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Accessibilité, clarté, réactivité, les maîtres-mots pour informer sur le médicament

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Médecin

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L'épisode Lévothyrox, à l'occasion de son changement de formule en 2017, a laissé des traces. Agnès Buzyn s’engage donc pour une information plus accessible, plus claire et plus réactive sur le médicament. Elle appelle à rénover les dispositifs d'information et préconise, suivant ainsi les recommandations de la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, de s'adresser plus directement aux patients tout en renforçant l'action des professionnels de santé en la matière. Le rapport qui lui est rendu ce 3 septembre 2018 en témoigne. Explications.

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Un rapport comme une série de recommandations tenant compte à la fois du contexte réglementaire, social et organisationnel et de la nécessité d’agir pour améliorer, durablement, l’information sur le médicament et mieux prévenir les situations de crise.

C'était le désir d'Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, que de rappeler que l'accès à l'information, notamment sur un sujet aussi important que le médicament, est un droit essentiel du patient. Souligner également que l'information des professionnels de santé est une nécessité de premier plan pour garantir la qualité des prises en charge et protéger la chaîne de confiance qui doit relier les acteurs du soin entre eux. C'est cet esprit qui a motivé, en novembre dernier, après l'épisode Lévothyrox et sa gestion de crise pour le moins déficiente, sa demande de mission sur l'amélioration de l'information des usagers et des professionnels de santé sur le médicament ; mission présidée par le Dr Gérald Kierzek, praticien hospitalier et chroniqueur santé, et Magali Leo, responsable du plaidoyer de l'Association Renaloo.

Le rapport qui en découle vient d'être rendu à la ministre ce 3 septembre 2018.  Il décline les points essentiels de cet engagement pour une information plus accessible, plus claire et plus réactive sur le médicament, proposant une série de recommandations tenant compte à la fois du contexte réglementaire, social et organisationnel et de la nécessité d’agir pour améliorer, durablement, l’information sur le médicament et mieux prévenir les situations de crise.

Une nécessité de premier plan : garantir la qualité des prises en charge et protéger la chaîne de confiance qui doit relier les acteurs du soin entre eux

Pour se comprendre, il faut parler la même langue

Le rapport le souligne, les sources d’information sur le médicament sont prolifiques. Il est incroyablement difficile pour les patients et les professionnels de se repérer et d’identifier les sources d’information fiables. En particulier, l’information publique - fragmentée, difficile d’accès, voire contradictoire - n’est pas aujourd’hui en capacité de constituer un socle minimal « de référence » face à une information privée de qualité variable. L'idée est donc de mettre en place une source unique d’information publique sur le médicament en s’appuyant sur sante.fr, le service public d’information en santé, et en y intégrant la base de données publique des médicaments et les informations du site medicaments.gouv.fr  Cette plateforme rassemblerait des contenus authentifiés et labellisés, et se caractériserait par son souci de rendre l’information matériellement accessible et adaptée au niveau de littératie des différents utilisateurs (usagers et professionnels de santé). Les rapporteurs rappellent cependant qu'un site internet ne suffira pas, à lui seul, pour diffuser la culture générale du médicament dans l’ensemble de la population. C’est pourquoi cette proposition structurante s’accompagne également de pistes destinées à tirer le meilleur parti de la diversité des canaux d’information du grand public. Des supports d’information comme le carnet de santé et, demain, le Dossier Médical Partagé (DMP), représentent ainsi des vecteurs pertinents pour pousser l’information en direction des publics cibles. En ce qui concerne les canaux traditionnels d’information (presse grand public notamment), un effort particulier doit être conduit pour aider les autorités publiques et les journalistes à se comprendre mutuellement.

Créer une plateforme « Médicament Info Service » pour centraliser une information aujourd’hui fragmentée et insuffisamment orientée vers ses utilisateurs.

Restaurer la confiance par la transparence…

En effet, la confiance dans les autorités sanitaires doit être restaurée quand elle fait défaut et renforcée lorsqu’elle est affaiblie. Ce travail au long cours suppose, en tout premier lieu, un effort accru de transparence s’agissant des procédures règlementaires, applicables avant et après la mise sur le marché des médicaments. En ce sens, il est proposé de faciliter l’accès aux données et documents scientifiques et économiques à l’origine des décisions prises par l’administration et d’associer fortement les représentants d’usagers à la prise de décision et à la communication sur le médicament. La mission estime en outre qu’une des conditions nécessaires au renforcement de la confiance dans l’information sur les procédures relatives au médicament réside dans un positionnement adéquat des acteurs, combiné à un surcroît de transparence sur les pratiques autorisées. Et de souligner que l’association accrue des représentants des usagers au système de santé, préconisée dans un objectif de transparence, impose enfin d’oeuvrer pour permettre aux associations de patients de devenir des partenaires incontestés des autorités sanitaires via notamment une représentation des usagers au sein du Comité économique des produits de santé (CEPS).

Autre aspect déterminant, l’information doit circuler entre tous les acteurs tout au long de la vie d’un médicament et du traitement du patient. Ainsi, la mission propose de faire des décisions réglementaires tout au long de la vie d’un produit des moments clés d’information des parties prenantes. De fait, la cohérence et l’accessibilité de l’information réglementaire relative aux médicaments doivent être améliorées. Plus particulièrement, la mission appelle à la plus grande vigilance s’agissant des pictogrammes grossesse  pour lesquels une mise en cohérence est urgente et nécessaire, ainsi que pour la préparation de l’arrivée en officine des médicaments répondant aux nouvelles recommandations de conditionnement.

Il est par ailleurs proposé de faire des actes de prescription et de dispensation des moments-clés de l’information. Pour que le temps de la consultation soit, plus qu’aujourd’hui, favorable à l’information sur les médicaments, il est proposé de développer des outils d’aide à la pratique qui devront être disponibles sur le site Médicament Info Service. Pour les patients concernés par des traitements plus lourds, une consultation renforcée sur le médicament pourrait être expérimentée. Parallèlement, le devoir d’information pesant tout autant sur le pharmacien dispensateur, la mission propose notamment d’approfondir l’information qu’il délivre et d’amplifier la portée du bilan de médication.

Le besoin d’information concerne aussi, de façon plus surprenante, les professionnels de santé en raison de carences, plusieurs fois soulignées, de leur formation initiale et continue, toutes deux devant être repensées, renforcées et préservées de toute influence ou prise d’intérêts industriels.

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Remise du rapport ce lundi 3 septembre 2018 dans les locaux de l'ANSM, à Saint-Denis. Crédit @ericcoquerel

Le suivi en vie réelle des médicaments reste, selon les rapporteurs, très insuffisant malgré les risques que présentent nombre d’entre eux : les anciens médicaments, dont les risques peuvent se réaliser avec un effet retard, comme les nouveaux, qui arrivent parfois précocement sur le marché aux termes de procédures fast track. De ce point de vue, les professionnels de terrain, les usagers et associations de patients, doivent être reconnus comme étant des acteurs clés et écoutés du suivi en vie réelle. Autre recommandation, lorsque sont impliqués des médicaments à haut potentiel de risques, notre système de santé gagnerait à développer des outils innovants pour capitaliser plus largement sur les données en vie réelle qui remontent par le biais des professionnels de santé et des patients par des canaux plus informels.

Mieux gérer la communication lors d’une crise débutante afin de ne pas risquer l’amplification…

Le contexte actuel est, on le constate, particulièrement propice à l’émergence rapide de crises, sanitaires ou médiatiques, impliquant des médicaments. S’il est difficile de tout prévoir, les autorités sanitaires se doivent en revanche de s’organiser et de s’outiller dans la perspective de leur survenue. La création d’une cellule collégiale, appelée « Vigimédicament »  pourrait venir structurer le process d’anticipation et de gestion de crise. Souple et proactive, cette cellule aurait vocation à se réunir à échéances régulières pour faire le point sur les signaux identifiés dans les réseaux de veille des différentes autorités de santé et par les différents acteurs de terrain (professionnels de santé, associations de patients, industriels), et à tout moment en cas d’alerte.

Une chose est certaine, en contexte de crise, il apparaît nécessaire d’adopter une communication plus cohérente, plus rapide, plus transparente. Une prise de parole dès l’émergence de la crise, même en l’absence de certitudes scientifiques consolidées , la pertinence et la réactivité des réponses apportées aux demandes d’information provenant notamment des journalistes sont de nature à y contribuer. Il est par ailleurs proposé de doter les autorités publiques de vecteurs de communication d’urgence plus efficaces en direction du grand public et des patients. Il est également démontré que la prise en compte d’une information par les professionnels de santé est d’autant plus efficace qu’elle est directement intégrée à leur outil de travail, et ne transite pas par un vecteur distinct, qui impose une opération intellectuelle supplémentaire en vue d’intégrer la teneur d’une information, même lue, à la pratique. La mission estime qu’il est impératif que les autorités sanitaires disposent d’outils de communication d’urgence leur permettant de toucher sans délai et sans coût les professionnels de santé pour que l’information d’urgence puisse être transmise sans délai aux patients. À ce titre, elle estime anormal qu’aucune autorité ne dispose aujourd’hui de bases d’adresses emails et de numéros de téléphone exhaustives utilisables à cet effet.

La mission considère que la responsabilité de communiquer officiellement sur le médicament doit être confiée à l’ANSM, à laquelle elle incombe naturellement

Si le champ de la mission, comme vu précédemment, englobe l’ensemble des usagers, des professionnels de santé et des lieux de soin, les rapporteurs soulignent que peu de propositions sont spécifiques au milieu hospitalier. Il a en effet semblé à la mission que l’effort devait porter avant tout sur le grand public et les professionnels de santé de premier recours. Agnès Buzyn salue la pertinence des recommandations de la mission qui, sur 96 pages, dressent une politique du médicament à venir ambitieuse et respectueuse du droit à l'information pour tous et ce, à tout moment.

Accéder au « Rapport sur l'amélioration de l'information des usagers et des professionnels de santé sur le médicament » sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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