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Attentats à Paris : les soignants sur le front de guerre

« Un acte de guerre » selon le Chef de l’Etat. Plusieurs actions kamikazes ont en effet provoquées hier soir 13 novembre 2015 dans la capitale française une tuerie sans précédent. Le bilan, extrêmement lourd et non définitif, fait état de 128 morts et plus de 200 blessés dont 80 « urgence absolue ». Le Plan blanc déclenché dans la soirée a mobilisé l’ensemble des soignants et les mobilise toujours bien évidemment. Etat des lieux alors que l’Etat d’urgence est décrété en France.

samu CH Versailles

La mobilisation des équipes de secours de la capitale et de sa région sur les différents lieux du drame ont permis la prise en charge des premières victimes au plus vite.

Au petit matin du 14 novembre 2015, Paris s’est réveillée KO debout avec un sentiment d’irréalité et une angoisse majeure : combien de victimes devrait-on compter suite aux attentats terroristes simultanés perpétrés le 13 au soir dans plusieurs quartiers de la capitale ainsi qu’à l'extérieur du Stade de France ; des attentats revendiqués par le groupe Etat islamique Daech. L’événement le plus grave et le plus sanglant - plus de 80 victimes - a eu lieu lors d’une prise d’otages dans une salle de spectacle, le Bataclan. Je me trouvais à l'intérieur de la salle de concert quand plusieurs individus armés sont rentrés en plein concert. Deux ou trois individus non masqués sont rentrés avec des armes automatiques de type kalachnikov et ont commencé à tirer à l'aveugle sur la foule, rapporte un journaliste d'Europe 1, présent au Bataclan. .

Les chiffres, odieux, en attestent alors que le bilan, comme on s’en doute, n’est encore que provisoire : 128 morts, plus de 200 blessés dont 80 en « urgence absolue ». Huit terroristes présumés seraient morts, d’autres pourraient toujours être en fuite. Le Conseil des ministres, convoqué par le Président de la République, s’est réuni le 14 novembre à 0h instituant, par décret, l’État d’urgence. Un deuil national de trois jours a été également annoncé par le Président de la République.

« Aucune guerre n’aura assez d’arguments pour légitimer le meurtre de mon frère. Aucune ! » - Christophe Pacific, cadre supérieur de santé, docteur en philosophie

carte attaques Paris

Le plan blanc déclenché le 13 novembre à 22h30

Le plan blanc a été déclenché à l’AP-HP depuis 22 h 30. Tous les services d’urgence et les services de Samu sont sur le pont. Inscrit dans la loi depuis 2004, il définit les dispositifs de crise dont disposent les établissements de santé publics et privés et leur permet de mobiliser et d'organiser immédiatement les moyens humains et matériels pour faire face à l'afflux de patients ou de victimes. Un plan blanc permet ainsi de déprogrammer des activités non indispensables, d’ouvrir des lits supplémentaires, de renforcer ponctuellement les équipes de professionnels de santé dans les établissements en difficulté. Il fixe également les modalités selon lesquelles le personnel nécessaire peut être maintenu sur place et, le cas échéant, rappelé lorsque la situation le justifie. Tous les professionnels d'un établissement (administratifs, médecins, soignants, personnels techniques) sont impliqués.

Une mobilisation exemplaire

Très vite, les professionnels de santé ont témoigné de véritables scènes de guerre. Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou, où de nombreux blessés ont été transportés, s’est exprimé sur France inter : Je n'ai jamais vu ça, ça fait 20 ans que je fais ce métier C’était une nuit de cauchemar. On les voit arriver 1, puis 2, puis 10, puis 30... vous devez les panser, les soigner. Vous réalisez plus tard que vous êtes ailleurs. C'est peut-être ça la définition de la guerre.

Eric Revue, chef des urgences à l’hôpital Louis Pasteur de Chartres, explique la mobilisation des équipes soignantes au-delà de la seule région parisienne. Les équipes de SAMU SMUR terrestres et hélicoptères des départements et régions limitrophes ont rapidement été mobilisées pour venir renforcer le dispositif à Paris. Les hôpitaux de périphérie mis en alerte restent en position de repli selon le dispositif mis en place dans l’éventualité d’une nouvelle catastrophe. Les équipes d’urgentistes de réanimateurs et d’anesthésie de l’hôpital de Chartres se sont proposées pour venir renforcer les équipes parisienne dans cette situation exceptionnelle. Il reste une grande vigilance pour la mise en alerte des équipes. Un message à la population : éviter de surcharger les urgences pour des pathologies bénignes car les cas non urgents ne pourront pas être traités. Éviter également d encombrer les lignes de SAMU pour les réserver à des appels urgents. Je reçois par ailleurs beaucoup de messages de collègues urgentistes d'Australie, de Chine, d'Italie, d'Allemagne, et en particulier d'Américains  qui ont été touchés par les attentats de Boston et qui soutiennent les équipes de Paris. Tous se sentent touchés par ces événements et ces messages montrent que le monde de l'urgence est solidaire.

Pour Mickaël Perchoc, infirmier aux urgences de l’hôpital Bichat, membre de l’Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires (Eprus), j'étais cette nuit à la cellule de crise... Dans les très grandes lignes, je peux dire qu’environ 200 blessés ont été pris en charge dans les services de l'AP-HP,  sans compter les personnes prises en charge par les CUMP, réparties dans quatre lieux de la capitale... La demande va sûrement exploser d'ailleurs... Pour les blessés, ça va de l'urgence vitale (un certain nombre de cas avec des blocs directs) à des soins plus mineurs. De très nombreux soignants ont rejoint leur service avant même que le plan blanc soit déclenché. Tout ce que l’on peut dire, c’est que les informations étaient encore parcellaires cette nuit.

« Nous avons mobilisé énormément de moyens parce qu’on ne savait pas où on allait, ni comment ça allait se passer... »

Interviewé ce matin sur France info, l’urgentiste Patrick Pelloux a également apporté son témoignage. On s’est battu toute la nuit avec l’ensemble des équipes du SAMU et des hôpitaux. On s’est mobilisé pour sauver un maximum de victimes. Il y en a encore qui sont au bloc opératoire et j’espère qu’ils vont s’en sortir. C’est un carnage de guerre, une attaque massive. Le hasard a fait que le matin, au SAMU de Paris, avaient été organisés des exercices sur des attentats multi-sites, donc on était préparé. Il y a eu une mobilisation des forces de police, des pompiers, des SAMU, des associatifs qui sont venus et on a essayé de sauver le plus de monde possible. Je sais qu’à l’heure actuelle, il y a beaucoup de familles inquiètes. C’est très compliqué car on a pris en charge des victimes sans prendre leur identité immédiatement pour les conduire le plus vite possible au bloc opératoire. Donc il faut attendre de pouvoir identifier tout le monde. C’est long, difficile et compliqué. On vit une situation extrême. Ce matin dans les hôpitaux, on essaye encore de sauver le plus possible de victimes. Ils ont des blessures de guerre, des blessures par balles. Toujours le même scénario avec des armes de guerre, des kalachnikov. Les hôpitaux sont disponibles. Il y a beaucoup de places. Les chirurgiens, les réanimateurs, les personnels, les infirmiers... tout le monde est revenu spontanément dès 21h30 - 22h. Donc ça nous a permis de sauver le plus de monde possible. On a fait venir des collègues des autres SAMU, des collègues par hélicoptère. Nous avons mobilisés énormément de moyens parce qu’on ne savait pas où on allait, ni comment ça allait se passer... pour sauver le plus de monde possible... C’est ça qui comptait le plus pour nous. Il y a des chirurgiens militaires de Bégin et de Quercy qui sont à disposition et nous avons des professionnels très compétents. Le problème, c’est que nous sommes un peuple de paix. Un peuple qui n’est pas préparé à ce genre de situation, qui ne connaissait plus la guerre et nous sommes en guerre. Cela veut dire qu’on ne doit pas avoir peur, qu’on doit être extrêmement solidaire parce qu’on est le peuple de France. On reste ensemble. On reste groupé et on se prépare à nouveau au pire. Là je suis toujours au SAMU, bien que les opérations soient terminées. Actuellement, ce ne sont que des opérations policières qui se déroulent. Pour nous, c’est terminé. Mais on a réarmé le système de manière à être prêt... toujours prêt...

Dans la foulée, et dans un communiqué commun, les syndicats CSMF, MG France, Le Bloc, le SML et la FMF, soit les principaux de la profession ainsi que Fédération de l'hospitalisation privée, qui regroupe quelque 1.000 cliniques, ont appellé l'ensemble des médecins à cesser immédiatement toute action de grève des soins dans l'ensemble du pays.Les attentats commis hier soir imposent l'unité de notre pays et la mobilisation de tous pour garantir les soins et la sécurité à l'ensemble de la population (...) Dans cette situation d'état d'urgence, la solidarité des médecins libéraux avec les pouvoirs publics, la population, les autres soignants, et en particulier leurs collègues hospitaliers est totale, affirment-ils.

rue Paris

Claire, infirmière de nuit à Lariboisière… « C’était apocalyptique »

Cette nuit fut la plus horrible de ma carrière. Nous avons tous été réquisitionnés aux urgences en début de nuit pour aider les collègues à accueillir les blessés. 22 blessés sont arrivés quasi en même temps, tous conscients, calmes car en état de choc. Des plaies essentiellement par balles. C’était apocalyptique. Il y a eu beaucoup de solidarité de la part des collègues qui sont revenus aider alors qu’ils venaient de rentrer chez eux. Nous (ndlr : soignants) étions tous en état de choc, et nous le sommes encore maintenant. J’ai tremblé les deux premières minutes, ensuite je suis allée « au front » en faisant tout ce que je pouvais. A 6h30, l’un des blessés admis pour une plaie thoracique est remonté dans un service afin que sa prise en charge se poursuive. J’ai quitté l’hôpital à 8h30. 6 victimes étaient encore au bloc. Lorsque je suis entrée dans ma voiture ce matin pour rentrer chez moi, j’ai craqué. J’ai pleuré.

Sur les réseaux sociaux, un seul mot d’ordre : solidarité

Sur les réseaux sociaux, les messages de solidarité se sont succédés tout au long des événements suivis, de fait, en direct. Soulignons la grande mobilisation des Parisiens qui ont organisé l’accueil - sous le hashtag #PorteOuverte - des très nombreuses personnes paniquées, esseulées, qui ne pouvaient rentrer chez elles du fait du bouclage des quartiers et de l’insécurité majeure qu’il régnait dans Paris intra muros.

Le réseau social Facebook a lui déclenché son bouton d'urgence de « contrôle d'absence de danger » qui permet d'un clic d'envoyer le message « Je suis en sécurité » à tous ses contacts, qui voient s'afficher ce message sur leur mur. Il semble que vous soyez dans la région touchée par les attaques terroristes à Paris. Dites à vos amis que vous êtes en sécurité, propose ce service. Sur notre page facebook, les témoignages solidaires affluent, Hélène souhaite ainsi bon courage à tous ceux qui sont en poste aujourd'hui, comment peuvent-ils apporter du réconfort à des gens qui ont vu l'horreur, blessés par des meurtriers lâches, vraiment je pense à vous mes collègues. Franck témoigne lui aussi de sa solidarité avec ses collègues soignants :  Merci à tous les soignants de la région parisienne qui se mobilisent pour toutes les victimes, ceux qui font des heures sup, ceux qui reviennent travailler sur leurs repos en renfort. Merci pour votre dévouement, reposez vous aussi pour rester opérationnels, courage.

Enfin, les Parisiens sont invités à éviter de saturer les lignes téléphoniques et les urgences. Un appel au don du sang a été lancé . Pour trouver où donner près de chez vous :   http://dondusang.paris/ou-donner. L'Etablissement français du sang a annoncé que tous les centres d'Ile-de-France étaient débordés de donneurs ce samedi. Parallèlement, une cellule psychologique a été ouverte à la mairie de Paris. Un numéro est disponible pour que chacun puisse prendre des nouvelles de ses proches : 08 00 40 60 05.

Il est évident que nous suivrons avec beaucoup d’attention et d’engagement les conséquences de ces attaques barbares et nous ne doutons pas que vous saurez, vous aussi, nous adresser vos témoignages et autres points de vue de soignants, bien sûr, mais aussi de citoyens. En attendant, prenez soin de vous et prenons soin les uns des autres, soyons forts et solidaires. Restons debout et montrons à ceux qui nous veulent couchés que nous Français, lutteront avec pugnacité contre les forces du mal.

« J’appelle néanmoins au souffle d’humanité pour penser au plus vite le vivre ensemble plutôt que la mort d’autrui. Nous sommes au bout d’un système délétère qui sépare et qui déchire, nous devons tenter de repenser les objectifs de notre civilisation. Il n’est pas question de subir sans réagir, mais notre action doit être plus brillante qu’une réponse guerrière. Résistance ! » - Christophe Pacific, cadre supérieur de santé, docteur en philosophie

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