AU COEUR DU METIER

"Au nom de la République Française... je vous décore de la Médaille de l'engagement !"

Cet article fait partie du dossier :

Epidémiologie

    Précédent Suivant

Au nom de la République Française... Cette formule liminaire adressée au récipiendaire lors d'une remise de décoration aura peut-être bientôt un écho national. En effet, Sibeth N'Diaye, porte-parole du gouvernement, a révelé le 13 mai, la double volonté présidentielle de mettre à l'honneur les professionnels de santé. D'une part, par un hommage national rendu lors des prochaines festivités du 14 Juillet mais aussi, de façon plus symbolique, par l'ouverture d'une promotion unique de la Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite, prévue pour le 1er Janvier 2021 ainsi que l'actualisation d'une décoration beaucoup plus symbolique : une "médaille de l'engagement" qui réactive la médaille des épidémies. Mais, qu'est-ce que ça représente au juste et surtout, est-ce que cela suffira-t-il aux yeux de la communauté soignante ? On connait déjà la réponse...

armoiries france

Le Président de la République souhaite une reconnaissance nationale au titre de la Nation envers tous ceux qui se sont mobilisés durant cette épidémie.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, souhaite que la fête nationale soit une occasion supplémentaire de manifester l’hommage et la reconnaissance de la nation à tous ceux qui se sont engagés dans la lutte contre le Covid-19, a indiqué le 13 mai 2020 la porte-parole du gouvernementIl a souhaité une reconnaissance qui soit également symbolique, de la nation toute entière, envers ceux qui se sont mobilisés dans cette épidémie et continuent à le faire, a expliqué Sibeth Ndiaye à l’issue du Conseil des ministres. Ainsi, une médaille de l’engagement face aux épidémies sera réactivée, afin de récompenser les personnes qui se sont dévouées pendant la crise du Covid-19. Une proposition portée par un député LR, Philippe Gosselin, qui avait déposé une proposition de loi en ce sens fin mars.

La porte-parole du gouvernement a pris la parole à la sortie du conseil des ministres du 13 mai. Sibeth Ndiyaye a annoncé "une médaille de l'engagement" pour les personnes engagés dans la lutte contre Le Covid-19

L'histoire, dans l'histoire...

La médaille des épidémies, appelée officiellement "médaille d'honneur des épidémies"est une décoration française créée le 31 Mars 1885 sous l'impulsion de Jules Grevy, alors Président de la République, et de son Ministre du Commerce, Maurice Rouvier. L'année précédente en Juin 1884, une grave épidémie de choléra s'était propagé dans le grand Sud de la France tuant, notamment à Marseille un des premiers foyer de l'épidémie, pas moins de 2000 personnes. Ce n'est qu'à la force des professionnels de santé de l'époque que la propagation du vibrion, dénommé "choléra" la même année par Koch, fut endigué à grands renforts d'abnégation et de dévouement de ces derniers exerçant dans les différents hôpitaux de la métropole. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ?

Ainsi, fut décidé l'année suivant, en 1885, de célébrer et de rendre hommage aux combattants d'alors en créant la "médaille d'honneur des épidémies" qui était décerné par les services de l'hygiène publique sous la tutelle du Ministère des Commerces. La décoration tricolore étaient destinée à récompenser les mérites de celles et ceux qui avaient soigné en dépit du risque de contamination, mais aussi permis de limiter la propagation du choléra et en étant les promoteurs des premières mesures d'hygiène collective et hospitalières. En 1962, faisant suite à la disparaition du dernier ministère l'attribuant et dans un souci de pertinence, la médaille d'honneur des épidémies est remplacée par la « médaille d'honneur du Service de Santé des Armées ».

Des médailles ? Y en a plein les cimetières !

Cet adage paysan est vrai. On ne peut pas dire le contraire ! Cependant, en qualité d'ancien militaire d'active, je peux vous l'assurer : au-delà de la seule symbolique qui restera, sans doute, au fond d'un placard ou sur une étagère poussièreuse, une médaille c'est d'abord et surtout une récompense du coeur. Une valeur de l'honneur qui vient marquer la participation d'une femme, d'un homme, à un combat pour lequel chacun d'entre nous a contribué avec les armes qui étaient les siennes : a minima son humanité, a maxima son expertise. Par conséquent, recevoir une décoration, quelle qu'elle soit, c'est être reconnu dans son action individuelle au profit du collectif, la Nation, et c'est, finalement, faire partie de l'Histoire, non ? Alors, un jour, peut-être, vos enfants, vos petits-enfants, vous demanderont ce que représente cette vieille breloque toute défraîchie qui reste là à regarder passer les années sans bouger. Alors, un jour, peut-être, vous lui raconterez cette histoire de notre pays, ce chapitre, au printemps 2020, de notre roman sanitaire dans lequel vous êtes l'un des personnages principal : un professionnel de santé "médaillé pour son engagement."

Je suis infirmier hospitalier ! Je ne veux pas d’une médaille pour avoir fait mon travail ! Je ne veux pas d’une prime non plus ! Je veux une vraie revalorisation salariale à la hauteur de mon diplôme, une revalorisation des compétences infirmières !

Les réactions ne se font pas attendre...

Bien sûr les médailles ne font pas tout, loin de là, et il est clair qu'elles ne satisferont pas les professionnels de santé qui attendent bien autre chose pour reconnaître leur engagement. Dès l'annonce faite par Sibeth Ndiaye, la réaction du Collectif Inter-Hôpitaux n'a pas tardé à se répandre sur les réseaux sociaux, à juste titre. Sophie Crozier, membre du Collectif, sur LCI, rappelait ceci : C'est consternant d'imaginer qu'on puisse considérer qu'une revalorisation des carrières, salariale, passe par des primes et des médailles (...) C'est inquiétant. De son côté, le député des Charentes, médecin urgentiste, Thomas Mesnier a déclaré sur France Info que les primes versées aux soignants sont de vrais plus mais elles ne suffisent pas. Nous devons aller plus loin avec de vraies revalorisations de salaire et une reconnaissance des carrières et compétences de chacunLe SNICS et les infirmier(e)s de l'Education nationale sont stupéfaits devant autant d'imagination ! On veut des masques pas des médailles, scandent-ils. Même colère exprimée du côté du syndicat infirmier SNPI, les soignants ne veulent pas la charité, mais la juste reconnaissance de leurs compétences, responsabilités et engagement, par une revalorisation salariale : en France, les infirmières sont payées 300 euros/mois de moins que le salaire infirmier européen ! Pour la Coordination nationale infirmière, après la prime, le feu d'artifice du 14 juillet... la médaille en chocolat ! Tout est dit !

Alexis Bataille, étudiant en soins infirmiers L1 (2019-2022), avec la rédaction d'Infirmiers.com
 

Retour au sommaire du dossier Epidémiologie

Publicité

Commentaires (0)