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Les clowns du Rire Médecin continuent leurs bêtises pendant la crise

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Epidémiologie

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Ils font rire enfants hospitalisés et soignants depuis 30 ans. Les 104 comédiens-clowns de l’association Le Rire Médecin interviennent dans 47 services de 16 hôpitaux en France avec quelque 80 000 spectacles personnalisés par an dans les établissements. Lors du premier confinement malheureusement, les clowns ne pouvaient plus se rendre auprès de leur public… Loin de raccrocher leurs nez rouges, le Rire Médecin a déployé des trésors d’inventivité pour s’adapter à cette situation inédite et pour maintenir le lien avec les enfants, leurs proches, mais aussi avec les soignants. Depuis le mois de juin, les clowns ont pu réintégrer les services et sont prêts pour les fêtes. Caroline Simonds, Fondatrice de l'association et comédienne-clown professionnelle depuis 50 ans, nous raconte.

Les clowns du Rire Médecin

Nos comédiens n’ont plus du tout de travail, sauf avec le Rire médecin. Preuve que leur rôle à l’hôpital est bien considéré comme nez-ssentiel ! sourit Caroline Simonds.

On a beaucoup manqué pendant la première vague, confie Caroline Simonds, comédienne et fondatrice du Rire Médecin, alors que les clowns, écartés des services hospitaliers du 17 mars au 11 mai (soit pendant près de deux mois), ont dû rivaliser de créativité en ligne pour garder le lien avec enfants malades et soignants. Heureusement, depuis le mois de juin, le Rire Médecin a pu retourner dans quasiment tous les services, puisque 12 hôpitaux sur 16 ont donné leur feu vert à l’association. La plupart des chefs d’établissements nous ont vraiment demandé de revenir, nous disant : Vous apportez de la vie ! On a besoin de vous.

Pour cette deuxième vague, les comédiens ont pris des mesures drastiques évidemment : exit les instruments à vent, nettoyage des costumes entre chaque tournée, pas d’accessoire (impossible à nettoyer là encore entre les chambres), ni marionnettes, ni bulles… Pas de quoi faire peur aux clowns du Rire Médecin qui ont fait résonner les chambres de leurs grands rires communicatifs et qui ont remplacé la flûte par le ukulélé.

Trois hôpitaux ont toutefois préféré les sketchs virtuels, inquiets pour les patients : Marseille, Nancy et Angers, mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a obtenu l’autorisation de retourner dans deux d’entre eux depuis le 15 décembre, jour officiel du déconfinement progressif, se réjouit Caroline Simonds.

A Noël, bien entendu, les clowns seront là pour les enfants, leurs parents et les soignants. Pour les fêtes, on mettra peut-être un peu plus de lumières dans nos couettes, mais avec nous, c’est Noël toute l’année !, précise la comédienne-clown. Nos comédiens n’ont plus du tout de travail, sauf avec le Rire médecin. Preuve que leur rôle à l’hôpital est bien considéré comme nez-ssentiel ! sourit-elle.

Pour les fêtes, on mettra peut-être un peu plus de lumières dans nos couettes, mais avec nous, c’est Noël toute l’année !

Le Rire Médecin a dû s'adapter à la crise sanitaire

C’est en 1991 que Caroline Simonds a créé Le Rire Médecin, mais l’association n’avait encore jamais été confrontée à une telle situation. Les comédiens-clowns obligés de ranger leurs nez rouges et de rester cloîtrés chez eux… C'est ce qui s'est passé lors de la première vague de l'épidémie de Covid-19 et du premier confinement. Un déchirement, alors que dans les services, les enfants subissent parfois un confinement encore plus draconien qu’au dehors, par mesure de protection. Le confinement, les enfants le connaissent bien, eux qui sont parfois déjà dans un confinement médical, racontait Caroline Simonds au mois de mai, alors que les clowns n'avaient plus l'autorisation de pénétrer dans les hôpitaux. Je pense à tous les petits qui sont en attente d’une greffe de moelle par exemple… Ils sont très démunis en ce moment : une seule visite par jour d’un parent est permise. Les jouets et les livres ont été bannis car ces objets peuvent être sources de contamination et les activités sont extrêmement réduites. L’association intervient auprès de tous les enfants qui se trouvent à l’hôpital sans exception, de la réanimation, à la néonatalogie, en passant par la maternité, les services d’oncologie, de neurologie… Les clowns rendent visite aussi bien à des nouveau-nés, comme par exemple à la maternité du Kremlin Bicêtre (Ile-de-France), qu’aux grands adolescents - je pense par exemple à un enfant que nous avons connu alors qu’il avait 5 ans pour un cancer, et que nous revoyons aujourd’hui qu’il a 20 ans, à Gustave Roussy (Ile-de-France), où il est revenu à cause d’une rechute de sa maladie.

Lors du premier confinement, les équipes du Rire Médecin gardaient contact avec les soignants dans les services pour avoir des nouvelles des professionnels de santé et des enfants. Une infirmière du CHU de Nancy, Valérie Antoine Gauze, m’a par exemple dit que nous manquions beaucoup aux enfants. Même retour de la part d’un cadre de l’hôpital de jour à Robert Debré. Pour ces enfants, on est presque comme des personnages de feuilleton qui reviennent avec de nouvelles bêtises ! assure Caroline Simonds. Sur la page Facebook de l’association, les parents des enfants hospitalisés faisaient part du même manque.

Les clowns du Rire Médecin

Des échanges en vidéo depuis le début du mois de mai

En cette période si particulière de crise sanitaire, Le Rire Médecin a dû interrompre ses interventions dans les 47 services des 16 hôpitaux où il intervient depuis 30 ans. Jusqu'à son retour auprès des enfants, heureusement, en juin. A l'époque du premier confinement pourtant, pas question pour autant de tout lâcher. Tout de suite notre intuition a été de garder le lien avec les enfants, explique la fondatrice de l’association. On a pu garder des contacts à travers nos personnages. Depuis le début du mois de mai, Le Rire Médecin avait ainsi mis en place des visios-call entre les clowns et les enfants hospitalisés. Pour bénéficier d’un créneau de 10 à 15 minutes avec un duo de clowns, l’enfant et sa famille pouvaient prendre rendez-vous gratuitement sur rdv.leriremedecin.org

Après l'échange habituel entre comédien-clown et soignants sur l'état de santé de l'enfant (transmission), les clowns retrouvaient l’enfant hospitalisé, le plus souvent accompagné de son parent, en visio sur un téléphone, une tablette ou un ordinateur. Dans certains hôpitaux, quand les enfants n’avaient pas le matériel adéquat, les soignants ou les éducatrices circulaient de chambre en chambre avec une tablette nettoyée entre chaque visio.

De petits sketchs spontanés pour maintenir le lien

Dès le début du premier confinement, les comédiens ont très vite commencé à faire des vidéos (à Tour et à Orléans notamment) : de petits sketchs spontanés, comme par exemple Vincent Pensuet, alias MolotoV, qui s’est tout de suite mis en scène, avec sa partenaire Zaza, illustrant le désespoir des clowns, enfermés entre quatre murs.

Les comédiens-clowns se sont peu à peu organisés. Ils ont monté une chaîne Youtube locale (dans des villes où intervient l’association) dédiée aux enfants et à leur famille, et une autre dédiée aux soignants, pour leur remonter le moral. Les soignants font des choses tellement délicates et essentielles qu’ils ont besoin de soutien, souligne Caroline Simonds. J’ai une immense admiration pour tous ces professionnels de santé. Ce sont des héros.

Les clowns sont en contact avec les soignants dans de nombreux services, on leur envoie des messages d’amour. On est des fous du village. On est ceux avec qui on peut aller un peu trop loin et rire un peu trop fort .

Les clowns du Rire Médecin

Les nez rouges, lions en cage depuis l’annonce du confinement

Lors de la première vague, Caroline Simonds téléphone régulièrement aux comédiens de l’association. Ce sont de vrais lions en cage vous savez, confie-t-elle, attendrie. Les clowns sont en contact avec les soignants dans de nombreux services, on leur envoie des messages d’amour. On est des fous du village. On est ceux avec qui on peut aller un peu trop loin et rire un peu trop fort. Physiquement, on ne peut pas être là, bien sûr, mais le lien n’est pas rompu.

Ce n’est pas tout. L’association travaille tous les jours à permettre d’autres rendez-vous. On a par exemple mis en place des rendez-vous en interactivité avec des enfants qui se trouvaient en confinement, grâce à une petite transmission avec les infirmières qui sont présentes et leur accord. On a organisé des visites virtuelles de clowns pour interagir avec l’enfant et son parent. C’est compliqué à mettre en place, mais on y a travaillé ! Le contact avec les enfants, leurs familles, les soignants, nous a énormément manqué lors du premier confinement. On a tout fait tout pour se réinventer. Heureusement, depuis juin, les consignes se sont considérablement assouplies.

Et les clowns ne sont pas les seuls à devoir s’adapter bien sûr. Les enfants aussi doivent se réinventer. C’est une période où on doit se tenir la main, souligne Caroline Simonds, qui lance aujourd’hui un appel aux dons. On a vraiment besoin de soutien : la sortie de crise va être difficile, assure-t-elle. Le Rire Médecin espère pouvoir être encore plus présent auprès de ceux qui en ont besoin, en ouvrant des programmes, comme avant les confinements en hospitalisation à domicile (HAD). On espère intervenir auprès des enfants en secteur de neurologie. Il y a tellement de choses à faire encore…, affirme Caroline Simonds. On a plein de projets et besoin du public pour continuer.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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