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Coup de projecteur sur la profession infirmière aux Rencontres de la cancérologie française 2020

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Compétences infirmières

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Les 24 et 25 novembre derniers se sont déroulées les 13èmes Rencontres de la cancérologie française, organisées par le Groupe Profession Santé sur le thème principal de la transformation des stratégies de prise en charge des patients. Prévention et dépistage, innovation thérapeutique (chimiothérapies, médecine de précision…), technologique (intelligence artificielle, imagerie, médecine nucléaire…), organisationnelle et sociétale (parcours de soins, patients, aidants, éthique…) et de problématiques médico-économiques (anticipation, évaluation, financement des innovations...)... autant d'aspects abordés par le programme 2020, au coeur duquel une table ronde était exclusivement consacrée à la profession infirmière.

Parmi tous les acteurs de soins, les infirmiers en pratique avancée occupent une place spécifique. Grâce à leurs compétences élargies, ils instaurent un binôme avec le médecin, un relais autonome entre les domaines médical et paramédical au bénéfice du patient (Guillaume Bonnet, IPA au CHU d'Amiens)

La 13eme édition des Rencontres de la cancérologie française s'est tenue fin novembre en distanciel et à huis-clos en fonction des sessions, où l'ensemble des professions impliquées sont représentées. La programmation s'est attachée à la transformation des stratégies de prise en charge des malades et a dédié, en complément autres sessions, une table ronde spécifique aux infirmiers exerçant à tous les stades de la prise en charge des patients atteints de cancer. Thème central pour les sept intervenants1 : le rôle des infirmiers hospitaliers et libéraux au sein d’une équipe pluridisciplinaire. Vaste sujet, à partir duquel ont émergé certains aspects : la mobilisation des IDE de terrain pour renforcer le lien ville-hôpital, la place des infirmiers de pratique avancée dans le parcours patient, et enfin les enjeux du développement numérique en pratique infirmière dans le cadre d'une prise en soins complexe.

La prise en compte et l'analyse de la trajectoire du patient concourent indéniablement à la qualité, la sécurisation et la personnalisation des soins qui lui sont proposés ainsi qu'à l'anticipation des écarts ou des sorties de chemin clinique. Thérèse Psiuk

Un chemin clinique long et complexe

Rappelons-le, le nombre de nouveaux cas de cancer était estimé à 382 000 en France en 2018 selon l'Institut national du cancer, signe que l'enjeu de santé publique est majeur. Du diagnostic à la rémission en passant par l'annonce et les traitements, le "chemin clinique" du patient est long, complexe, et traversé par l'intervention de nombreux acteurs de santé - médicaux et paramédicaux : infirmier coordonnateur, en pratique avancée, libéral ou de soins à domicile, médecin traitant, oncologue, radiothérapeute, kinésithérapeute, pharmacien... la liste est longue, les leviers et les freins nombreux pour articuler les périmètres propres tout en privilégiant l'intérêt supérieur du patient et en veillant à le maintenir au centre du dispositif, qui vise aujourd'hui à le rendre co-acteur de sa propre trajectoire de soin. Une trajectoire, explique Thérèse Psiuk, ancienne Directrice des soins spécialiste du raisonnement clinique, dont la prise en compte et l'analyse concourent indéniablement à la qualité, la sécurisation et la personnalisation des soins qui lui sont proposés ainsi qu'à l'anticipation des écarts ou des sorties de chemin clinique.

Moi qui ai été référente en plaies et cicatrisation, j'ai mis en place une téléconsultation en lien privilégié avec les IDEL. Elle permet une analyse très fine de l'état de santé de mes patients revenus à domicile et une sécurisation de leur parcours. Marguerite Nicodème

Une coordination indispensable

La complexité de ce dispositif mérite une articulation optimale. Or sur le terrain, ce n'est pas toujours le cas. On n'a pas le dossier patient et on se trouve parfois face à des malades de retour à domicile et sous thérapie orale sans aucune surveillance biologique, rapporte Catherine Jochmans-Moraine, infirmière libérale dans l'Yonne. De même, il arrive que le carnet de suivi de chimiothérapie ne soit pas renseigné, déplore Laurianne Derreux, libérale dans le Gard. Cela empêche de savoir quels sont les médicaments prescrits, quels sont les examens complémentaires demandés. Or nous devons instaurer une véritable relation de confiance avec le patient et être son porte-parole pour relayer fidèlement son quotidien à domicile, renchérit-elle. La loi de modernisation du système de santé de 2016 l'évoquait déjà : améliorer le parcours du patient, y compris après la maladie, est un nécessité : les bouleversements occasionnés par une pathologie lourde comme le cancer fragilisent le patient.  Lorsqu'il sort de l'hôpital, il ne peut pas, à lui seul, faire en sorte que le relais soit assuré entre tous les acteurs de ville, lesquels doivent eux-même identifier les référents hospitaliers, rappelle Johanna Bitton, infirmière coordinatrice à la Pitié-Salpêtrière à Paris. Sur le plan strictement clinique, l'organisation et la communication importent aussi. Moi qui ai été référente en plaies et cicatrisation, j'ai mis en place une téléconsultation en lien privilégié avec les IDEL. Elle me permet une analyse très fine de l'état de santé de mes patients revenus à domicile et une sécurisation de leur parcours, se réjouit Marguerite Nicodème, IPA à l'Institut Curie.

Qu'il soit destiné à la formation initiale ou continue des professionnels ou encore aux malades, chaque outil doit être co-contruit avec ses utilisateurs finaux. Car c'est ainsi qu'il sera le plus adapté et le plus performant. Guillaume Decormeille

Les apports du numérique

Comme l'ensemble des acteurs impliqués dans le suivi des patients atteints de cancer, l'infirmier libéral est donc un relais précieux sur le terrain lorsque le retour à domicile s'opère. D'autres pourraient étoffer les mesures déjà en place : les apports numériques, qui ont fait leur entrée dans bien des domaines voilà quelques années, tendent à s'affiner et à engendrer des innovations indipensables dans le secteur de la santé. Par ailleurs intervenant en IFSI et spécialiste en ingénierie pédagogique, Guillaume Decormeille, IADE au CHU de Toulouse, plaide pour l'introduction des outils numériques et de la réalité virtuelle dans les formations des professionnels, mais aussi celle des patients. Qu'il soit destiné à la formation initiale ou continue des professionnels ou encore aux malades, chaque outil doit être co-contruit avec ses utilisateurs finaux, préconise l'infirmier. Car c'est ainsi qu'il sera le plus adapté et le plus performant. Sans oublier la centralisation des éléments du parcours patient, dont l'ambition est d'éviter les pertes de données et qui tend vers leur sécurisation et leur traçabilité à chaque étape du chemin clinique. Bien sûr, modère Guillaume Decormeille, l'intervention d'un professionnel en chair et en os doit être maintenue et conserve tout son sens ; il s'agit bien de mixer les rapports humains et les avantages du digital ; en somme, une hybridation qui profitera à chacun. Des constats partagés à l'unanimité lors de cette session 2020 et qu'il faudra suivre avec attention en cette période épidémique qui inquiète les acteurs de la cancérologie sur la question de la continuité des soins.

Regardez en replay l'intégralité de cette table-ronde "100% infirmière" !

1. Johanna Bitton (IPA ; Pitié-Salpêtrière, Paris), Guillaume Bonnet (IPA en oncologie - onco-hématologie ; CHU d'Amiens, Picardie), Guillaume Decormeille (IADE, CHU de Toulouse, Haute-Garonne), Laurianne Derreux (IDEL ; Vauvert, Gard), Catherine Jochmans-Moraine (IDEL ; Joigny, Yonne), Marguerite Nicodème (IPA ; Institut Curie - unité plaie et cicatrisation, Paris), Thérèse Psiuk (Directrice des soins retraitée)

Visionner l'ensemble des ateliers des RCFr 2020

Les prochaines RCFr auront lieu en novembre 2021

Directrice des rédactions paramédicalesanne.perette-ficaja@gpsante.fr @aperette

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