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Coronavirus : sommes-nous armés pour une deuxième vague ?

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La France n'a "pas le droit au relâchement", a affirmé mardi 23 juin l'entourage du Premier ministre en appelant à la "discipline individuelle" pour éviter une nouvelle vague de coronavirus, alors que des mesures de reconfinement ont été prises le même jour en Allemagne et au Portugal. Olivier Véran a présenté la stratégie du gouvernement si ce scénario devait se produire. Le ministre de la santé a notamment annoncé qu’un dépistage systématique de la population allait être expérimenté, pour les personnes volontaires, dans des zones à risque. Malgré toutes les précautions, le Conseil scientifique estime qu'une deuxième vague épidémique est "extrêmement probable" à l’automne. Dans les hôpitaux, dans les Ehpad, en libéral : sommes-nous armés pour y faire face ? Eléments de réponse avec des acteurs de chaque secteur. Première partie sur l’hôpital avec le témoignage d’Eric Revue, chef des urgences de l’hôpital Lariboisière à Paris.

Coronavirus : sommes-nous armés pour une deuxième vague ?

A l’hôpital, en ville ou dans les Ehpad, l’état psychologique des soignants et leur degré de fatigue préoccupe, dans la perspective d’une seconde vague.

Dans une note publiée lundi 22 juin, le conseil scientifique estime qu'une forte recrudescence du Coronavirus est extrêmement probable à l’automne. Un scénario qu’Eric Revue, chef des urgences de l’hôpital Lariboisière à Paris, ne redoute pas, tout simplement parce que nous avons maintenant l’avantage d’avoir une première expérience en la matière. L’organisation mise en place pendant la crise sanitaire a été assez exemplaire en Ile-de-France, estime l’urgentiste, avec une coordination entre plusieurs établissements, de l’APHP et hors APHP, en intégrant le public et le privé. Une première et le point marquant de notre organisation, résume-t-il. La force du dispositif mis en place en Ile-de-France a essentiellement tenu à un état des lits affiché sur tous les hôpitaux, publics et privés, qui a permis de répartir les patients dans les différents services de réanimation d’Ile-de-France avec une grande efficacité, contrairement à la région du Grand Est, particulièrement touchée mais qui n’a pas eu, malheureusement, la même force de frappe, souligne Eric Revue. Même constat à l’étranger, en Italie, où la coopération a fait défaut, comme aux Etats-Unis, notamment à New York, où les hôpitaux ne se parlent pas, ne se coordonnent pas. Chaque hôpital reçoit son afflux de patients et gère de son côté, constate Eric Revue.

Une confiance en l’organisation des établissements d’Ile-de-France, qui explique en tout cas que ce ne soit pas l’heure d’un quelconque plan en prévision d’une deuxième vague, confie le chef des urgences de l’hôpital Lariboisière, qui dit tout de même suivre de près les indicateurs. Pour l’instant, les professionnels en sont davantage au stade du retour d’expérience.

Si jamais ce scénario d’une seconde vague épidémique devait toutefois se produire, le dispositif prévu dans les hôpitaux serait réactivé, plus rapidement que la première fois, assure Eric Revue. Dans le détail, le plan d’organisation prévoit, comme la première fois, la mise en place de trois filières d’admission. Lors de l’épidémie de coronavirus, nous avons créé des filières spécifiques en fonction du tableau clinique des personnes qui nous arrivaient : des patients en détresse respiratoire aigüe qui nécessitaient une hospitalisation et éventuellement une intubation ; des patients au tableau faiblement respiratoire ou pas respiratoire du tout, dont l’état permettait un suivi à distance via la plateforme Covidom, ou encore des patients asymptomatiques (qui viennent pour une autre pathologie, un infarctus ou des douleurs abdominales), et qui sont testés positifs au virus. Des patients sans symptôme du Covid-19 qui compliquent la prise en charge puisqu’il faut traiter l’urgence tout en évitant d’autres contaminations. C’est ce dernier schéma sur lequel nous avons encore à travailler. C’est cette vague-là, cette typologie de patients, asymptomatiques, que nous redoutons.

A lire aussi : L’interview du ministre de la Santé qui expose la stratégie du gouvernement en cas de deuxième vague dans le quotidien Le Monde.

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A l’hôpital, l’organisation est rodée, mais la fatigue palpable

Globalement, les enseignements post première vague sont extrêmement positifs, se réjouit Eric Revue. Le premier, c’est d’avoir constaté l’efficacité (et la nécessité absolue) d’une coordination à l’échelle d’une région et de plusieurs hôpitaux. Le deuxième : la coordination entre les services de réanimation doit permettre de dresser un état des lits de réanimation, qui devra se mettre en place beaucoup plus rapidement que la première fois. Le troisième enseignement, le plus discuté, concerne le transfert de patients, comme on l’a vu à Strasbourg par exemple, avec des patients qui se sont réveillés en Allemagne. Ces transferts, nous les avons faits dans l’urgence, dans ces TGV médicalisés, pour libérer des lits de réanimation et endiguer la vague, mais ça a été extrêmement lourd en termes de prise en charge. Il nous faut à présent évaluer cela et anticiper pour une future organisation : peut être que cela vaudrait par exemple le coup de transférer les patients avant qu’ils ne s’aggravent pour éviter ces situations extrêmes, s’interroge le chef des urgences de Lariboisière.

Redoute-il une seconde vague ? A l’hôpital du moins, l’organisation est rodée. Je pense que la deuxième vague, si elle arrive, ne sera pas de la même ampleur que la première. On a cette vague rouge qui est devenue une vague verte avec des foyers sporadiques. Ce qui peut arriver, ce sont de petites vagues successives. Malgré toutes nos suppositions, il faut rester assez humbles, on est plutôt dans l’observation des choses. Une question qui préoccupe davantage Eric Revue, c’est celle de la fatigue. Les soignants pourront-ils tenir le coup ? C’est tout le problème. J’avais alerté les équipes, en disant : préparez-vous, nous allons vivre un marathon. Les infirmières, les aides-soignantes ne sont pas parties en congé. On constate des signes de fatigue chez tous les personnels. Maintenant que l’on a retrouvé nos anciens patients, des gens souvent agressifs, alcoolisés, drogués… On n’a pas la même patience. Je suis extrêmement fier de l’investissement de chacun pendant cette crise. Tout le monde était sur le pont, mais c’était un travail épuisant pour tout le monde. La bonne nouvelle pour l’heure, c’est que la stratégie a été payante. Aux urgences de Lariboisière, on constate une baisse notable du nombre de cas. Les patients atteints du Covid représentent 1 à 2 personnes par jour à peine (sur 260 à 300 passages aux urgences par jour). Nous avons aussi quelques personnes qui viennent pour autre chose et qui sont testées positives au Covid. Nous sommes assez confiants en la quasi absence de nouveaux cas, alors qu’au plus fort de l’épidémie, nous étions à saturation !

Rendez-vous demain à 16h pour la suite de cet article. Eric Fregona, directeur adjoint de l’ADPA, nous éclairera sur la situation des Ehpad et du domicile.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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