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Covid-19 et obligation vaccinale des soignants : une directrice d’Ehpad dévoile son bilan, et son sentiment

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Epidémiologie

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Depuis quelques jours, rien ne va plus en matière de vaccination anti – Covid-19. Face au nombre insuffisant de soignants vaccinés, le gouvernement s’inquiète notamment pour les plus vulnérables et envisage de rendre la vaccination obligatoire pour les professionnels de santé. Directrice d’un Ehpad francilien, Eve Guillaume s’exprime sur le sujet.

Aux Lumières d'automne, les chiffres des soignants vaccinés sont encourageants. L'effort pédagogique déployé depuis décembre mérite d'être poursuivi

Y a-t-il un risque accru de circulation virale et d’infection pour les résidents en Ehpad et en USLD à ce que les soignants ne soient pas vaccinés contre le Covid-19 en nombre suffisant, comme c’est actuellement le cas ? Faut-il donc contraindre par la loi les soignants à se faire vacciner, comme il en est question en ce moment-même ? Aux Lumières d’automne en Seine – Saint-Denis, la directrice voit l’obligation d’un bon œil ; elle explique pourquoi.

Quelle est la situation actuelle au sein de votre établissement en matière de vaccination anti – Covid ?

Nous connaissons une configuration plutôt favorable au regard des proportions observées en moyenne dans les autres établissements du même type. Aux Lumières d’automne, 95 % des résidents sont vaccinés et environ 80 % des soignants le sont également. Ces chiffres sont tout à fait fiables, puisque la démarche vaccinale a eu lieu au sein-même de l’établissement. Je m’en réjouis en effet, mais cela demeure insuffisant : nous ne pouvons pas encore prétendre offrir une protection maximale contre la maladie, et il faut démontrer à ceux qui n’en sont pas encore convaincus l’utilité de la démarche. Parmi les professionnels non-vaccinés, certains ont été infectés par le virus il y a trop peu de temps pour être éligibles à la vaccination ; pour les autres, il s’agit clairement d’une réticence personnelle. Pour autant, aucune explication précise n’y est donnée, et il n’est pas rare que les intéressés déclarent préférer « attendre de voir comment ça se passe et voir venir les décisions qui seront prises en la matière ».

Quelles mesures incitatives avez-vous mises en place à destination des soignants ?

Dès le début de la campagne vaccinale en décembre dernier, nous avons perçu la nécessité de communiquer, en particulier auprès des plus sceptiques. Concrètement, des réunions collectives d’information ont été mises en place, voire des entretiens individuels lorsque la situation le nécessitait. Ces temps d’échange ont été conjointement initiés et assurés par moi-même ainsi que par le médecin coordonnateur de la structure, présent sur site deux jours par semaine : à l’évidence, la parole médicale a un poids plus important que n’importe quelle autre, aujourd’hui encore. Pour compléter le propos et parce que l’accès à la connaissance nous a semblé indispensable, nous avons choisi de mettre également à disposition les données de littérature scientifique disponibles en les vulgarisant et en les rendant accessibles au plus grand nombre. Car si la vaccination n’est aujourd’hui pas obligatoire, nous avons de notre côté l’obligation d’informer nos résidents et nos agents.  Enfin et pour optimiser leur utilisation, nous avons proposé les doses vaccinales restantes aux personnels présents en les incitant à se faire vacciner, toujours en les accompagnant. Toute cette stratégie semble avoir porté ses fruits et explique sans doute, au moins en partie, les statistiques favorables relevées dans l’établissement.

Quels sont les arguments avancés par les pro et les contra ?

La question du scepticisme vaccinal est un véritable marronnier. Pour la grippe, on constate chaque année chez les soignants les mêmes hésitations, pour ne pas dire les mêmes réticences. Et pour ce vaccin-là, l’argument du manque de recul et d’information ne tient pas. En tant que directrice d’établissement, j’insiste sur le fait que la vaccination – quelle qu’elle soit d’ailleurs – sert à protéger les résidents, mais aussi les agents qui les accompagnent, et l’ensemble des proches. J’en suis d’autant plus convaincue qu’un cluster important s’est formé au sein de l’Ehpad lors des précédentes vagues épidémiques de Covid-19 et qu’il s’est malheureusement assorti de décès ; tout faire pour éviter qu’une telle situation se répète est une évidence. Entendre dire, comme c’est le cas régulièrement, que la vaccination des plus fragiles suffit à limiter les risques est une contre-vérité : parce que le système immunitaire des seniors est moins performant et que leur réponse vaccinale est moins bonne, il est absolument nécessaire de vacciner l’entourage au sens large (membres de la famille, soignants…). De même, être jeune (pour un agent) ne signifie pas qu’on soit exempt de risque ni qu’on ne soit pas potentiellement vecteur de la maladie. Chez les résidents, les convictions sont claires : hormis ceux qui sont dans l’incapacité de donner leur consentement et pour lesquels les tuteurs désignés ne sont pas enclins à prendre la responsabilité de la décision, les pensionnaires sont très majoritairement favorables à la vaccination. Il arrive même qu’ils convainquent leur propre famille de franchir le pas s’il en est besoin.

Quel est votre sentiment concernant la vaccination obligatoire et que peut-on proposer pour mieux inciter ?

Je constate que le niveau d’adhésion à la vaccination en général est directement lié au niveau d’études. Chez les médecins et les sages-femmes par exemple, le ratio de professionnels vaccinés est élevé – bien davantage que chez les autres professionnels de santé – et l’hésitation relativement marginale. Chez les infirmiers et les aides-soignants en revanche, la proportion chute nettement. L’une des premières mesures à prendre à mon sens, c’est de mieux intégrer les notions de santé publique et de vaccination à la formation des paramédicaux en général, qui n’y sont pas assez sensibilisés à l’heure actuelle. Ce socle de connaissances permettrait de déconstruire plus durablement les croyances non-rationnelles observées parfois. Personnellement, je suis plutôt favorable à l’obligation vaccinale des soignants. Mais en l’état actuel des choses, je m’interroge plutôt sur les modalités de mise en œuvre d’une telle mesure sur le terrain. Quels leviers aurions-nous pour l’appliquer ? Quelles seraient les sanctions applicables à ceux qui s’y opposeraient ? Faudrait-il en arriver à faire comme en Italie, où les soignants sont lourdement pénalisés, voire suspendus ? Quoi qu’il en soit, en tant que responsable d’Ehpad, j’estime que le devoir de tout soignant en contact avec des personnes malades ou des fragiles est de se faire vacciner.


Directrice de la rédaction
anne.perette-ficaja@gpsante.fr
@aperette

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Commentaires (1)

#1

Devoir vaccinal oui!

Je suis d’accord avec cette directrice, les tenants et aboutissants, à la différence que j’attribue cette hostilité plus ou moins affichée par les soignants non médicaux dont les infirmières, à plusieurs causes, dont le manque de maturité du fait d’un renouvellement constant des effectifs et la durée moyenne d’exercice. Ajoutons la popularité des thèses complotistes, qui ont pris une place importante dans les RS, avec des forums fermés, depuis le mouvement Gilets Jaunes, n’hésitant pas à virer immédiatement ceux qui ont un avis alternatif argumenté.

J’y vois également de la défiance à la gouvernance , et un manque d’altruisme, dont une part est conditionnée par le fonctionnement récurrent des hôpitaux et autres en mode dégradé, et sans omettre nos braves syndicats, parmi lesquels certains signent n’importent quoi notamment s’agissant du Ségur, et pêchant notamment par un manque criant d’anticipation, de clairvoyance, de pertinence, incapables de réaction ad hoc bref toujours à la traîne et se contentant de pansements sur des jambes de bois. Ils n’ont pas réagi (sauf par le biais d’un pauvre syndicaliste hospitalier cgt qui dénonçait le fait de faire bosser des soignants covid +, initiative qui est restée malheureusement isolée…et étouffée rapidement par les ARS).

Les jeunes soignants (et moins jeunes) en sont souvent là, souvent avec un comportement d’ados vexés, conditionnés, et surtout mal défendus.