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L'alcoolisme, l'un des premiers motifs d'hospitalisation

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Médecin

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Le coût de l'ensemble des séjours hospitaliers liés à l'alcool en France a été estimé à 2,64 milliards d'euros en 2012, soit environ 3,6% de l'objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) hospitalier, selon une étude publiée le 7 juillet 2015 dans le Bulletin hebdomadaire épidémiologique (BEH).

homme saoul alcool

Les séjours hospitaliers liés à l'alcool sont une des toutes premières causes d'hospitalisation en France" et semblent être en augmentation, alors même que la consommation globale d'alcool a nettement diminué depuis les années 1960.

Les Prs François Paille du CHU de Nancy et Michel Reynaud de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif (AP-HP, Val-de-Marne) avaient mené en 2013, pour la Société française d'alcoologie (SFA), une première évaluation sur l'activité hospitalière liée à l'alcool, incitant le ministère en charge de la santé à mener une étude plus approfondie. Ils en rapportent les résultats dans la revue hebdomadaire de l'Institut de veille sanitaire (InVS). L'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation (ATIH) a mené une analyse de tous les séjours hospitaliers survenus en 2012 dans les établissements de santé français pour des pathologies liées à l'alcool, qu'ils surviennent en services de médecine, chirurgie, obstétrique (MCO), en psychiatrie ou en soins de suite et réadaptation (SSR), à partir des bases de données du Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI).

  • En 2012, 580.884 séjours liés à l'alcool ont été identifiés en MCO pour 316.824 patients, représentant 2,2% de l'ensemble des séjours en MCO. L'alcool a été le motif principal de l'hospitalisation pour 33,9% de ces séjours (alcoolisation aiguë pour 17,8% et dépendance pour 16,1%) et les comorbidités liées à l'alcool pour 66,1%. Le coût était estimé à 1,22 milliard.
  • En psychiatrie, 2.717.031 journées de psychiatrie et 673.297 actes ambulatoires étaient en rapport avec un diagnostic d'alcool principal (soit respectivement 68,3% et 100% du total) ou associé, concernant 139.882 patients et représentant respectivement 10,4% des journées et 3,7% des actes ambulatoires en psychiatrie en 2012. Le coût était estimé à 0,98 milliard.
  • En SSR, 2.002.071 journées pour 49.925 patients étaient en rapport avec un diagnostic principal ou associé, soit 5,6% de l'ensemble des journées en SSR cette année-là. La majorité d'entre eux (61,5%) était hospitalisée pour la rééducation d'une complication secondaire à l'alcool (accidents) ou pour une autre pathologie, celle-ci étant codée comme cause du séjour SSR, tandis que 38,5% étaient hospitalisés dans ces structures pour le traitement spécifique de leur alcoolodépendance. Le coût était estimé à 0,44 milliard.
  • Les séjours liés à l'alcool en MCO ont augmenté de 11,3% et le nombre de patients de 16,5% par rapport à 2006 et le nombre de journées ont augmenté de 2,3% en psychiatrie et de 6,7% en SSR par rapport à 2009. Ces évolutions doivent toutefois être maniées avec précaution car elles peuvent témoigner d'une amélioration du codage PMSI des pathologies liées à l'alcool, observent les auteurs.

Qualifiant le coût des séjours hospitaliers liés à l'alcool de "très important", ils estiment que ce montant est probablement sous-estimé compte tenu de l'absence de codage de l'alcool lors de séjours où il a pourtant joué un rôle important comme, par exemple, à l'occasion de traumatismes ou de certains cancers en MCO et, plus encore, du fait de l'insuffisance de cotation de l'alcoolodépendance comorbide en psychiatrie. Pour donner une idée plus précise des séjours hospitaliers liés à l'alcool, ils ont effectué une comparaison avec le diabète, considéré comme l'une des pathologies induisant le plus de soins médicaux et d'hospitalisations. En ne prenant que les séjours en MCO en 2012 pour lesquels l'alcool ou le diabète ont été le motif principal de l'hospitalisation, à l'exclusion des séjours pour complications, ils comptent 197.024 séjours dus à l'alcool et 241.186 pour le diabète, mais auxquels ils ajoutent les séjours de 122.067 patients accueillis en psychiatrie. Ils relèvent par ailleurs que les complications de l'alcool sont très bien prises en charge mais que le comportement de consommation d'alcool lui-même est encore trop rarement abordé avec les nombreux patients hospitalisés pour ces complications, qu'elles soient somatiques ou psychiatriques. Cela souligne la nécessité de proposer aux patients accueillis pour ivresse dans les services d'urgence, une évaluation et un entretien portant sur leur relation à l'alcool, de préférence par l'intermédiaire d'une équipe de liaison en addictologie et, si besoin, de les orienter vers une prise en charge en addictologie de façon à éviter l'apparition de complications, sources de nouvelles hospitalisations plus tard.

L'essentiel du coût sanitaire de l'alcoolisation excessive étant lié aux complications qui surviennent tardivement, un abord et une prise en charge plus systématiques des conduites d'alcoolisation permettraient au mieux d'éviter ces complications, ou au moins d'éviter leur aggravation et les réhospitalisations fréquentes qui en résultent. Les auteurs appellent en conséquence à améliorer la formation en alcoologie des personnels des services qui accueillent ces patients (médecine interne, hépato-gastroentérologie, neurologie, mais aussi psychiatrie générale...) et de fournir aux hôpitaux des équipes de liaison en addictologie adaptées à l'importance des besoins. Les séjours hospitaliers liés à l'alcool sont une des toutes premières causes d'hospitalisation en France et semblent être en augmentation, alors même que la consommation globale d'alcool a nettement diminué depuis les années 1960. Cette tendance est vraisemblablement d[ue] à une meilleure reconnaissance dans les hôpitaux de l'alcoolodépendance qui reste toutefois encore très insuffisante pour en diminuer les complications, commentent-ils. Il faut bien reconnaître que ce problème n'est pas pris en compte, en France, à la hauteur des enjeux de santé publique.

Une autre étude publiée dans ce numéro du BEH montre que les trois quarts des cirrhoses prises en charge dans les centres hospitaliers en 2012 étaient dues à l'alcool.

BEH, n°24-25, 7 juillet 2015

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