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"Comment j'ai dû annoncer à un blessé que son amie était décédée..."

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Médecin urgentiste et blogueur, Sébastien M. nous raconte dans son dernier billet comment lors d'une intervention sur un grave « carton » autoroutier, il a dû annoncer à un blessé que son amie était décédée… Un témoignage qui nous rappelle que le meilleur des soignants n'est jamais réellement préparé au pire...

premiers secours civiere

Des gens sont allongés sur cet asphalte de fin d'automne, en divers endroits. La scène ressemble à un silence de feuilles mortes où des acteurs courent dans la ouate du jour qui pointe.

Au début des années 2000, je me formais au sein du SAMU de ma région d'origine. J'y effectuais 48 heures de garde sur mes week-ends libres, accolés aux semaines à rallonge de mon travail aux urgences. Cet apprentissage complémentaire de mon cœur de métier était une nécessité pour valider mon diplôme de médecine d'urgence. Pour moi la nicotine et la caféine reléguaient l'épuisement au rang de sensation accessoire. Un dimanche matin à l'aube, le bip strident annonce une sortie « primaire ». Je bondis de ma paillasse, prêt au départ, les cheveux en bataille, avec l'haleine cétonique du jeun de la nuit. Je gobe mon fond de tasse de café froid restant de la veille, et nous sortons sur un « carton » autoroutier.

La tension est palpable dans le véhicule en trombe ululant de ses sirènes. J'accompagne le Dr Pascal C., de quelques années mon ainé. Je pars faire mon baptême du feu de l'accidentologie avec ce type dont la modestie égale l'excellence de son art d'urgentiste. C'est le cœur en chamade que je découvre une autoroute où tout s'est arrêté. Les véhicules de pompiers nous ont précédés de peu. Je ne réalise pas tout de suite dans quel théâtre je suis projeté : au milieu des débris de verre, des carcasses de voitures sont défoncées. Des gens sont allongés sur cet asphalte de fin d'automne, en divers endroits. La scène ressemble à un silence de feuilles mortes où des acteurs courent dans la ouate du jour qui pointe. Nous sortons comme des diables de notre boite de métal hurlant. Pascal court et me dit dans un souffle Tu t'occupes de ceux-là. L'infirmière part perfuser de son côté. Je me retrouve seul dans ce no man's land accidenté. Pascal va faire le bilan d'ambiance. Le truc, pour le bilan d'ambiance, c'est de ne pas s'arrêter sur un des blessés potentiellement grave : faire le tour avant tout, pour une première évaluation globale de nombre et de gravité. Il faut déterminer la nécessité de renforts et la répartition des effectifs sur place. Ça demande de l'expérience et une tête bien froide.

Des gens sont allongés sur cet asphalte de fin d'automne, en divers endroits. La scène ressemble à un silence de feuilles mortes où des acteurs courent dans la ouate du jour qui pointe. J'arrive avec mon sac devant deux personnes à terre. Un duo de jeunes pompiers les veillent : un garçon au visage poupin, sur lequel la barbe n'a pas encore prospéré, et une jeune fille tétanisée. Les deux victimes sont dos à dos et se touchent : il y a une couverture sur celle de gauche.Je me présente : je suis le Dr M du...

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