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La Chine va-t-elle vers une seconde vague épidémique ?

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Epidémiologie

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La Chine va-t-elle rebondir à moins que ce ne soit l’épidémie ? Alors que la ville de Wuhan, là où tout a commencé, vient de rouvrir ses portes, la crainte demeure. En effet, contrôler une épidémie ne signifie en rien que le virus est éradiqué du territoire. Alors qu’une première étude publiée dans The Lancet a modélisé plusieurs scenarii possibles dévoilant que le risque de recrudescence est bien réel, d’autres travaux parus dans la même revue donnent quelques clés pour les minimiser.

La Chine va-t-elle vers une seconde vague épidémique ?

Les cas de Covid-19 pourraient facilement réapparaître à mesure que les entreprises, les activités des usines et les écoles reprennent progressivement et augmentent la mixité sociale.

Depuis le 8 avril dernier la ville de Wuhan est déconfinée, les habitants ont à nouveau le droit de sortir de chez eux sans remplir de conditions strictes. Cependant, les autorités sanitaires demeurent soucieuses, en l’absence de vaccin, l’épidémie pourrait bien reprendre de plus belle. Et pour cause : le 13 avril 79 nouveaux cas ont été recensés dans une ville limitrophe de la Russie et désormais confinée. Depuis le 10 avril, les frontières avec la Birmanie sont sous étroite surveillance, où de nombreux cas ont été confirmés. En outre, le 14 avril, 57 personnes asymptomatiques ont néanmoins été testées positives au virus, ce qui représente la plus forte augmentation depuis des semaines. Or, ce sont surtout les cas asymptomatiques que redoutent les institutions sanitaires.

La Chine n’est pas à l’abri d’une reprise

Dirigée par une équipe de spécialistes de l’université de Hong Kong, une étude publiée dans The Lancet tente de prévoir comment la situation va évoluer en Chine suite au déconfinement. Son principal enseignement est que la prudence reste nécessaire car le risque de rebond est réel surtout en l’absence de vaccin. Bien que ces mesures de confinement semblent avoir réduit le nombre d'infections jusqu’à atteindre des niveaux très bas, sans immunité collective contre le Covid-19, de nouveaux cas pourraient facilement réapparaître à mesure que les entreprises, les usines et les écoles reprennent et augmentent progressivement la mixité sociale, en particulier compte tenu du risque croissant des cas importés d'outre-mer alors que le coronavirus continue de se propager à l'échelle mondiale, prévient le Pr Wu de l'Université de Hong Kong qui a codirigé les recherches.

Ainsi, les experts ont analysé les données locales de la Commission de la santé concernant les personnes contaminées confirmées entre la mi-janvier et fin février dans quatre grandes villes (Pékin, Shanghai, Shenzhen, Wenzhou) et dix provinces en dehors du Hubei qui présentaient le plus grand nombre de patients atteints.  Le nombre de nouveaux cas quotidiens importés et locaux a, ensuite, été utilisé pour construire des courbes épidémiques pour chaque site par date d'apparition des symptômes. Les spécialistes ont calculé le taux de base de reproduction du virus (communément appelé R0) qui désigne le nombre moyen d’individus qu’une personne touchée peut contaminer à son tour. Les chercheurs ont également modélisé, en fonction des scenarii potentiels, l'impact probable d’un assouplissement des mesures après la première vague.

Les résultats suggèrent que dans les régions en dehors du Hubei, les mesures de contrôle devraient être levées progressivement afin que le R0 (qui a fortement diminué suite au confinement) ne dépasse jamais 1, ou le nombre de cas augmentera progressivement au cours de la période de transition. De plus, les estimations prévoient qu'une fois le taux à nouveau élevé, il sera nécessaire de renforcer les mesures de contrôles fortement et de demander des efforts supplémentaires pour ramener ce nombre en dessous de 1. Bien que les politiques de contrôle telles que l'éloignement physique et le changement de comportement soient susceptibles d'être maintenues pendant un certain temps, la meilleure stratégie reste de trouver un équilibre proactif entre la reprise des activités économiques et le maintien d’une faible circulation du virus jusqu'à ce que des vaccins efficaces deviennent largement disponibles, conclut le Pr Wu.

À Shenzhen, les autorités ont identifié les personnes à isoler en fonction de leur contact avec des cas confirmés, ainsi que des personnes qui présentaient déjà des symptômes.

Faire des tests et surveiller les proches des personnes contaminées : le bon compromis ?

Parallèlement, une autre étude parue dans The Lancet infectious Deseases expose une stratégie mise en place de façon expérimentale à Shenzhen (Chine) et qui montre des résultats prometteurs. Le but restant d’éviter que le virus ne recommence à se propager activement après le déconfinement, ces travaux préconisent de tester et de retracer les contacts proches des personnes contaminées, et de mettre en place un politique d’isolement adéquate. Les auteurs préviennent néanmoins que l’impact de ces mesures dépend des capacités d’identification des cas asymptomatiques.

En effet, dès début janvier, les autorités chinoises ont commencé à contrôler les voyageurs de la province du Hubei pour détecter des symptômes tels que la fièvre et la toux. Au bout de deux semaines, les mesures se sont étendues sur l’ensemble de la communauté. Les cas suspects et les personnes en contacts étroits avec eux ont dû fournir des tampons nasaux pour diagnostic. Les individus présentant des symptômes ont été isolés et traitées à l'hôpital avant que les résultats de leurs tests ne soient connus. Quant à ceux paraissant en bonne santé, ils ont été mis en quarantaine dans des installations dédiées. Les proches en contact de patients dont les tests se sont révélés négatifs ont tout de même été mis en quarantaine à domicile ou dans un établissement prévu à cet effet pendant 14 jours.

Afin d’évaluer si cette politique était efficace pour empêcher la transmission active du virus, une équipe de chercheurs a analysé les données de 391 patients contaminés et 1 286 autres participants qui ont été en contact avec eux. Ils comprenaient les personnes qui vivaient avec un patient, ou avec qui ils ont interagi socialement (avec qui ils ont voyagé ou mangé par exemple). En revanche, ceux-ci ont été dépistés indépendamment du fait qu'ils présentaient des symptômes ou non afin d'identifier les potentiels porteurs asymptomatiques.

L’analyse est claire :  la recherche des contacts a permis de détecter les nouveaux cas 2 jours plus tôt : on est passé de 5,5 jours en moyenne à 3,2 grâce à cette stratégie. De même, le temps nécessaire pour isoler les personnes infectées a également pu être réduit (d'une moyenne de 4,6 jours à 2,7). En ce qui concerne le fameux R0, il a été estimé à 0,4 pendant les travaux même s’il a été probablement sous-évalué, pour les experts, il était sans doute inférieur à 1.

Autre point relevé par les chercheurs : le type de contact qui s’avérerait le plus susceptible d'entraîner une transmission. Sans surprise, la contamination d’un individu à l’autre était la plus élevée lorsque ceux-ci vivaient sous le même toit (11% des contacts ont développé la maladie), suivi par le fait de prendre un repas ensemble (9%) puis de voyager ensemble (6% ont contracté le virus). La raison pour laquelle certains cas entraînent des niveaux de transmission plus importants que d'autres reste toutefois inconnue.

L'expérience de COVID-19 dans la ville de Shenzhen peut démontrer l'ampleur considérable des tests et de la recherche des contacts nécessaires pour réduire la propagation du virus, conclut le Dr Ting Ma du Harbin Institute of Technology à Shenzhen, en Chine. Il est peu probable que certaines des mesures de contrôle strictes appliquées ici, telles que l'isolement de personnes à l'extérieur de leur domicile, soient reproduites ailleurs, mais nous exhortons les gouvernements à prendre en compte nos conclusions dans la réponse mondiale à Covid-19. Pour obtenir des résultats similaires, d'autres pays pourraient être en mesure de combiner des tests quasi universels et une recherche intensive des contacts avec une distanciation sociale et des blocages partiels.

Rebond possible ou pas ?

Des scientifiques de Harvard ont publié leurs travaux de modélisation dans la revue Science où ils affirment que sans traitement ni vaccin des mesures de distanciation sociale même par intermittence devraient être nécessaires jusqu’en 2022 pour éviter un éventuel rebond épidémique. Une hypothèse que le Pr Raoult, trouve absurde. Le directeur de l’IHU Méditerranée Infection argumente sur ce sujet dans une nouvelle vidéo. L’histoire de rebond, c’est une fantaisie qui a été inventée à partir de la grippe espagnole qui a commencé l’été, explique-t-il. Le nombre de contamination suit une courbe en cloche, c’est la courbe typique des épidémies. La plupart du temps, ça se passe comme ça, poursuit-il. L’infectiologue s’appuie sur des travaux de modélisation réalisés par des mathématiciens de Singapour pour estimer l’évolution du nombre de cas. Suivant ces estimations, on peut prévoir qu’en France l’épidémie prendrait fin entre le 7 et le 19 mai.

Les prévisions sont à prendre avec précaution, mais les dates qui ont été fournies par le président ne sont pas extravagantes dans le sens où cette étude prédit que 97 % des cas auront eu lieu aux alentours du 7 mai et 99 % aux alentours du 19 mai, remarque le professionnel de santé. Ce sont des données réelles, pas des fantasmes sur la maladie. Le rebond, je ne sais pas d’où ça sort, le fait qu’il faut 70 % d’une population immunisée pour contrôler [le virus], non plus… Fort à parier que de nombreux autres spécialistes de la question n’hésiteront pas à rebondir là-dessus.

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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