui se réjouit de rejoindre une équipe motivée et pleine d’envies. Au-delà de l’enthousiasme spontané, ce sont les valeurs communes comme le partage et la bienveillance qui motivent L. Videloup dans son entrée en fonctions et qu’elle estime indispensables pour faire vivre l’organisation.  Elle accueille également ce nouveau rôle comme la responsabilité de poursuivre un élan de proactivité et une dynamique mis en place voilà deux ans par Sophie Chrétien, à la tête de l’ANFIPA depuis 2019 et qui passe aujourd’hui le flambeau. Le bilan est pour moi très positif, se réjouit la Présidente sortante, attachée à l’esprit des bâtisseurs dont sa famille (de charpentiers et de menuisiers) est pétrie.

Maintenir l’ouverture entreprise par l’ANFIPA depuis ses débuts est absolument essentiel

« Ouverture », le maître-mot

Le bilan justement : après une gestation de plusieurs années et la construction d’une activité adossée à celle de l’Association Nationale Française des Infirmières et Infirmiers Diplômés et des Étudiants (ANFIIDE), historiquement engagée pour l’évolution de la profession infirmière, l’ANFIPA est officiellement née en 2019. Depuis, elle s’est attachée à ne pas replier les IPA sur eux-mêmes, rappelle S. Chrétien. Concrètement, l’objectif poursuivi a été de construire solidement les fondations de l’organisation en l’ancrant dans un maillage fondé sur collaboration interprofessionnelle et favorable à l’implantation d’un métier très jeune. L’ouverture est le maître-mot qui a présidé à nos choix, explique-t-elle. Dans les faits, ce souhait s’est traduit par un ensemble de partenariats, sur le plan national (association de patients partenaires…) et au niveau européen (Association Francophone Européenne des Diagnostics, Interventions et Résultats Infirmiers…). Un engagement que compte bien prolonger L. Videloup, qui a elle-même porté une coopération avec la Société Francophone de Néphrologie Dialyse et Transplantation. Consolider les partenariats et maintenir l’ouverture entreprise par l’ANFIPA depuis ses débuts est absolument essentiel, défend-elle.

Les 17 membres du Conseil d’administration devront lister les projets

Futurs chantiers

Outre cet aspect et le prolongement d’un bilan partagé, les futurs chantiers s’annoncent nombreux. En interne tout d’abord, sur le plan de l’organisation générale : les 17 membres du Conseil d’administration devront lister les projets et constituer des groupes de travail pour les mener à bien. Par ailleurs, l’organisation de l’association traduit le choix français d’avoir bâti la pratique avancée par mention : elle possède un collège dédié à chacune d’entre elles, la création de la cinquième mention ("urgences") nécessitant d’en ouvrir un supplémentaire (sur ce point, les choses sont d’ores et déjà en cours). Côté législatif ensuite, et plus précisément les décrets régissant la PA. Car bien que l’ANFIPA ait déjà apporté sa contribution sur le sujet et identifié les freins existants, il n’en reste pas moins que les textes sont perfectibles. Globalement, les décrets tels qu’ils sont construits montrent déjà leurs limites, remarque L. Videloup, qui déplore comme S. Chrétien un manque de transversalité (la douleur étant l’un des exemples). Dans mon exercice quotidien d’IPA en néphrologie, je constate qu’un tiers de mes patients sont diabétiques. Or il s’agit d’une maladie chronique censée relever de l’exercice de l’IPA mention PCS (pathologies chroniques stabilisées, ndlr). De même, l’infirmière normande plaide pour la suppression d’actes trop précis dans les textes : certes, il fallait bien élaborer la pratique avancée et commencer par quelque chose, reconnaît-elle, mais permettre à l’IPA de modifier une prescription de médicament anti-rejet sans lui permettre dans le même temps d’en prescrire le dosage est dénué de sens.

Nous sommes des pionniers et restons attentifs à tout ce qui peut toucher de près ou de loin les évolutions de notre profession

Objectif inchangé

A l’unisson, ancienne et nouvelle Présidentes s’accordent à dire que l’ANFIPA est un organe de promotion de la pratique avancée infirmière. A ce titre, elles prônent la vigilance et la proactivité, mais aussi les actions de pédagogie et les débats contradictoires pour faire évoluer leur métier. Nous sommes des pionniers et restons attentifs à tout ce qui peut toucher de près ou de loin les évolutions de notre profession en continuant à proposer des solutions pour y parvenir ; nous ne voudrions pas que la pratique avancée se trouve entravée alors qu’elle vient tout juste de naître. En poursuivant cet objectif, inchangé depuis la création de l’organisation, les IPA doivent avancer ensemble et ne pas rester seuls, prévient Sophie Chrétien. Un credo qui trouve écho chez Ludivine Videloup, pour qui la pratique avancée est un engagement personnel et pour les patients et qui a à cœur d’appuyer l’action de l’ANFIPA sur le leadership infirmier et de potentialiser cet engagement.


Directrice de la rédaction
anne.perette-ficaja@gpsante.fr
@aperette

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