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De la compétence des fourmis... à soigner !

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C'est une compétence repérée par des chercheurs allemands : les fourmis africaine Matabele, ou Megaponera analis, ne sont pas seulement de terribles guerrières, elles savent également prendre en charge et soigner leurs congénères blessées lors de combats... Etonnant !

fourmis Matabele secouristes

Dès que la fourmi est blessée, sa réaction première est de se remettre sur pattes pour appeler à l'aide grâce à une phéromone.

Ce sont des fourmis "majors"qui aiment se battre contre les termites afin de se nourrir. Deux à quatre fois par jour, des colonies de 200 à 500 fourmis parcourent jusqu’à plus de 50 mètres pour attaquer des termitières. Si les fourmis sont rudes au combat et puissantes par les blessures infligées à leurs adversaires, certaines d'entre elles subissent également de gros dégâts : pattes arrachées par les fortes mandibules des termites et à la cuirasse renforcée, termite accrochée à leur abdomen, voire pire. Mais elles n'abandonnent pas et surtout ne sont pas abandonnées à leur triste sort par leurs congénères.  

Des chercheurs de l'université de Würtzburg, en Allemagne, avaient déjà observé, en 20171, que les fourmis les moins gravement blessées étaient en effet secourues et ramenées au nid par leurs compagnons de nidification. En poursuivant leurs recherches2, ils vont plus loin : les fourmis ne se contentent pas de transporter leurs blessés, elles leur dispensent un traitement qui augmente leurs chances de survie en limitant l'infection de 10 à 80% au cours des 24 heures qui suivent.

Le chercheur Erik Frank l'explique : ces soins réalisé à l'intérieur du nid sont très importants au cours de la première heure après la blessure grâce à un allogeage intense au niveau de la plaie. La fourmi "infirmière" lèche 10 à 15 fois la blessure, à chaque fois pendant 1 à 2 minutes. Selon le chercheur, c'est un comportement unique chez les insectes révélées par des observations en laboratoire et sur le terrain, en Côte d'Ivoire. 

Autre obervation, les fourmis gravement blessées (perte des cinq extrémités) ne sont pas sauvées ou traitées ; ceci étant régulé non pas par l'aide mais par l'absence de réponse de la fourmi blessée. Fait intéressant, les fourmis légèrement blessées se comportent de manière plus « blessée » près des compagnons de nidification. En effet, dès que la fourmi est blessée, sa réaction première est de se remettre sur pattes pour appeler à l'aide grâce à une phéromone. C'est un mécanisme simple qui permet de "trier" facilement les fourmis qui seront encore utiles à la colonie et de faciliter leur "ramassage" par les bien-portantes.  

Pour les chercheurs, c'est le premier exemple de traitement social hautement efficace des plaies chez les insectes, ce qui soulève de nombreuses questions nouvelles. Comment les fourmis savent-elles où se trouve la blessure? Comment savent-ils quand arrêter de traiter la blessure? Le comportement est-il purement prophylactique ou thérapeutique en cas d'épidémie ? Quelle est la durée de la fenêtre après une blessure dans laquelle le traitement est efficace et comment la coagulation de la plaie affecte-t-elle le traitement ? Ils espèrent donc que d'autres recherches aideront à répondre à ces questions.

L'expression "un travail de fourmi" utilisée pour décrire des tâches fines et laborieuses trouve particulièrement son sens dans cette étude repérée pour vous dans le journal La Recherche du mois d'avril  2018 et qui est somme toute très étonnante. Il est cependant raisonnable de penser que ce phénomène d’entraide est avant tout lié à une question de survie de la colonie plutôt qu'à une quelconque empathie communautaire...

Notes

  1. E.T., Franck et al., Sci. Adv, 3, e1602187, 2017
  2. E.T., Franck et al, Proc R. Soc. B, 285. 20172457, 2018.
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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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