INFOS ET ACTUALITES

A la télé – La santé est-elle un luxe?


Demain, les Français les plus modestes pourront-ils encore se soigner ? Telle est la question que se posent Marina Carrère d’Encausse et Michel Cymes dans ce nouvel opus d’Enquête de Santé du mardi 13 mars 2012, sur France 5. Après la diffusion du documentaire « Pauvreté, santé, inégalités », place au débat, en plateau, avec des invités qui apporteront également des réponses concrètes aux interrogations des téléspectateurs.

cabinet médical © 17 Juin Média / PulsationsOn ne cesse de nous le répéter et on y croit (toujours !) dur comme fer. La France possède le meilleur système de santé qui soit. L’OMS, elle-même, le reconnaissait en… 2001. Mais, dix ans et plusieurs réformes plus tard, qu’en est-il réellement ?

Sommes-nous encore tous égaux face à la maladie ? Rien de moins sûr. A Nantes, il y a quatre ans, Murielle, une mère de famille de 46 ans, essayait déjà d’alerter l’opinion publique en faisant une grève des soins. Asthmatique et atteinte de fibromyalgie, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle arrête alors de prendre ses médicaments : « Je savais qu’il y avait des risques. Ce n’était pas de la folie, c’était vraiment pour montrer qu’aujourd’hui il faut beaucoup d’argent pour pouvoir se soigner. » Et l’argent ne coule pas à flots chez cette auxiliaire de vie qui doit jongler avec un salaire mensuel de 1 100 euros pour subvenir aux besoins de ses deux enfants. Alors elle établit des priorités : « Mes lunettes m’ont coûté 1,50 euro. Je n’ai pas été voir l’ophtalmo ; je préfère mettre un bifteck de plus dans l’assiette de mes enfants. » A l’instar de Murielle, un Français sur cinq aurait déjà renoncé à des soins médicaux pour des raisons financières. Mais comment cela se fait-il, alors que la Sécurité sociale couvre en moyenne 75 % des dépenses engagées ? Tout d’abord parce que les 25 % restants - le ticket modérateur - constituent, pour certains, une somme encore trop importante. Et puis, selon l’économiste Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé à Sciences-Po, parce que ce taux
« cache deux réalités très différentes : le remboursement à 100 % des affections longue durée (…) et à 90 % à l’hôpital ; et les soins courants (…), dont le taux de remboursement va être, lui, de l’ordre de 50 %, soit 1 euro sur 2, ce qui est un taux extrêmement modeste ».
Alors, que faire ?

Dans ces conditions, l’adhésion à une complémentaire santé semble de plus en plus indispensable. Mais, là encore, rien n’est évident, car il faut pouvoir en souscrire une… Or, deux millions de Français n’en auraient plus aujourd’hui, par manque de moyens. La santé s’apparente désormais à un luxe.
Médecin généraliste dans le XXe arrondissement de Paris, Mady Denantes l’a bien compris. Elle se bat au quotidien pour que ses patients puissent continuer à se soigner, en appliquant le tiers payant et en leur faisant crédit. Une pratique qui n’a pas toujours été tolérée par les caisses d’assurance maladie, mais que le Dr Denantes considère comme une grande avancée : « Pour quelqu’un qui n’a pas d’argent, payer 6,90 euros, ce n’est pas pareil que de payer 23 euros. » Consulter un spécialiste devient une gageure pour les assurés sociaux avec de faibles revenus comme Perrine. Etudiante en droit, elle se rend dans un centre de santé où sont regroupées plusieurs disciplines et où le dépassement d’honoraires n’existe pas. Jeune et en bonne santé, elle a décidé de se passer de mutuelle en croisant les doigts pour qu’il ne lui arrive rien de grave. Jean-Pierre, lui non plus, n’a pas de complémentaire santé. Serveur à la retraite, il a retrouvé le sourire, après avoir été aiguillé vers la permanence d’accès aux soins bucco-dentaires, un service unique en France, qui prend en charge les assurés les plus démunis. C’est grâce à la solidarité, principe de base de notre système de santé, que des personnes comme Jean-Pierre peuvent bénéficier des traitements dont ils ont besoin. Les plus pauvres, ceux qui disposent de moins de 650 euros mensuels, ont, eux, droit à la CMU, couverture médicale universelle. Mais la brèche ouverte dans le système, en 2004, par Philippe Douste-Blazy, avec notamment les franchises médicales, ne cesse de s’agrandir. Les patients déboursent désormais 1 euro pour chaque consultation et 50 centimes pour chaque boîte de médicament achetée. Des dépenses qui pèsent de plus en plus lourd sur le porte-monnaie des petits revenus. La porte vers la privatisation est ouverte… Un choix politique à remettre en cause ?

• Magazine « Enquête de santé », durée 50' présentation Marina Carrère d’Encausse et Michel Cymes, avec la participation de Benoît Thévenet, réalisation Bernard Faroux production Pulsations. Documentaire, durée 52’ réalisation Rudy Bancquart, production France Télévisions / Pulsations année 2012 ; www.france5.fr

Cet article a été publié dans Le Mag du 10 au 16 mars 2012. Merci à Frédérique Lemaire-Benmayor, responsable du service de presse de France 5 et des Actions éducatives pour son aimable autorisation de reproduction.


Le Mag

Publicité

Commentaires (1)