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Covid-19 : grâce à Omicron, un virus en voie d’endémisation ?

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Epidémiologie

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Un mois et demi après sa détection en Afrique du Sud, le variant Omicron continue de faire exploser le nombre de contaminations. Cette rapide diffusion de virus, couplée aux efforts de vaccination, fait naître des espoirs de voir la pandémie prendre fin, mais nourrit aussi de fortes inquiétudes, notamment pour les populations les plus fragiles.

Si le virus pourrait devenir endémique, les experts et organisations sanitaires mondiales appellent à la plus grande vigilance.

Les chiffres donnent le vertige : depuis le début de la pandémie, fin décembre 2019, le Covid-19 aurait provoqué plus de 5,5 millions de morts dans le monde, les Etats-Unis étant le pays le plus endeuillé, et, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, près de 50 000 personnes par jour décéderaient des suites d’une infection au virus. L’organisation estime que le bilan pourrait en réalité être deux à trois fois plus élevé. Détecté à la fin du mois de novembre 2021, le variant Omicron complique encore la situation et accroît la pression sur les systèmes hospitaliers. Toutefois, certains experts estiment qu’il pourrait permettre à la pandémie de marquer le pas.

Un pic attendu mi-janvier en France

Le pic d’hospitalisations pourrait atteindre 5 200 hospitalisations quotidiennes sans réduction des taux de transmission le 3 janvier. C’est l’une des conclusions de la récente modélisation de l’Institut Pasteur sur l’impact d’Omicron sur la progression de l’épidémie. Ces résultats correspondent à un scénario prenant en compte des hypothèses optimistes sur l’efficacité de la vaccination, et si les Français ne réduisent pas leurs contacts. En cas de réduction de ces derniers de 10 ou 20%, Pasteur note que le pic passerait à 3 600 et 2 500 personnes hospitalisées, respectivement. Dans le même temps, le nombre d’hospitalisations conventionnelles passerait de 32 000 lits occupés (pour 6 000 en services de réanimation) dans le scénario le plus pessimiste à 23 000 ou 17 000 dans les deux autres (pour 4 700 et 3 900 en réanimation). L’institut prévoit ainsi un pic des infections à la mi-janvier et un pic d’hospitalisations dans la deuxième moitié du mois. La pression sur l’hôpital, déjà durement éprouvé après deux ans de pandémie, menace de s’accentuer plus fortement. Le contexte est d’autant plus compliqué que le secteur fait face à des difficultés de recrutement et à un taux d’absentéisme important (10% selon la Fédération Hospitalière de France). Une bonne nouvelle toutefois : plusieurs études confirment qu’Omicron apparaît moins dangereux que Delta et entraîne des séjours plus courts à l’hôpital, même si l’efficacité de la vaccination contre lui tend à diminuer dans le temps

Le point épidémique en France
Selon Santé Publique France, à la date du 12 janvier 2022 :
•    361 719 nouveaux cas ont été enregistrés ces dernières 24 heures.
•    Le taux d’incidence s’élève à 2 811 cas pour 100 000 habitants.
•    23 889 personnes sont hospitalisées, avec 2 806 nouvelles admissions en 24 heures.
•    Dont 3 985 en soins critiques (+ 381).
•    249 personnes sont décédées du Covid ces dernières 24 heures (pour un total de 126 305 décès depuis le début de la pandémie).

Un virus bientôt endémique ?

Si le monde entier est touché par Omicron, l’Europe est encore la région du monde qui enregistre le plus grand nombre de cas. Selon l’AFP, elle comptabiliserait ainsi 7,9 millions de nouvelles contaminations sur les 7 derniers jours. Et le variant Omicron, de devenir majoritaire au sein de l’Europe de l’Ouest. À ce rythme, l’Institute for Health Metrics and Evaluation prévoit que plus de 50% de la population de la région sera infectée par Omicron dans les 6 à 8 prochaines semaines, a averti Hans Kluge, le directeur de la branche européenne de l’Organisation Mondiale de la Santé Europe lors d’une conférence de presse. Face au rythme de propagation et au niveau moindre de dangerosité de ce variant, couplés aux efforts de vaccination, les experts espèrent voir le Covid-19 quitter la phase pandémique pour devenir une maladie endémique, avec laquelle l’humanité pourrait apprendre à vivre. Avec l’augmentation de l’immunité dans la population – et Omicron va induire beaucoup d’immunité naturelle en plus de la vaccination – nous progresserons rapidement vers un scénario proche de l’endémicité, a ainsi expliqué Marco Cavaleri, le chef de la stratégie vaccinale de l’Agence européenne du médicament (EMA), lors d’une conférence de presse mardi 11 janvier. Personne ne sait exactement quand nous serons au bout du tunnel mais nous y arriverons, a-t-il affirmé. 

Le Covid n’est pas une maladie bénigne. Ce n’est pas la grippe, et ce n’est pas un rhume.

Ne pas relâcher les efforts

Pour autant, le variant Omicron demeure un virus dangereux, martèle l’OMS. Bien qu’Omicron provoque des symptômes moins sévères que Delta, il reste un virus dangereux, en particulier pour ceux qui ne sont pas vaccinés, a alerté Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’organisation. Près de 50 000 morts par semaines est un chiffre bien trop important. Apprendre à vivre avec le virus ne signifie pas que nous devrions l’accepter. Les personnes âgées et/ou souffrant de comorbidités et les non-vaccinés sont particulièrement vulnérables à la maladie, a rappelé de son côté Maria Van Kerkhove, en charge de la gestion de la pandémie de Covid-19. Et, du fait de la très grande contagiosité du variant, risquent d’être massivement touchées et, dans le pire des cas, hospitalisés. Le Covid n’est pas une maladie bénigne. Ce n’est pas la grippe, et ce n’est pas un rhume, a-t-elle insisté. Au-delà des hospitalisations et des décès qu’entraînera inévitablement le virus, l’OMS craint que celui-ci continue d’évoluer et provoque de nouvelles flambées épidémiques, d’autant plus qu’il ne présente pas la prédictibilité d’autres virus respiratoires hivernaux, tels que la grippe et la bronchiolite.

Pour une 4e dose ou pas

Il est toutefois possible de mettre fin à la pandémie, à condition d’accélérer la vaccination dans le monde entier, a ajouté Maria Van Kerkhove, alors que la plupart des pays les plus riches ont largement enclenché des campagnes de rappel vaccinal. Israël a, par exemple, commencé dès le 3 janvier à injecter une quatrième dose aux personnes âgées de plus de 60 ans. De son côté, le Danemark a pris la décision de proposer une nouvelle injection aux plus vulnérables (personnes immunodéprimées, atteintes de cancer…). Une démarche que l’OMS, qui milite pour l’égalité vaccinale (90 pays n'ont pas encore atteint le taux de 40% de vaccination fixé pour fin 2021), et l’EMA jugent peu pertinente. Si nous avons une stratégie dans laquelle nous donnons des rappels tous les quatre mois, nous finirons par avoir potentiellement des problèmes de réponses immunitaires, a ainsi souligné Marco Cavaleri, de l’EMA. En France, pourtant, la question de la quatrième dose est d’ores et déjà sur la table. Le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale (ndlr : COSV) doit rendre un avis sur ce sujet et nous avons également saisi la Haute autorité de santé (HAS) sur la question de la quatrième dose, a ainsi indiqué le ministère lors d'un point presse mardi 11 janvier.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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