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"Cette crise a fait la preuve de l’absence de désert infirmier"

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La crise sanitaire n’a pas eu que du mauvais. Elle aura au moins joué un rôle de révélateur à la fois des réalités et des besoins criants en santé. C’est ce qu’a souligné Sereine Mauborgne, députée du Var et Infirmière libérale lors d’un colloque organisé par l’Ordre National des Infirmiers (ONI) et l’Institut Droit et Santé, le 20 janvier, sur la santé de demain.

Sereine Mauborgne

Sereine Mauborgne lors de son intervention au colloque de l’ONI sur le thème « Comment construire un système de santé plus proche, plus efficient et plus durable ».

Lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé : c’est, selon Sereine Mauborgne députée du Var (LREM) et infirmière libérale, l’un des enjeux majeurs pour dessiner le système de santé de demain. Une question qui touche l’ensemble du territoire, rappelle-t-elle. On pense assez spontanément aux territoires ruraux, mais la réalité, c’est qu’aujourd’hui, les problématiques des territoires en santé sont assez homogènes. A Paris ou dans les grandes villes, on peut manquer de médecins dans certains quartiers, comme on peut en manquer en banlieue, comme on peut en manquer en ruralité et finalement, il y a à mon sens peu de territoires qui sont complètement exemptés de la question des inégalités de l’accès aux soins.

La crise, accélérateur de la reconnaissance des besoins en santé

Le vieillissement de la population, note Sereine Mauborgne, génère un accroissement des besoins, mais aussi une nécessité d’une meilleure identification des coopérations entre la ville et l’hôpital. La députée voit d’ailleurs en l’actuelle crise sanitaire un formidable accélérateur de la reconnaissance des besoins et un révélateur, justement, de l’interdépendance de la ville et de l’hôpital. Dès que l’un est défaillant, on s’aperçoit très vite de l’impact sur l’autre.

Je crois qu’il faut regarder cette crise dans ce qu’elle a apporté de positif dans le besoin de décloisonner et de discuter entre professionnels de santé. 

Absence de désert infirmier en France

Pour la députée, la crise sanitaire a aussi permis à l’ensemble de la société et aux pouvoir publics de prendre la mesure de l’action des infirmières, et notamment de ce qui s’est construit autour du suivi à domicile des patients atteints du Covid, précisément pour ne pas engorger l’hôpital. On a fait la preuve de l’énorme utilité de ce maillage territorial, de cet absence de désert infirmier en France, a-t-elle souligné.

La députée du Var met malgré tout en garde contre de « mauvaises décisions » qui pourraient venir faire porter toute la charge aux infirmiers, justement très présents sur l’ensemble du territoire. Il faut porter attention à cette demande sociétale de concilier à la fois un engagement professionnel fort mais aussi une protection de la vie personnelle, a-t-elle fait remarquer, soulignant l’impérieuse nécessité qu’il y a, pour les professionnels de santé, individuellement et collectivement, à faire coïncider leur aspiration naturelle à une vie personnelle riche et cette énorme charge que l’on peut potentiellement faire peser sur leurs épaules.

La profession infirmière a extrêmement besoin de porter une voix différente de ce qu’on peut appeler le médico-centrisme.

Quid de la réforme de la formation ?

Pour Sereine Mauborgne, l’abolition du numérus clausus a généré une symbolique forte, mais, n’est pas pour autant dans la réalité l’Alpha et l’Omega de la réponse aux déserts médicaux et à la question de la formation. S’appuyant sur l’exemple de la faculté de Nice : elle ne va pas pouvoir pousser les murs entre la mer et la montagne. Si on arrive à intégrer entre 10 et 15% d’étudiants supplémentaires par année, ce sera déjà le Pérou ! Donc on a supprimé un totem, c’était très important, est-ce que ça portera ses fruits de manière rapide, la réponse est non.

Soulignant sa fierté devant l’engagement très fort des étudiants en santé, malgré les écueils de ces dernières années (les formations interrompues…), les jeunes tiennent le coup, s’est-elle réjoui. Enfin, sur la question des contrats d’engagement du service public au profit des études en santé, (…) la députée souhaite aller plus loin : J’espère qu’on tendra la main, notamment dans les études paramédicales, aux étudiants qui sont exclus par la structure même des études. Plus on intègrera largement des élèves issus de la diversité, des banlieues, du monde rural, plus on les aidera à aller vers les études en santé, et plus on assurera la pérennité des métiers. On est un métier où l’on ne reste pas et il faut aller vers la fidélisation des professionnels de santé formés. Il faut stopper l’hémorragie et c’est aussi un enjeu d’économie de la santé.

Occuper le terrain politique

Sereine Mauborgne a enfin insisté sur l’importance, pour les infirmiers, de se saisir de la politique. Les médecins ont toujours été très actifs sur le plan politique et les infirmiers commencent seulement à se poser la question de l’importance de l’action politique (pour faire changer les choses). Il est très important que les paramédicaux en prennent conscience et s’en emparent, a-t-elle assuré.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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