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Alerte sur les urgences toujours en état critique

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Une enquête du syndicat SAMU-Urgences de France tire la sonnette d’alarme sur le débordement des services d’urgences, SAMU et SMUR, en dépit de la mise en œuvre des recommandations de la « mission flash ».

42 services d'urgences ont déclaré opérer une fermeture totale de nuit.

Mesurer l’impact des recommandations de la "mission flash" sur le terrain, dans un contexte de forte tension sur les services d’urgence : c’est l’objectif de l’enquête menée au cours du mois de juillet par le syndicat SAMU-Urgences de France (SUdF). Département par département, elle dresse une cartographie de la situation dans ces unités, mais aussi au sein des SAMU, sollicités en aval des admissions, et des SMUR. Et partout, le constat est le même : une augmentation de l’activité qui, conjuguée aux difficultés importantes en termes de ressources humaines, contribue à fragiliser grandement leur fonctionnement.

180 000 passages en plus

Durant le mois de juillet 2022, une hausse d’activité de 12,3% en moyenne a ainsi été observée dans les services d'urgences par rapport à la même période en 2021. Un taux qui passe à 10% dans les départements qui ont mis en place une régulation médicale préalable à l’accès à ces services. 88 établissements (soit 26% des structures) ont ainsi imposé une restriction d’accès, dont 67 avec une régulation systématique réalisée par le SAMU, conformément à l’une des 41 recommandations de la "mission flash". Dans les faits, ce sont environ 180 000 passages de plus qui ont été enregistrés. Or parallèlement, la quasi-totalité des services d’urgences sont confrontés à d’importantes tensions en personnel. 90% des établissements répondants déclarent en effet être en difficulté sur les ressources médicales, et 89%, à l’être sur les ressources non médicales. 73% de ces établissements ont recours à des solutions d’intérim durant cet été, constate l’enquête. Plus alarmant encore, 42 établissements ont été contraints de réaliser une fermeture totale de nuit de leur SU pour un nombre cumulé de 546 nuits en juillet. Dans ce contexte, 65 établissements ont été contraints de déclencher un plan blanc.

Les personnels sont épuisés, ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Les services d’urgence, les SMUR, le 15 sont en grande difficulté de fonctionnement.

Compte tenu de ces circonstances, les services d’urgences sont en très grande très grande fragilité, alerte le SUdF, qui déplore une mise en œuvre insuffisante des recommandations de la "mission flash" ne permettant pas d’assurer leur bon fonctionnement. Les personnels sont épuisés, ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Les services d’urgence, les SMUR, le 15 sont en grande difficulté de fonctionnement, a réagi de son côté le Dr Marc Noizet, qui succède à François Braun, le ministre de la Santé, à la présidence du syndicat, jeudi 4 août sur France Info. Et la situation pourrait s’aggraver au cours du mois d’août, notamment en raison des congés des professionnels libéraux, amenés à grignoter un peu plus les disponibilités de la médecine de ville, prévient le syndicat.

Le SAMU et les SMUR en grande difficulté

Côté SAMU et Structures mobiles d’urgence et de réanimation (SMUR), le constat est identique. Avec une augmentation d’activité estimée en moyenne à 21,5% sur le mois de juillet 2022 par rapport à 2021 et des difficultés en ressources médicales et non-médicales remontées par respectivement 98% et 95% des services ayant répondu, les SAMU sont également submergés. En cause, un manque d’anticipation, alors qu’à la conjoncture sanitaire déjà complexe et à l’insuffisance des ressources libérales disponibles pour prendre en charge les soins non programmés s’est ajouté un recours plus intensif des services pour la mise en œuvre de la régulation médicale. Certains SAMU se retrouvent dans une impasse lorsqu’ils doivent réorienter certaines demandes de soins, sans avoir aucune alternative, s’inquiète le SUdf. Quant aux SMUR, 75 de ces services ont été dans l’obligation de fermer une ligne, faute de personnel, et 18 d’entre eux ont même effectué une fermeture totale de leur activité SMUR.

L’enquête
Ont répondu à l’enquête menée par le SUdF:
•    331 établissements de santé, soit environ la moitié des services d’urgences du territoire, dont 293 structures publiques, 35 privées et 3 établissements militaires.
•    97 SAMU, sur les 102 présents sur le territoire.
•    269 établissements sièges de SMUR, soit 60% des SMUR existants.

Des mesures correctrices à mettre en place d’urgence

Devant ces constats, le SUdf formule dans ses conclusions un certain nombre de demandes pour tenter de réduire les fragilités observées dans ces services et limiter leurs impacts. Pour les urgences, il réclame ainsi la mise en œuvre d’une réelle politique de mise à disposition des lits d'aval des urgences à hauteur du besoin journalier minimal en lits dans tous les établissements, quitte à ce que ceux-ci aient parfois recours à des déprogrammations afin de récupérer du capacitaire. Il encourage également le secteur privé à participer à l’aval des urgences. Pour soulager le SAMU, le syndicat recommande notamment de multiplier les points d’accueil de soins non programmés, en s’appuyant par exemple sur les maisons médicales de garde ou encore sur l’offre de soin disponible au sein des Communautés professionnelles territoriales de santé. Plus largement, il insiste sur la nécessité de revaloriser les personnels paramédicaux (ambulanciers et assistants de régulation médicale inclus) et de doubler les indemnités des gardes de nuit et de week-end.

Une réévaluation des recommandations attendues

Il n'y a pas de fermeture [des urgences], il y a un accès régulé, médicalement ou par des soignants vers les services d'urgence, dans les endroits où il n'y a plus les moyens humains pour faire tourner sans cette régulation, a affirmé François Braun, mercredi 3 août lors d’un déplacement au CHU de Nantes. Des propos qui ont aussitôt fait bondir Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au Samu 93, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF). Le ministre de la Santé pris en flagrant délit de mensonge ce matin en affirmant qu'aucun service d'urgences n'était fermé la nuit, s’est-il ainsi indigné sur Twitter, relevant les chiffres présentés dans l’enquête. Les mesures estivales mises en place à la suite des recommandations de la "mission flash" feront l’objet d’une réévaluation à la fin du mois de septembre, a toutefois promis François Braun. Les mesures qui sont efficaces, qui donnent satisfaction, on les poursuivra. Les mesures qui n'auront pas été efficaces ou qui n'auront pas donné satisfaction, on les arrêtera, a-t-il ainsi indiqué.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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