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Covid 19 : les populations précaires doivent avoir accès à des dépistages gratuits

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Epidémiologie

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La précarité est associée à un risque majoré de Covid-19. Plusieurs voix se sont élevées en ce sens durant la crise sanitaire, tout comme celles, à la fin du mois de juin, de l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie qui ont produit un communiqué conjoint. "Les personnes en situation de précarité ont particulièrement été exposées à l’épidémie de Covid-19 du fait de leur vulnérabilité économique et sociale", soulignent les deux institutions, appelant à une meilleure accessibilité aux tests de dépistages. Une stratégie actuellement à l’essai dans certains départements d’Ile-de-France.

Covid 19 : les populations précaires doivent avoir accès à des dépistages gratuits

Une campagne de tests à grande échelle destinée à identifier des « clusters dormants » a débuté en Île-de-France, où les habitants de 32 communes vont pouvoir bénéficier d'un dépistage gratuit.

Certains ont été particulièrement concernés par l’épidémie de Covid-19, aujourd’hui relativement sous contrôle en France, même si la vigilance reste de mise. Les conditions de vie des personnes qui habitent des logements sur-occupés ou insalubres, et la nécessité de maintenir une activité professionnelle dans leurs principaux secteurs d’emploi (sécurité, nettoyage, grande distribution, médico-social) ne leur ont pas permis de se protéger totalement pendant la période de confinement, rappellent les deux Académies de médecine et de pharmacie. Dans le département de Seine Saint-Denis, le plus pauvre de France, plus de 27% des habitants vivant sous le seuil de pauvreté, le taux de formes graves de Covid-19 nécessitant réanimation a été parmi les plus élevés. Une information relayée par plusieurs médias déjà au plus fort de la crise, alors que les chiffres révélaient une plus grande vulnérabilité de ces populations.

Comme dans les EPHAD, il est apparu que les niveaux d’infection au sein des Etablissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) étaient élevés avec "plus de 20 % parmi le personnel et plus de 33% chez les résidents".

La circulation du SARS-CoV-2 sous-estimée dans certains lieux de vie

D’autres personnes en situation de précarité sont fortement exposées à la Covid-19 : les résidents des établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) avec hébergement collectif, détaillent les deux Académies pour mettre en avant l’importance d’agir dans les départements particulièrement impactés.

Comme dans les EPHAD, il est apparu que les niveaux d’infection au sein des Etablissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) étaient élevés, assurent-elles : plus de 20 % parmi le personnel et plus de 33% chez les résidents ont été infectés. Il s’agit en grande majorité de personnes jeunes (de moins de 60 ans), dont l’état de santé ne nécessite pas d’hospitalisation et qui sont souvent asymptomatiques, confie le communiqué commun des deux Académies. Ces premiers résultats montrent que la circulation du SARS-CoV-2 est sous-estimée dans les ESMS avec hébergement collectif et plaident pour une extension de cette offre de dépistage et d’accompagnement à tous les établissements qui accueillent des personnes vivant en situation de précarité, le plus souvent à l’écart des offres de soins. De telles initiatives doivent être développées et facilitées sur l’ensemble du territoire français de façon à identifier au plus vite des foyers de contamination et briser les chaines de transmission au sein de ces structures, préconisent-elles. Le dépistage préventif dans ces lieux à risques, d’ailleurs identifiés par le gouvernement sur son site internet, doit donc être la stratégie à adopter et à renforcer pour limiter la circulation du virus.

Les recommandations des Académies de médecine et de pharmacie :

  • Mettre en œuvre, sous l’égide des ARS et sur l’ensemble du territoire, un programme national de dépistage de la Covid-19 parmi les personnes en situation de précarité ;
  • Faciliter l’accessibilité aux tests de dépistage gratuits pour les personnes les plus vulnérables et les plus éloignées des circuits de soin, qu’elles soient symptomatiques ou non ;
  • Organiser les examens de dépistage (RT-PCR et sérologie) en collaboration avec les laboratoires de ville, les laboratoires hospitaliers et les établissements de santé en capacité de mobiliser la biologie « hors les murs » avec les conditions sécurité requises ;
  • Assurer le strict respect du secret médical, quelles que soient les circonstances et les conditions du dépistage ;
  • Allouer aux Etablissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) ou à leurs partenaires en capacité de réaliser des actions de dépistage in situ, comme les Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CEGIDD), les financements nécessaires pour mener à bien ces campagnes de dépistage auprès de leurs résidents et salariés.

Dépistages à grande échelle

Le gouvernement assure accélérer sa politique de dépistage, notamment auprès des personnes fragiles, des résidents de structures d'hébergement collectif et des personnels exerçant dans ces structures en cas de premier cas confirmé au sein de la structure, ou de territoires identifiés comme vulnérables en raison de leur densité ou de l’éloignement de l’accès aux soins. Une campagne de tests à grande échelle destinée à identifier des clusters dormants a justement débuté lundi 29 juin en Île-de-France, où les habitants de 32 communes vont pouvoir bénéficier d'un dépistage gratuit. Dans le cadre de cette opération, annoncée le 25 juin par le ministre de la Santé Olivier Véran, 1,3 million de personnes au total vont recevoir des bons de l'Assurance maladie leur proposant d'aller faire un test de dépistage virologique ("PCR"), des tests qui pourront être réalisés dans n'importe quel laboratoire public ou privé. En cas de résultat positif, des tests sérologiques seront proposés pour savoir si la contamination est ancienne ou récente, a précisé le directeur général de l'ARS Ile-de-France, Aurélien Rousseau.

Selon l'agence sanitaire, 32 communes de plus de 10 000 habitants ont été sélectionnées pour cette vaste campagne, dont huit se trouvent en Seine-Saint-Denis (Gagny, Bobigny, Stains, Bondy, Drancy, Le Bourget, Epinay-sur-Seine, Sevran) et huit dans le Val-d'Oise (Goussainville, Garges-lès-Gonesse, Cergy, Argenteuil, Bezons, Gonesse, Sarcelles, Villiers-le-Bel), deux départements figurant parmi les plus touchés par l'épidémie de coronavirus. La campagne doit également concerner le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine, les Yvelines, l'Essonne et la Seine-et-Marne.

Selon l'ARS, trois critères ont été retenus pour établir cette liste : un critère épidémiologique (taux de contamination supérieurs à la moyenne nationale) ; un critère d'accès au dépistage (proportion de tests effectués inférieure à la moyenne) et un critère lié à la situation économique et sociale de la commune. Ce facteur socio-économique est important car on sait que l'épidémie a frappé plus fortement ces derniers mois les territoires avec des populations pauvres, souligne Aurélien Rousseau.

Selon Olivier Véran, cette campagne de très grande ampleur vise à identifier des clusters dormants, à savoir des territoires où il y a du réservoir viral, avec des personnes asymptomatiques, qui peuvent transmettre le virus sans le savoir. Il s’agit là d’une expérimentation qui pourra ensuite être étendue à d'autres régions si elle est concluante, a prévenu le ministre. Ces campagnes de dépistages sur le principe de bons délivrés par l’Assurance Maladie sont lancées pour l’heure dans 6 régions de France.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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